L'ÉGYPTE ET L'ANGLETERRE

On reparle dans les journaux--dans les journaux anglais et français

tout au moins--du «mouvement nationaliste égyptien». A peine

rentré en France, M. Maurice Barrès a été invité par un journaliste

à dire ce qu'il en pensait. Le gouvernement anglais vient

d'autoriser le gouvernement égyptien à mettre en liberté plusieurs

fellahs détenus, depuis à peu près deux ans, dans une des dures

prisons de là-bas, pour avoir participé à l'échauffourée qui coûta

la vie à un officier anglais. Ce gentleman, en compagnie de quelques

camarades, fusillait, près d'un village du Delta, les pigeons qui

couraient dans les champs labourés. Le fellah aime beaucoup ses

pigeons. Pas de maison, dans les villages, qui n'ait son colombier.

Les officiers anglais avaient fait bonne chasse. L'un d'eux, par

surcroît, avait blessé, de quelques plombs égarés, une vieille femme

et un enfant. Les paysans s'ameutèrent et fondirent, en bande, sur

les chasseurs, qui passèrent tout de suite à l'état de gibier.

Entourés, menacés, frappés, ils purent s'échapper néanmoins, grâce à

la vitesse de leurs jambes. L'un d'eux mourut d'avoir couru trop

longtemps et trop vite. Les coupables--c'est-à-dire, naturellement,

les fellahs!--furent sévèrement punis. On en pendit quatre,

préalablement fustigés. Plusieurs autres furent condamnés aux

travaux forcés; l'Angleterre vient de leur rendre la liberté. Ses

journaux ne tarissent pas sur la magnanimité de cette action. Telle

est, en raccourci, et sauf erreur sur les détails, la célèbre

affaire de Denchawaï. On ne pourrait choisir une plus «actuelle»

entrée en matière pour un article sur l'Égypte d'aujourd'hui.

Joanne, Baedeker ou Larousse vous diront que l'Égypte, hellénisée,

après la mort d'Alexandre le Grand, et gouvernée, jusqu'à la mort de

Cléopâtre, par de successives dynasties ptolémaïques, devint

province romaine, puis suivit la loi de l'empire byzantin, qui se la

laissa prendre, au VIIe siècle, par les Arabes, supplantés

eux-mêmes, au XVIe, par les Turcs. Napoléon, vainqueur des Mameluks;

des Turcs et des Anglais, l'aurait sûrement donnée à la France si la

décrépitude du Directoire mourant ne l'avait rappelé à Paris.

Mohammed-Ali, sous Louis-Philippe, la rendit indépendante, en fait,

du sultan de Constantinople, qui n'en est plus depuis lors que le

souverain nominal. Depuis les victoires de ce grand homme d'État,

l'Égypte a une dynastie héréditaire. Le khédive n'est tenu,

vis-à-vis de Constantinople, qu'au tribut et à l'hommage.

Mais le véritable souverain de l'Égypte d'aujourd'hui, c'est

l'Angleterre. Elle est censée surveiller, contrôler au nom de

l'Europe le gouvernement égyptien. En fait, elle gouverne et elle

règne, sans avoir de compte à rendre à personne, ni aux puissances,

ni aux indigènes. Le khédive, vassal du Grand Turc, est le pupille

de l'Angleterre. Les folies et les prodigalités du khédive Ismaïl,

sous le règne duquel Ferdinand de Lesseps perça l'isthme de Suez,

amenèrent les puissances à intervenir dans l'administration de

l'Égypte. Les tribunaux et la Caisse de la Dette ont encore un

personnel international. Il y a moins de trente ans, la France,

admirablement servie par ses religieux, et dont la langue était

parlée partout, occupait encore, à tous les points de vue, le

premier rang. Elle contrôlait officiellement, au nom de l'Europe, de

compte à demi avec l'Angleterre, le gouvernement égyptien. Égale en

droit de sa rivale séculaire, elle avait, en fait, le pas sur elle.

Comment elle perdit cette enviable primauté? Le fait est encore dans

toutes les mémoires. En 1882, au lendemain de la révolte d'Arabi

pacha et du massacre d'Alexandrie, où plusieurs résidents étrangers

furent assassinés par la populace, une intrigue victorieuse de M.

Clémenceau l'empêcha de participer à la répression nécessaire.

L'Angleterre, ayant été seule à la peine, recueillit tout le profit

de son effort. L'accord anglo-français, qui valut à la France, il y

a quelques années, le redoutable cadeau du Maroc, abolit ce qui

pouvait lui rester de droits traditionnels.

Son influence, depuis lors, n'a cessé de décroître. En dépit de

l'entente cordiale, le gouvernement anglo-égyptien pensionne, dès

qu'il le peut, quelquefois avant l'âge, les fonctionnaires français,

remplacés incontinent par des anglais. Ses commerçants ne brillent

pas en général par l'initiative. Les nôtres sont plus connus, plus

laborieux, plus estimés et réussissent davantage. Il lui reste, il

est vrai, ses missionnaires, Jésuites et Frères des écoles

chrétiennes, ses savants et ses journalistes.

