_La Demoiselle de magasin_, qui se fait applaudir au Gymnase, est la
soeur cadette de cette Mlle Beulemans que tout Paris prit plaisir à
retrouver non seulement de scène en scène, mais encore de théâtre en
théâtre, et partout le succès l'accompagnait. MM. Fonson et Wicheler
donnent à Paris une nouvelle pièce belge. Elle est toute simple,
l'histoire en est menue, elle vaut surtout par les détails d'observation
locale, par le dessin précis des caractères. La demoiselle de magasin
fait d'abord la fortune de son patron, puis elle en épouse le fils, et
tout le monde est heureux,--le spectateur compris. L'acteur bruxellois
Jacque fait la joie de cette pièce qu'il anime singulièrement de sa
mimique si expressive, où il fait entendre l'accent le plus
authentiquement belge, et dont il partagera sans doute longtemps le
succès avec MM. Mylo, Duquesne, Berry, Gandéra et Mlle Jane Delmar,
demoiselle de magasin fort séduisante.
[Illustration: M. Jacque dans _la Demoiselle de magasin_.]
M. André Antoine vient de représenter à l'Odéon _la Maison divisée_,
oeuvre d'un jeune auteur, M. André Fernet. Cette pièce met aux prises
des êtres qui s'aiment mais dont les idées diffèrent profondément et qui
font passer ce qu'ils estiment être leur devoir avant leurs affections.
Entre le ministre hostile aux idées nouvelles et son fils qui les défend
réside un désaccord qui sera poussé au tragique: le fils sera tué par
les soldats du père au cours d'une émeute. Puis, devant ce cadavre, le
ministre rencontrera la femme que son fils aimait et dont il eut un
fils: elle le refuse à son grand-père; elle le destine à sa vengeance.
Ces sentiments exceptionnels et surhumains sont exprimés en un style
sobre. Et cependant le drame est plus en propos qu'en action.
Pour la première fois, M. Raphaël Duflos vient d'interpréter le rôle
d'Alceste à la Comédie-Française. Son élégance, sa distinction, mais
mieux encore la compréhension parfaite de ce caractère d'amoureux, ont
donné comme une jeunesse nouvelle, ou plus justement neuve, à ce
personnage classique. Une telle création fait le plus grand honneur au
brillant artiste et le public charmé le lui a témoigné par ses
enthousiastes applaudissements.
_Le Champion de l'air_, qui vole au Châtelet, est une pièce amusante.
L'aviation n'y tient pas la première place, mais elle fournit le
prétexte d'une intrigue fertile en péripéties décoratives. Il s'agit
d'essayer un nouvel appareil stabilisateur; sa vertu ne sera prouvée que
par un capotage d'aéroplane... qu'il empêchera de se produire. Mais qui
courra le risque de l'expérience? Un pauvre diable qui, préalablement,
désire connaître un peu la vie. Nanti de la récompense promise, il veut
voir du pays. Et ce sont des aventures qui commencent à Cadix,
s'enchevêtrent aux Indes, au cours de vingt tableaux luxueux, et
s'achèvent magnifiquement par la descente triomphale de l'aéroplane
victorieux. Le texte de M. Émile Codey est vivant; la jolie musique qui
l'accompagne est de M. Marins Baggers.