V.

Il avait environ vingt ans; ses cheveux, secoués sur son front comme

par un coup de vent perpétuel, formaient d'un côté de la tête une masse

ondoyante et ruisselante le long de sa joue; la ligne de ce front était

longue, droite, renflée seulement par les deux lobes de la pensée.

L'arcade sourcilière proéminente encadrait bien le regard; mais ce

regard encaissé était à demi fermé par deux longues paupières chargées

de soucis précoces. Son nez était aquilin, la finesse naturelle du

demi-Italien s'y révélait sur la bonhomie indécise du montagnard de

Savoie; ses lèvres étaient un peu pincées, mais un pli d'amertume triste

en caractérisait fortement les coins; son menton, trait principal de

l'intelligence, était ferme, long, carré, et dessinait avec ses joues

maigres et creuses un angle fermement accentué comme chez un vieillard.

Il penchait habituellement le visage comme sous le poids de pensées trop

lourdes; sa taille mince et élevée en paraissait amoindrie. En tout,

c'était la figure de Werther, amoureux, pensif, désespéré, tel que le

capricieux génie de Goethe venait de le jeter dans l'imagination de

l'Europe pour y vivre longtemps de ses larmes et de son sang. Jamais la

mélancolie maladive n'incarna son image plus complète sur des traits

humains que dans cette figure. On ne pouvait rester ni léger ni

indifférent en le voyant; il semblait porter un secret de tristesse.

Cours familier de Littérature - Volume 20 · 第 11 / 182 题