De ceux-ci, j'aime mieux ne pas dire grand'chose. Ils nous ont

gentiment invités à dîner. Puis, ce n'est peut-être pas leur faute

si les journaux égyptiens de langue française ont, au Caire, une si

déplorable réputation. Quelques-uns de ces journaux sont rédigés en

français de Saint-Domingue ou de Haïti. Un au moins, asservi à une

loge méprisée, honore le clergé et la foi catholiques des plus

basses injures. Avant de le lire, je croyais que les orateurs de nos

congrès de Libre Pensée étaient sans rivaux dans ce genre. Je

croyais leur pompon sans égal. Mais il a fallu se rendre à

l'évidence, jamais ils ne parleront dans ce style des «sbires de

l'Inquisition» et des «esclaves de Rome». Dans quelques autres, on

fait un plus fréquent emploi de l'escopette que de la plume. «Payez,

et vous serez considérés ...» Ce ne sont pas ces vengeurs qui

rendront jamais l'Égypte à la France.

Les égyptologues français sont incomparables. De son ancienne

parure, il ne lui reste que ces joyaux, mais ils sont en or fin.

Mariette, mort à la tâche, commença, avec d'autres, la glorieuse

lignée. M. Maspero jouit aujourd'hui d'une autorité universelle. Ce

sont les savants français qui ont ressuscité l'Égypte des Pharaons,

déblayé les temples, découvert et décrit les tombeaux. Ses

missionnaires la serviraient, sinon avec plus d'ardeur, peut-être

plus efficacement encore si ses gouvernants ne s'ingéniaient

aujourd'hui à les contrarier, à les humilier, voire à les diffamer.

Mais qu'elle y prenne garde. La langue française perd du terrain au

profit de l'anglais. Nos âniers, à Luxor, parlaient couramment

l'anglais. Ils ne savaient pas un mot de français, pas un seul. De

même le drogman Abd-El-Rahim, beau et grave bédouin de vingt-cinq

ans, doux, poli, musulman de la stricte observance, qui nous guida,

cinq jours durant, à travers les ruelles du vieux Caire «non pour

gagner de l'argent, disait-il, mais pour le plaisir de servir de

braves gens comme vous, des amis de M. Jean Capart». Il a tout de

même fini par accepter nos piastres ...

Bref, l'Égypte appartient, en fait, et en dépit de toutes les

fictions diplomatiques, à l'Angleterre. Le représentant de

l'Angleterre a le titre de «consul général de Sa Majesté

Britannique», rien de plus. En réalité, qu'il s'appelle lord Cromer

ou sir Gorst, il est le véritable maître du pays. Vous savez que

l'Égypte n'a pas de Parlement. L'exécutif, ministres et khédive sont

dans sa main. Aucune dépense ne peut se décider, aucune nomination

se faire sans son autorisation. Lord Cromer, qui vient de prendre sa

retraite, s'appliquait, dans les premiers temps de son règne, à ne

pas faire sentir le mors. L'impératif ne lui était pas familier. Il

insinuait, il conseillait, il guidait; il n'ordonnait jamais.

L'Angleterre ne témoignera jamais assez de gratitude à cet homme

d'État, éminent entre tous, ouvrier de la première heure, dont le

génie fit de l'Égypte, terre sans maître, proie convoitée par plus

d'une puissance et sur laquelle les droits de la France étaient

primordiaux, une province anglaise. Son gouvernement l'a comblé

d'honneurs. On n'en raconte pas moins, là-bas, qu'il partit, non

point volontairement, mais en disgrâce. J'ai entendu dire que

l'habitude du pouvoir avait usé, à la longue, sa courtoisie et

développé ses tendances despotiques. Gonflé, aigri, remarié sur le

tard, confiant dans sa force, il finit par perdre cette habileté et

ce tact souverains auxquels il avait dû, pour une bonne part, ses

premiers succès et la rapidité de sa fortune. Impérieux, cassant,

coupant, il humiliait, par plaisir pur ou par caprice, les

personnalités les plus «considérables». J'ai entendu dire aussi que

lord Cromer manifesta tout haut, et plus d'une fois, qu'il

désapprouvait la campagne menée en Angleterre contre l'État du Congo

par les missionnaires baptistes. Mais l'un n'empêche pas l'autre,

évidemment.

La tâche de son successeur, M. Gorst, venant après un politique

d'aussi grande envergure, est malaisée. On lui fait crédit. On

l'attend à l'oeuvre. Je l'ai vu, le samedi 21 décembre, à la fête du

Tapis Sacré. Fête colorée, pittoresque, régal de choix pour nos yeux

d'Occidentaux. Il faudrait, pour la décrire, du temps et des

pinceaux. Mais, hélas!

