«Les maux et les chagrins font paraître les heures longues; mais les
années s'envolent toujours avec la même rapidité. Il est d'ailleurs
encore, au dernier terme de l'infortune, une jouissance que le commun
des hommes ne peut connaître, et qui vous paraîtra bien singulière,
c'est celle d'exister et de respirer. Je passe des journées entières de
la belle saison, immobile sur ce rempart, à jouir de l'air et de la
beauté de la nature: toutes mes idées alors sont vagues, indécises; la
tristesse repose dans mon coeur sans l'accabler; mes regards errent sur
cette campagne et sur les rochers qui nous environnent; ces différents
aspects sont tellement empreints dans ma mémoire, qu'ils font, pour
ainsi dire, partie de moi-même, et chaque site est un ami que je vois
avec plaisir tous les jours.