L'APPEL A LA PROVINCE DE QUEBEC

LES Canadiens français s'étaient déjà enrôlés en bon nombre dans les

rangs de la Première Division, mais on allait maintenant leur demander

un plus grand effort encore. Au cours de l'automne de 1914 et avant le

départ de la 1ère division pour la France, le colonel Gaudet se mit à

faire du recrutement pour le 22ème bataillon, que l'on se proposait

de verser dans la 23ème division de la 5ème brigade et qui devait

se composer exclusivement de Canadiens français. L'appel aux armes

retentit par toute la province de Québec, et des milliers de jeunes

gens animés des plus chevaleresques instincts de la race accoururent

aux bureaux de recrutement, prêts à tous les sacrifices pour défendre

la patrie, la France et l'Empire.

Les cadres furent bientôt remplis et le bataillon, presque au complet,

fut envoyé au camp de Saint-Jean pour y commencer son entraînement. De

nouvelles recrues y arrivaient chaque jour, et ces jeunes gens robustes

et à l'intelligence éveillée ne furent pas lents à se transformer en

soldats alertes et disciplinés qui faisaient déjà la fierté de leurs

officiers. L'entraînement se poursuivit durant tout l'hiver, les hommes

prenant goût de plus en plus à la vie en commun, à la nourriture

substantielle et appétissante, à la régularité d'habitudes et aux

exercices militaires qui développaient les forces et la résistance de

chacun. C'était le cas de dire que déjà "le moral des troupes" était

excellent.

Vers le milieu de mars, quelques jours avant le départ pour le camp

d'Amherst, Nouvelle-Ecosse, une imposante cérémonie religieuse

rassembla le bataillon tout entier dans l'église du Saint-Sacrement,

à Saint-Jean, qui avait été richement décorée pour la circonstance.

Avant la bénédiction du Très-Saint-Sacrement, le chapelain du bataillon

prononça au nom de tous la formule solennelle de consécration qui

vouait le 22ème bataillon au Sacré-Coeur de Celui qui s'appelle aussi

le Dieu des combats, puis il confia aux jeunes soldats leur drapeau,

symbole émouvant de la patrie, du devoir et du sacrifice. Bien des yeux

se mouillèrent en cette inoubliable cérémonie, des prières ardentes

montèrent vers le ciel, et il n'était pas un de ces jeunes braves qui

ne fît le voeu devant Dieu de remplir courageusement son devoir et de

faire honneur à sa race et à son pays. On sait aujourd'hui que ces

voeux n'étaient pas formulés en vain et avec quel noble courage ils ont

été accomplis.

Les poilus canadiens: Le roman du vingt-deuxième bataillon canadien-français · 第 6 / 38 题