Ce jour-là, le Tapis Sacré prenait, à dos de chameau, le chemin de

La Mecque. Il est destiné à orner le tombeau de Mahomet. Le Caire en

envoie un tous les quatre ou cinq ans. Il part en grande pompe,

après une cérémonie officielle, à la fois religieuse, civile et

militaire. Le khédive la préside, l'armée y participe, on y voit la

gravité des imans et l'hystérie des derviches; cinquante mille

badauds s'assemblent sur l'esplanade où le cortège se déroule. Robes

de toutes les couleurs, rouge écarlate et rouge brun des fez, femmes

voilées; fantassins en khaki, «chasseurs» en tunique bleue,

baudriers blancs et oriflammes des lanciers, artillerie de montagne,

les canons attachés sur le dos des mulets; mendiants, camelots et

porteurs d'eau; ciel du plus magnifique azur; couleurs mêlées et

chatoyantes: vous voyez d'ici le tableau. Autour de notre voiture,

des dames de harems, en voiture aussi, tout en noir, et voilées de

mousseline blanche, babillent et font des grâces. Celle-ci, qui

porte un domino rose sous son manteau, nous regarde en souriant.

Elle a les yeux très jeunes. Julius Hoste croit fermement que c'est

pour lui qu'ils sourient ... Dix heures juste. L'escorte du khédive

accourt au grand galop. Son Altesse--trente-trois ans, très bel

homme--est à dix pas de nous. Pas un vivat, pas un cri. Les musiques

militaires recommencent à jouer; le canon tonne; le tapis s'avance,

étalé sur une pyramide portée par un dromadaire, lequel est suivi de

sept autres, tous magnifiquement harnachés. Sur leur dos, des hommes

et des enfants, assis à l'orientale, jouent de la flûte ou frappent,

en cadence, sur des tambourins.

C'est dans ce cadre que m'est apparu M. Gorst, consul général

d'Angleterre et souverain véritable du pays. Il était en redingote

grise et coiffé d'un haut de forme gris clair. Nous avons, Dieu

merci, des chefs de bureau plus élégants et des chefs de division

plus pompeux!... Pas d'escorte militaire, pas le moindre tralala. M.

Gorst était venu en voiture. Il s'est tout de suite perdu dans

l'entourage du khédive, parmi les tuniques éclatantes et les habits

dorés. À côté de lui, reluisait un magnifique pacha, argent et or,

qui représente ou qui a représenté le Sultan. «Tout ce qui brille

n'est pas or»: le pacha et M. Gorst murmuraient peut-être, au même

instant, le vieux proverbe, mais non pas, assurément, avec le même

accent ...

Le khédive, l'Angleterre et M. Gorst règnent sur un peuple de douze

millions d'individus, appartenant à des races et à des religions

diverses. Les purs Égyptiens, descendants de la race qui peuplait la

vallée du Nil sous les Pharaons, forment la majorité. On les

reconnaît tout de suite à leur crâne légèrement allongé, à l'ovale

un peu large de leur visage, à leurs yeux très ouverts et très

fendus. Dans les villages de la Basse et de la Haute Égypte, on ne

voit guère d'autres types. Mais dix autres races, dans les bourgades

et dans les villes, se perpétuent sans se confondre: Arabes, Turcs,

Juifs, Arméniens, Syriens, Grecs d'Orient, Européens de toutes les

nations.

On compte douze ou treize cent mille Coptes orthodoxes. Prenez garde

que copte n'est pas un nom de race. Les Coptes aussi sont des

Égyptiens authentiques. C'est la minorité chrétienne. En dépit de la

conquête arabe, des sommations, des violences, des sanglantes

persécutions du vainqueur et de la conversion à l'Islam de la

plupart de leurs concitoyens, ils ont gardé la foi de l'Égypte du

VIIe siècle, baptisée au IIe par saint Marc et ses disciples, puis

gagnée aux hérésies d'Eutychès et de Nestorius. Un patriarche, qui

est aussi le chef de l'Église d'Abyssinie et qui réside au Caire,

est élu par leurs moines, nombreux encore dans la Haute Égypte. La

véritable langue copte n'est rien autre que l'égyptien primitif,

additionné de mots grecs et latins, et écrit en caractères grecs.

Elle n'est plus courante. C'est une langue morte. Elle est encore

usitée dans la liturgie, mais un grand nombre de prêtres ne la

comprennent plus. C'est l'arabe qui est aujourd'hui la langue de la

population égyptienne. À côté des orthodoxes, et sortis de leurs

rangs, on peut dénombrer environ cent mille coptes catholiques.

Les catholiques égyptiens se partagent entre plusieurs rites,

notamment le latin, le maronite, le grec, le copte. La plupart des

Syriens, très nombreux dans la Basse Égypte, sont catholiques. Les

Arméniens et les Grecs appartiennent presque tous à l'église

schismatique. On voit que, dans cette mosaïque de races et de

religions, aucune couleur, aucune nuance ne manque.

