«C'était le seul lien par lequel je tenais encore au reste des humains!
Il plut à Dieu de le rompre et de me laisser isolé et seul au milieu du
monde. Son âme était digne du ciel qui la possède, et son exemple me
soutenait contre le découragement qui m'accable souvent depuis sa mort.
Nous ne vivions cependant pas dans cette intimité délicieuse dont je me
fais une idée, et qui devrait unir des amis malheureux. Le genre de nos
maux nous privait de cette consolation. Lors même que nous nous
rapprochions pour prier Dieu, nous évitions réciproquement de nous
regarder, de peur que le spectacle de nos maux ne troublât nos
méditations, et nos regards n'osaient plus se réunir que dans le ciel.
Après nos prières, ma soeur se retirait ordinairement dans sa cellule ou
sous les noisetiers qui terminent le jardin, et nous vivions presque
toujours séparés.