LE LÉPREUX.

«C'était le seul lien par lequel je tenais encore au reste des humains!

Il plut à Dieu de le rompre et de me laisser isolé et seul au milieu du

monde. Son âme était digne du ciel qui la possède, et son exemple me

soutenait contre le découragement qui m'accable souvent depuis sa mort.

Nous ne vivions cependant pas dans cette intimité délicieuse dont je me

fais une idée, et qui devrait unir des amis malheureux. Le genre de nos

maux nous privait de cette consolation. Lors même que nous nous

rapprochions pour prier Dieu, nous évitions réciproquement de nous

regarder, de peur que le spectacle de nos maux ne troublât nos

méditations, et nos regards n'osaient plus se réunir que dans le ciel.

Après nos prières, ma soeur se retirait ordinairement dans sa cellule ou

sous les noisetiers qui terminent le jardin, et nous vivions presque

toujours séparés.

Cours familier de Littérature - Volume 20 · 第 79 / 182 题