Ce peuple, le plus ancien du monde, et qui forme un assemblage

unique au monde de races, de civilisations, de religions mêlées ou

superposées, comment supporte-t-il la domination et la main de

l'Angleterre? Y a-t-il une «âme égyptienne»? Si elle existe,

a-t-elle des regrets, des désirs, des espérances? J'ai pris des

informations sur tout cela, et à bonne source. Je raconterai ce

qu'on m'a dit, ni plus ni moins.

Les Anglais sont craints, respectés même; mais on ne les aime pas:

telle est, à l'endroit des maîtres actuels de l'Égypte, l'opinion

générale des milieux européens et de l'élite indigène. Ils ont

rétabli l'ordre en Égypte, et ils le maintiennent. Si le paysan est

délivré de la séquelle des beys et des pachas qui l'exploitaient, au

gré de leurs besoins ou de leurs appétits, à la façon dont les

mandarins exploitent les paysans chinois, c'est aux Anglais qu'il le

doit. Avant l'occupation, l'impôt était arbitraire. Le khédive

demandait autant à tel district; pachas et beys faisaient rentrer la

somme, majorée d'un «honnête» bénéfice. Ces abus ne sont plus qu'un

souvenir.

La sécurité règne, avec l'ordre, dans tout le pays. Toutes les rues,

toutes les ruelles du Caire, à toutes les heures du jour et de la

nuit, sont parfaitement sûres. La police égyptienne, commandée par

des officiers anglais, ne badine pas avec les délinquants. Les

«chawichs»--c'est le nom des policemen--ont la main légère et le

nerf de boeuf prompt. Ils apaisent souvent les disputes dont on les

fait juges en distribuant autant de coups de pied aux demandeurs

qu'aux défendeurs. Gare aux badauds qui n'obtempèrent pas assez vite

au commandement de circuler. La police du Caire leur inculque

l'obéissance et le respect--je l'ai vu--à coups de pied et à coups

de bâton. Des agents montés, Anglais ou Écossais, géants superbes,

tunique rouge et casquette plate, renforcent et surveillent la

police ordinaire. Dès qu'on voit poindre leur silhouette, le soir,

dans les quartiers populaires, et qu'on entend le sabot de leurs

chevaux, bêtes imposantes et pleines de feu, les bons se rassurent

et les méchants tremblent ... Le respect et la crainte chevauchent,

en croupe, avec eux.

C'est encore à l'Angleterre qu'il faut attribuer la prospérité du

pays. Personne ne le conteste. Personne ne peut refuser son

admiration à l'oeuvre accomplie, en moins de trente ans, par les

Anglais, avec, en fait de force matérielle, une armée d'occupation

de 3,000 hommes.

Ils ne sont pas aimés cependant. On prétend que c'est leur faute. On

dit qu'ils n'ont pas su se faire aimer et qu'ils ne se sont jamais

souciés de l'être. Pourvu que l'indigène obéisse aux règlements,

acquitte l'impôt, se résigne au service militaire, le reste ne leur

importe guère. Même les gens qui rendent hommage à leurs qualités et

à leur oeuvre d'assainissement s'élèvent avec amertume contre leur

indifférence et leur dureté. Des hommes distingués, intelligents et

calmes ont tenu devant moi ces propos-ci: «L'occupation anglaise,

nous le savons bien, est un mal nécessaire; sans l'occupation

européenne, l'Égypte retomberait dans l'anarchie, peut-être dans la

barbarie. Entre toutes les occupations possibles, c'est encore

l'anglaise que nous préférons; l'allemande serait plus tracassière,

plus ostentatoire, plus insolente; elle ferait sonner ses éperons;

et quand nous voyons l'impuissance, en matière coloniale, de la

légèreté française, nous ne regrettons pas que la France se soit

retirée d'ici. Nous commençons néanmoins à trouver les Anglais

insupportables: leur morgue, qui semble augmenter tous les jours,

nous rend leur joug odieux; cette race a le despotisme hautain. Ce

qu'ils pourraient obtenir par la douceur, rien qu'en le demandant,

ils l'exigent brutalement; ils ordonnent pour le plaisir d'être

impératifs, toujours, partout, dans tous les domaines; il ne leur

suffit pas d'être les maîtres, il faut qu'ils nous fassent sentir

qu'ils le sont; nous les détestons principalement pour cela ...»

Bref, la main de fer sans le gant de velours.

Ce sentiment est commun à la plupart des Égyptiens qui constituent,

de par leur naissance, leur fortune, leur intelligence et leur

culture, l'élite du pays. Mais ce n'est, jusqu'à présent du moins,

qu'un sentiment. Ce qu'on appelle en Europe le «mouvement

nationaliste égyptien» n'est qu'une agitation de surface,

désordonnée et vaine. J'ai rencontré des hommes qui croient

fermement à l'émancipation de leur pays et qui travaillent en

silence à en hâter l'avènement. Ces aspirations et cette foi ne sont

pourtant rien autre chose qu'un ferment, dont le sort et l'action

sont incertains et précaires. On chercherait vainement l'ombre d'un

programme précis et d'un parti organisé, d'une organisation

comparable à celle des nationalistes irlandais par exemple.

