MESURES ENVISAGÉES EN FRANCE POUR RÉTABLIR L'ÉQUILIBRE DES FORCES

Afin de maintenir notre armée à hauteur de ces nouvelles exigences

imposées par l'Allemagne, diverses mesures ont été envisagées.

Il a paru d'abord indispensable de rendre au service armé les militaires

actuellement employés dans les services administratifs; ce ne serait

qu'un bénéfice insignifiant de 7.000 à 8.000 hommes. On espère également

voir se développer le courant des engagements et des rengagements;

malheureusement, une régression très sensible s'est manifestée depuis

deux ou trois ans sous ce rapport et, à moins de sacrifices budgétaires

importants, il est probable que les espoirs ne seraient guère réalisés.

Au contraire, l'extension du recrutement indigène dans notre Afrique du

Nord paraît devoir donner de meilleurs résultats.

Cependant, ces diverses mesures risqueraient d'être insuffisantes pour

contre-balancer l'augmentation de la puissance allemande; aussi, a-t-on

songé à rétablir le service de trois ans ou à porter à trente mois la

durée du service actif pour toutes les armes. Bien entendu, pour qu'il y

ait avantage, l'incorporation devrait être avancée d'une année--appel à

vingt ans au lieu de vingt et un ans--sans quoi, les effectifs de paix

seraient bien modifiés, mais non les effectifs mobilisables.

Le tableau n° 1 donne les ressources mobilisables dans ces diverses

combinaisons, en les comparant à celles de l'Allemagne.

Avec le service de trois ans, notre armée active serait accrue d'environ

210.000 hommes, ce qui nécessiterait chaque année plus de 200 millions

de dépenses nouvelles. Le service de trente mois réduirait les

sacrifices budgétaires de près de moitié. L'un et l'autre système

auraient l'avantage d'assurer en permanence la présence sous les

drapeaux de deux classes instruites, alors qu'actuellement, chaque

hiver, comme les Allemands d'ailleurs, nous ne pouvons disposer que

d'une seule classe instruite immédiatement mobilisable.

Il peut être intéressant de voir, dans ces conditions, quelle serait la

composition probable des unités mobilisées en France et en

Allemagne,--c'est ce que représente le tableau n° 2.

[Illustration: II.-PROPORTION DE RÉSERVISTES DANS LES UNITÉS MOBILISÉES]

De ce que les Allemands ont besoin actuellement de moins de réservistes

que nous pour compléter leurs effectifs de guerre, il serait inexact de

croire qu'il puisse en résulter une plus grande rapidité pour leur

mobilisation. Il faudra à peu près autant de temps pour habiller,

équiper, armer 110 réservistes que 140; la réquisition des animaux de

trait, la perception des équipages, des approvisionnements de toute

nature n'en seront pas accélérées.

Si le chiffre de notre population et notre faible natalité ne nous

permettent pas de lutter avec l'Allemagne par le nombre, il est du moins

certains facteurs du succès qu'il ne nous est pas permis de négliger:

nos ressources financières, comme le bon renom de notre industrie, nous

permettent toutes les espérances. Si l'Allemagne pousse fébrilement

l'exploitation intensive des moyens techniques que la science de

l'ingénieur met à la disposition des armées modernes, nous nous devons

de ne pas nous laisser distancer sous ce rapport. Le perfectionnement de

l'armement, l'amélioration des places fortes, la constitution de fortes

réserves de munitions pour ces insatiables consommateurs que sont les

engins à tir rapide, doivent être l'objet de nos premières

préoccupations. La constitution d'une artillerie lourde, la construction

de grands croiseurs aériens, de leurs abris, le maintien de notre

supériorité incontestée en aviation, doivent également retenir toute

notre attention; les sacrifices nécessaires ne seront jamais marchandés.

Mais les nombreux bataillons, les armes perfectionnées ne sont que peu

de chose sans les sentiments qui animent les combattants. La France, qui

a repris conscience de sa force et de sa dignité, possède là, peut-être,

le meilleur secret de la victoire.

Commandant LE DUALIS.

L'Illustration, No. 3652, 22 Février 1913 · 第 32 / 50 题