La première croix de la Légion d'honneur donnée à une aviatrice vient
d'être décernée par le ministère des Affaires étrangères à Mlle Hélène
Dutrieu.
La nouvelle légionnaire est de nationalité belge, mais c'est en France
qu'elle commença à se faire connaître comme une sportswomen d'une rare
audace.
[Illustration: Fac-similé réduit du feuillet de parchemin du Livre d'or
de la Ville de Paris signé, à l'Hôtel de Ville, le 18 février, par trois
présidents de la République,]
[Illustration: Mlle Hélène Dutrieu.]
A l'époque, déjà lointaine, où l'art périlleux de «boucler la boucle»
était en vogue, Mlle Dutrieu imagina «la flèche humaine», exercice qui
consistait à se lancer dans le vide à bicyclette et à retomber
gracieusement sur ses roues après un parcours en l'air d'une dizaine de
mètres.
La courageuse jeune femme devait bientôt se laisser tenter et accaparer
par l'aviation. Elle fit sa première envolée sur une «demoiselle»
Santos-Dumont, monoplan extra léger, exigeant un véritable instinct
d'acrobate et sur lequel bien peu d'aviateurs ont osé se risquer. On
l'aperçoit ensuite sur un biplan, dans les Ardennes, au camp de Châlons,
à Odessa, où elle fait une chute sérieuse.
En 1910, elle s'adjuge la coupe _Femina_ en couvrant 167 kilomètres en 2
h. 55 minutes. Quelques mois plus tard, elle conquiert en Italie la
coupe de vitesse offerte par le roi; elle part alors pour l'Amérique où
elle gagne le grand prix de durée et s'adjuge le record féminin de la
hauteur.
Le 31 décembre 1912, elle détient pour la seconde fois la coupe
_Femina_, ayant couvert 254 kil. 800 en 2 h. 58. En ces derniers temps
elle pratique l'hydroaéroplane et exécute des vols audacieux sur le
Léman et à Trouville.
La haute distinction conférée à Mlle Dutrieu sera accueillie avec
sympathie dans le monde sportif, où l'on apprécie autant la grâce que la
bravoure; elle sera un puissant motif d'émulation et d'espérance pour
les aviatrices françaises.
[Illustration: LE CARNAVAL EST MORT..., par Henriot.]