Mustapha Kamel Pacha s'intitule, il est vrai, chef du parti

nationaliste égyptien.[4] Ce jeune musulman passe pour intelligent,

actif et remuant. Il dirige, au Caire, un journal arabe. Il voyage

souvent en Europe, l'été surtout. Il écrit quelquefois dans le

_Figaro_. Ses amis et lui réclament pour l'Égypte l'autonomie

immédiate et le régime parlementaire. Ils attaquent ouvertement et

âprement la domination anglaise. Assurément, ils font beaucoup de

bruit. Font-ils beaucoup de besogne? Les gens à qui j'ai posé la

question m'ont répondu par un sourire. Le parti de Mustapha Kamel

n'est d'ailleurs pas le seul parti nationaliste égyptien. On en

compte au moins six autres, chacun muni d'un journal, et ils sont

tous en guerre perpétuelle. Les journaux nationalistes égyptiens

préparent l'émancipation de leur pays en se disputant et en

s'invectivant. Ce n'est pas très prestigieux. On m'a même assuré que

lord Cromer lui-même avait fondé et soutenu de ses subsides, au

début de son règne, une feuille nationaliste et antianglaise. La

rédaction fulminait tous les jours contre le despotisme britannique.

Perfide, infâme, scélérate Albion ... Emballées dans ces tirades

patriotiques, les idées du vice-roi devaient circuler sans encombre

dans le peuple sans méfiance, et s'insinuer petit à petit dans

l'opinion. Mais la comédie fut tout de suite dévoilée. Et le journal

mourut. Quelle perte pour l'Art!...

J'ai eu l'occasion de causer assez longuement avec des Coptes,

journalistes, fonctionnaires, hommes de commerce ou de finance. Mon

sentiment, tout bien pesé, est que la racine du vrai nationalisme

égyptien est de ce côté-là. Encore une fois, je le donne pour ce

qu'il vaut. C'est le sentiment d'un journaliste qui a regardé,

observé, interrogé, pendant quinze jours, autant qu'il a pu,

c'est-à-dire trop peu, beaucoup trop peu, et qui est totalement

dénué de passion et de parti pris.

Les Coptes sont chrétiens, à la fois hérétiques et schismatiques:

c'est-à-dire, n'en déplaise aux braves gens qui m'ont fait, là-bas,

un si charmant accueil, affligés de deux infirmités qui

contrarieront probablement l'émancipation de leur peuple et de leur

pays. Ils passent pour être rusés, astucieux, très «ficelles» en

affaires. Sous le joug pendant des siècles, sous le dur joug

musulman; haïs, tracassés, persécutés, parias dans leur patrie, la

ruse fut longtemps, contre la brutalité de l'oppresseur, leur unique

bouclier. «Une race ne se dépouille pas en un jour d'une habitude

séculaire», me disait en souriant, à ce propos, un jeune copte. Il y

a, au Caire, deux ou trois journaux coptes, rédigés et imprimés en

arabe. J'y ai rencontré des hommes aimables, intelligents, résolus,

parlant tous le français et qui aiment passionnément leur pays. Leur

patriotisme n'a rien de commun avec le nationalisme tapageur dont je

parlais tout à l'heure. Dans leurs journaux, je n'ai pas vu

d'agressions contre l'Angleterre. Tous ceux avec qui j'ai pu

causer, soit sur la terrasse du _Shephard's_, où nous étions assis

comme au spectacle, toutes les scènes colorées de la vie orientale

défilant sous nos yeux, soit dans les cafés arabes, en fumant le

narghilé, où les feuilles odorantes grésillaient sous les charbons

ardents--tous les Coptes avec qui j'ai causé de l'avenir de l'Égypte

attendent son affranchissement de leur force grandissante et de la

sagesse future de l'Angleterre «qui finira bien par comprendre,

disent-ils, quand nous serons assez forts pour le lui faire

comprendre, son véritable intérêt, le nôtre, et par les mettre

d'accord».

