Ici s'arrêtent les grandes Chroniques de France dites de Saint-Denis.
Aucun manuscrit ancien ne joint au texte pour ainsi dire sacramentel que
l'on vient de lire l'histoire des règnes de Louis XI, de Charles VII ou
même de Charles VI. D'ailleurs, les récits de Juvénal des Ursins, de
Jean Chartier et de l'auteur anonyme de la Chronique Scandaleuse, vingt
fois réimprimés, se trouvent dans toutes les bonnes bibliothèques; et
les moyens d'exécution dont nous pouvions disposer ne nous permettoient
pas de reproduire trois ouvrages que d'autres patiens érudits avoient
déjà fait connoître.
Mais pour compléter l'édition des _Grandes Chroniques de Saint-Denis_,
il faudroit encore, et nous le sentons parfaitement, ajouter plusieurs
dissertations et la Table raisonnée des matières et des noms de lieux et
de personnes. Un bon _Index_ est le cachet d'une bonne édition, et si
notre librairie moderne se plaint tant du discrédit de ses publications,
on peut trouver la cause de ce fâcheux résultat dans le dédain qu'elle
professe généralement pour toutes les _Tables de matières_. Obligés
aujourd'hui, pour des raisons qui ne sauroient intéresser nos lecteurs,
d'achever notre édition et de nous en tenir au texte complet des
_Chroniques de Saint-Denis_, nous n'en prenons pas moins l'engagement de
donner bientôt, dans un volume supplémentaire, notre Table raisonnée et
plusieurs dissertations sur la rédaction des chroniques et sur
l'autorité de leur témoignage. Avant de publier cet appendice, nous
espérons de la Critique littéraire des avis dont il nous sera permis de
profiter. Heureux si nous n'avons pas alors à relever un trop grand
nombre de ces inexactitudes dont l'attention la plus ardente et la plus
scrupuleuse ne préserve pas toujours!
Un autre devoir encore plus rigoureux, c'est l'hommage de nos dernières
lignes au nom de celui dont on n'a fait que rendre la pensée et seconder
les intentions en imprimant cet ouvrage. Quand les _Chroniques de
Saint-Denis_ auront été plus fréquemment consultées, on ne comprendra
pas comment il s'étoit écoulé tant de temps avant que l'on songeât à les
publier d'une façon convenable, intelligible. Monsieur le vicomte
d'Yzarn-Freissinet a senti le premier qu'en essayant de combler cette
grande lacune historique, il rendroit service aux bonnes études et
feroit acte d'un véritable patriotisme. C'est à lui que j'ai dû le
bonheur de consacrer quatre années à cette édition et d'avoir été
délivré des obligations dispendieuses auxquelles elle soumettoit
l'éditeur. Je ne doute pas que tous les amis de notre histoire nationale
ne s'associent à la juste reconnoissance que j'ai vouée à M. de
Freissinet, pour avoir fait exécuter un travail dont le gouvernement
françois auroit dû prévenir depuis long-temps la pensée, et dont alors
il auroit pu facilement charger un éditeur plus habile. On devine la
récompense que tous deux nous nous sommes promise à une époque si
défavorable aux publications sérieuses: en sacrifiant, l'homme du monde
son argent et l'homme de lettres son temps, pour remettre en lumière
celui de tous les monumens de notre histoire qui nous sembloit le plus
recommandable; nous craignons seulement d'avoir eu trop bonne opinion de
ces mémorables _Chroniques de Saint-Denis_, et de nous être trompés sur
leur importance avec tous les contemporains de saint Louis, de Charles V
et de Charles VII. C'est à ceux qui les étudieront qu'il appartiendra de
décider si nous avons eu tort de craindre.
Voici maintenant la liste de tous les manuscrits que nous avons
consultés ou dont nous avons eu quelque connoissance. Cette description,
comme on le pense bien, ne sera pas approfondie: mais ceux qui plus tard
auront l'occasion de voir d'autres leçons des mêmes chroniques pourront
néanmoins juger, d'après elle, de l'importance particulière de chacune
de ces leçons. J'examine d'abord les volumes signalés par La Curne de
Sainte-Palaye dans la fameuse Dissertation sur les Chroniques de
Saint-Denis qu'il lut à l'Académie des Belles-Lettres le 15 avril 1738.
Je décris à la suite les leçons qu'il n'avoit pas vues et dont je me
suis également servi.