Le petit Guillaume était plein de fougue et d'impétuosité; quelque chose
qu'il fit, il s'y livrait avec trop d'ardeur. Parfois il travaillait
avec tant d'acharnement qu'il se rendait malade. Dans ses jeux il
mettait tant de vivacité et d'abandon que souvent il se faisait des
blessures dangereuses. Un jour que, dans l'été il courait après des
papillons, il se livra avec emportement à ce plaisir, et se mit tout en
nage et hors d'haleine. Mourant de soif, il rencontra une belle source
dont l'eau claire comme le cristal, et froide comme la glace, coulait à
l'ombre d'un bocage. Guillaume se précipita vers cette eau et en but à
longs traits: à peine eut-il commis cette imprudence qu'il se sentit
malade et ne put qu'à grand'peine retourner chez son père; on le mit au
lit, il fut pris d'une fièvre dangereuse, et sa vie fut en danger.
--Ah! mon père, disait-il un jour, qui eût pensé que cette belle source
contînt un poison si dangereux? que les apparences sont trompeuses.--Tu
accuses à tort la source, répondit le père; c'est elle qui fournit le
ruisseau dont nous buvons l'eau chaque jour, jamais elle ne nous a nui;
mais toi, tu l'as rendue malfaisante en la prenant la plus fraîche
possible, au moment où ton corps était tout bouillant de chaleur; c'est
ton imprudence qui a fait un poison de cette eau salutaire: n'oublie pas
que l'excès corrompt les meilleures choses.