Ils ajoutaient: «Nous sommes un peu plus d'un million sur douze

millions d'Égyptiens; au point de vue de la culture intellectuelle,

nous l'emportons, et de beaucoup, sur la majorité musulmane; nous

possédons la moitié de la fortune publique; si nous étions seulement

trois millions, l'Angleterre pourrait s'en remettre à nous du soin

de gouverner le pays, d'y maintenir l'ordre et d'y développer la

civilisation. Car il faudra que l'Angleterre, un jour ou l'autre,

desserre les liens de l'Égypte. Ceux qui rêvent d'une séparation

absolue sont des fous. Quant à nous, nous ne l'espérons ni ne la

souhaitons. Ceux qui parlent au peuple, à mots couverts, de révolte

et d'insurrection, sont des criminels. Nous croyons, nous, que son

intérêt commandera un jour à l'Angleterre d'accorder à l'Égypte ce

qu'elle a accordé au Canada. Une telle autonomie suffirait à notre

dignité; elle assurerait le progrès de notre nation; et la route des

Indes anglaises serait aussi bien gardée qu'aujourd'hui.» Telles

sont les espérances des Coptes, parmi lesquels on citerait

facilement des hommes capables de soutenir la comparaison, pour

l'intelligence et la culture, avec les plus brillantes

individualités de nos classes dirigeantes. D'aucuns acceptent d'un

coeur tranquille l'éventualité de travailler, toute leur vie,

silencieusement et sans gloire, à préparer l'émancipation de

l'Égypte, résignés, s'il le faut, à ne la voir jamais, dans

l'espoir, suffisant pour entretenir leur flamme, que leurs enfants

recueilleront le fruit de leur labeur.

Malheureusement, le schisme et l'hérésie, sans qu'ils s'en rendent

bien compte, les privent d'un levier dont ils ne soupçonnent même

pas la puissance. Douze cent mille autochtones catholiques, avec de

vrais prêtres, de vrais évêques, de vrais moines, instruits,

disciplinés et chastes: il n'y a guère de chaînes qui tiendraient

longtemps contre cette force. L'affranchissement de l'Orient en

général et de l'Égypte en particulier est avant tout une question

religieuse. Il faudrait qu'une vague de christianisme balayât au

préalable, de cette terre merveilleuse, la lèpre, le chancre de

l'islam. Or, la foi de l'hérésie et du schisme est privée de toute

vertu conquérante. C'est un mince filet détourné du grand fleuve et

incapable de déborder hors de son lit étroit. Le christianisme

inonde notre Occident comme le Nil sa vallée. De ses sources

innombrables et bouillonnantes, coule un flot qui ne tarit jamais.

Il entretient perpétuellement la charité, la chasteté, la liberté. À

peine reste-t-il en Égypte quelques oasis chrétiennes, les unes

verdoyantes, les autres à demi desséchées, toutes perdues dans

l'immense désert ...

En lisant que la religion de Mahomet est la lèpre et le chancre de

l'Égypte, M. Homais va crier au scandale. Je l'entends d'ici:

«Toutes les religions sont respectables, ainsi que toutes les

croyances sincères; et la saine morale n'est pas l'apanage exclusif

de la religion de Jésus-Christ» ...

Certainement, Homais, toutes les croyances sont respectables. Quand

je regardais, au Caire, dans la cour d'une maison arabe où

sautillaient deux corneilles mantelées, un vieux domestique en

prière, agenouillé sur les dalles, les yeux tournés vers La Mecque

et insensible à tous les bruits de la rue; quand mon ami

Abd-El-Rahim, que je vous recommande, si vous allez au Caire, pour

sa probité et sa discrétion, me disait: «Dès que j'aurai économisé

mille francs, j'irai en pèlerinage à La Mecque», je n'avais pas

envie de rire. Un domestique qui croit en Dieu et qui le prie me

paraît supérieur à un bourgeois qui se refuse à voir le Créateur à

travers les étoiles, ce bourgeois fût-il diplômé, conseiller

communal ou représentant du peuple. Mais il ne s'agit pas de cela.

La race égyptienne est une des plus belles du monde. La race arabe

aussi. Force, courage, probité: rien ne leur manque de ce qui

constitue la matière première d'un grand peuple. Leur déchéance

pourtant est séculaire et paraît sans remède. Sans le joug et le

bâton de l'Angleterre, elles tomberaient dans un pire esclavage.

Leurs qualités mêmes et leurs vertus ne servent qu'à rendre leur

abaissement plus visible et plus triste. Pourquoi? Tous les hommes

que j'ai interrogés, catholiques ou libres penseurs, m'ont fait la

même réponse: l'islam a condamné ces admirables races à la

sensualité et au fatalisme; voilà la source de leur abaissement.

--Ah oui! la polygamie, ricanera M. Homais, s'il est sûr que Mme

Homais ne peut l'entendre. Hé, hé! il resterait à prouver qu'elle

n'est pas le signe et l'effet d'une civilisation supérieure à la

nôtre ...

--Aux yeux des individus pour qui l'esclavage de la femme, extirpé

par le christianisme, est le dernier mot de la civilisation

véritable, la question ne fait pas de doute en effet ...

«Comment voulez-vous que les jeunes gens d'ici aient le respect de

la femme, me disait, en me racontant, à charge d'adolescents bien

nés, des faits de basse et crapuleuse débauche, un de mes amis du

Caire, quand ils ont vu leur mère, dans la maison paternelle, tenir

le rang d'une servante, tout au plus d'une intendante?» La polygamie

pourtant n'est pas ce qu'il y a de pire. C'est une forme inférieure

de la famille; ce n'est pas la manifestation la plus basse de la

sensualité. Elle n'existe plus guère que dans la moyenne bourgeoisie

et dans le peuple. Abd-El-Rahim, à vingt-cinq ans, a quatre enfants

de sa première femme. Il en prendra une deuxième au printemps. Mes

piastres l'y aideront sans doute. Son pèlerinage à La Mecque sera

encore retardé. Mais à cela près. «Plus on a de femmes, me

confiait-il, mieux cela vaut.» Les paysans et les riches citadins

rompent de plus en plus avec cette tradition vénérable, mais

coûteuse. Quand un fellah est fatigué de sa femme, il la répudie et

il en prend une autre. Dans les villes, les riches commencent à

trouver la débauche plus commode et moins cher. Vous voyez d'ici la

condition de la femme!

Pour le musulman, la mère, la soeur, l'épouse, au sens occidental du

mot, n'existent pas. Ce charme et cette douceur lui sont totalement

inconnus. La femme est la femme, rien de plus. L'amour, la vie à

deux, le compagnonnage, pour toute l'existence, de l'esprit et du

coeur: l'idée que nous nous faisons de ces grandes choses trouve son

cerveau réfractaire. La chasteté, la domination de l'instinct dans

un but supérieur, évidente racine de la fleur de notre civilisation:

ces mots n'ont pas de sens pour lui. Les musulmans, à ce point de

vue, sont des brutes: il n'y a pas d'autre mot. De leur décrépitude

précoce et des maladies qui les rongent, on ne pourrait rien dire

sans froisser le lecteur. Je doute donc que Mme Homais ratifie le

jugement de son époux sur la polygamie. Et je prie M. Homais de me

dire ce que la religion de Mahomet a inventé ou prescrit pour

réfréner la sensualité orientale. Il y avait une civilisation arabe

avant Mahomet, une civilisation chrétienne: un savant orientaliste

belge, le Père Lammens, que j'ai eu le plaisir de voir au Caire,

mettra prochainement en lumière, dans un ouvrage qu'il achève en ce

moment, ce fait généralement ignoré. Mahomet et ses successeurs la

détruisirent par la force. Leur religion sensuelle, à elle seule,

n'en serait pas venue à bout. Malgré la complicité de la luxure, il

leur fallut du temps. Son magnifique crépuscule dura plus de trois

siècles. On a pris longtemps pour l'éclat de l'Islam à son aurore,

les dernières lueurs de l'Arabie chrétienne.

Quant au fatalisme, source de l'immobilité de ce peuple, emprisonné

dans les préjugés les plus stupides, je me bornerai, par crainte

d'allonger indéfiniment ce chapitre, à citer un seul fait. Tout le

monde connaît, de nom tout au moins, la célèbre mosquée d'El-Azhar,

dernière université musulmane et cerveau de l'Islam. Pour cinquante

centimes, ou à peu près, le premier venu peut la visiter à l'aise,

comme d'ailleurs toutes les mosquées du Caire. Si je ne me trompe,

les portiers d'hôtels délivrent des tickets d'entrée. Sur le seuil,

deux Arabes,--le concierge et le sacristain?--vous chaussent les

babouches obligatoires. Pour attacher les cordons, ils

s'agenouillent devant «l'infidèle». Si cette génuflexion les fait

souffrir, ils n'en laissent rien paraître. Et ils acceptent

gracieusement le pourboire ... On arrive à El-Azhar par des ruelles

pleines d'ombre. Tout à coup, le seuil franchi, la grande cour

inondée de chaude lumière déploie dans le cadre élégant de ses

arcades le spectacle d'un peuple d'étudiants vêtus de couleurs

vives. La plupart, assis sur les talons, un livre sur les genoux,

marmottent le texte d'une leçon, le corps agité par un balancement

continuel. D'autres dorment sous les arcades, la tête posée sur un

bras arrondi. Ils sont là près de neuf mille, venus de tous les

points du monde mahométan, du Maroc, du Soudan et des Indes. Un

nègre racontait à notre guide, en rangeant des hardes dans un coffre

vermoulu, son voyage à travers le Sahara, pendant des jours et des

jours ... El-Azhar, qui est riche--on sait que la mainmorte existe

toujours en Égypte--nourrit gratuitement les plus pauvres. Un

certain nombre n'ont pas d'autre logis que la Mosquée. Celle-ci est

à la fois le séminaire et l'école de droit de l'Islam. Les prêtres

et les magistrats du monde musulman se recrutent dans son sein. Eh

bien, on ne leur enseigne que le Koran et des commentaires du Koran.

Ce qui est écrit est écrit. Rien n'importe en ce monde que la loi du

Prophète ... «Je fus un jour présenté au grand cheik, me racontait

un Belge établi au Caire. L'idée me vint de demander à quel titre

ce personnage devait cette fonction éminente. On me répondit: c'est

parce que le commentaire qu'il fait du livre sacré est textuellement

identique au commentaire enseigné, dans nos grandes écoles, il y a

six cents ans ...» Tout commentaire serait superflu, c'est le cas

de le dire ... Le fatalisme condamne à une incurable paralysie cette

race intelligente, endormie par l'Islam, comme les chevaliers

légendaires dans les jardins des magiciennes, momie vivante, et qui

ne se réveille, de temps en temps, que pour une explosion de

fanatisme.

El-Azhar est un des foyers les plus actifs du fanatisme musulman.

Celui-ci n'est pas un mal endémique. Il sévit, de temps à autre, à

la façon d'une épidémie. Le musulman égyptien n'a pas le tempérament

fanatique. Si la haine du chrétien couve encore dans la populace, et

si les observateurs attentifs n'écartent pas l'éventualité de

nouvelles explosions, c'est que les «prédicants» formés à El-Azhar

s'emploient à persuader au peuple que les chrétiens sont les ennemis

de sa foi. Dans la Haute Égypte, des imans prêchent aux fellahs

d'enfouir leur argent plutôt que de rien acheter aux «infidèles». Un

de nos compatriotes est servi depuis quinze ans par un vieux

domestique, prévenant et dévoué. «Il se ferait hacher pour moi, me

disait-il; regardez sa bonne tête de chien fidèle; pourtant, qu'un

fanatique le persuade, demain, que je suis l'ennemi de sa religion,

et il me tuera sans balancer.» C'est le même qui m'avait dit, la

veille: «Je connais intimement plusieurs musulmans de distinction;

quelques-uns sont mes amis; je me flatte de leur avoir rendu

certains services, et qui ne sont pas médiocres; ils me font des

politesses, ils me comblent de cadeaux; n'empêche qu'il y aura

toujours entre nous, je le sens, je le vois, par le fait des

religions différentes, une barrière infranchissable; il n'y a pas de

libres penseurs parmi eux; ils sont tous, au fond, croyants, même

ceux qui ne pratiquent pas.»

... Pourtant, si les puissances voulaient, me disait un éminent

religieux, nous finirions bien par extirper ce chancre, par

éteindre, par affaiblir tout au moins ce foyer de luxure et de

haine. On croit communément qu'il est impossible de convertir les

musulmans au christianisme. Quelle erreur! Nous en convertissons

tous les jours, qui font de fervents, d'admirables chrétiens, et

prêts à tous les sacrifices. Seulement, il faut qu'ils s'expatrient

ou qu'ils se cachent. Sitôt leur conversion connue, leur famille les

retranche de son sein. Et leurs coreligionnaires les abreuvent

d'insultes, sans que l'autorité intervienne jamais. Voilà pourquoi

les conversions sont si rares. L'Angleterre, si dure, si impitoyable

pour les moindres peccadilles, laisse malmener nos convertis. Elle a

peur des prêtres musulmans, de leur fanatisme, de leurs

prédications. C'est cette peur qui fait leur force à eux. Ah! si

l'Angleterre voulait! Encore n'est-elle pas aussi aveugle que la

France qui, en Algérie, contrarie systématiquement la conversion des

indigènes. La République peut recueillir aujourd'hui les fruits de

cette intelligente politique!... Sans aller aussi loin, l'Angleterre

n'en paralyse pas moins la seule force qui puisse dompter le

fanatisme musulman et rendre l'Égypte à la civilisation.

Le 25 décembre, dans l'église du collège où les Pères Jésuites,

investis de la confiance de plusieurs centaines de familles,

instruisent pêle-mêle des enfants catholiques, schismatiques, juifs

et musulmans, j'ai assisté à la messe de minuit.

Dès l'introït, l'église était remplie. Presque autant d'hommes que

de femmes; le recueillement, jusqu'à la fin de l'office, ne s'est

pas relâché un seul instant; plusieurs centaines de communions. Sur

tous les autels, en gros bouquets, des fleurs orientales au parfum

pénétrant. «Noël, Noël, voici ton Rédempteur» chantaient au jubé un

choeur d'hommes et d'enfants. Jamais le bienfait de la Rédemption ne

m'avait paru aussi lumineux, ni aussi grand. L'esclavage dont le

monde est racheté depuis la nuit de Bethléem est ici visible à tous

les yeux. Il faut avoir vu l'abjection des peuples sans baptême pour

goûter pleinement la douceur et la joie de Noël. Beaucoup, dans

notre Occident catholique, jouissent des fruits du christianisme

sans connaître ou sans aimer l'arbre précieux qui les donne. Il est

vraisemblable qu'ils retrouveraient la mémoire ou qu'ils

apprendraient la reconnaissance au spectacle du monde musulman.

Quinze Jours en Égypte · 第 6 / 15 题