Du conte de Flandres et des Flamens.
En la fin du mois d'aoust et fu le vint-huitiesme jour l'an mil trois
cens quatre-vins devant dit, ceux de Gand, d'Ypres et de Courtray et de
pluseurs autres villes du païs de Flandres partirent de la ville d'Ypres
environ heure de nonnes pour aler à Diquemme et cuidoient avoir la
ville. Et lors le conte de Flandres, ceux de Bruges et ceux du Franc
environ cent hommes d'armes qui estoient en ladite ville de Diquemme,
qui sceurent la venue de ceux de Gand, de Ypres et de Courtray, se
rengièrent au-dehors de ladite ville. Si coururent sur ceux de Gand, de
Ypres et de Courtray, et les desconfirent et gaaignièrent environ deux
cens charrios que les dessusdis de Gand, d'Ypres et de Courtray avoient,
et en tuèrent pluseurs et les autres s'enfuirent à Ypres bien jusques au
nombre de dix mile. Et le conte de Flandres et sa compaignie s'ala
logier devant ladite ville d'Ypres environ heure de complies en
poursuivant sa victoire, et environ mienuit ledit conte de Flandres se
mist dedens ladite ville d'Ypres par le consentement de ceux qui
estoient en ladite ville, de la partie dudit conte. Et ceux de Gand et
les autres ennemis dudit conte s'enfuirent et alèrent vers Courtray. Et
ledit conte demoura maistre de toute la ville d'Ypres pour faire toute
sa volenté. Et fist faire pluseurs exécucions tant de coupper testes
comme autrement. Et l'endemain, quant ceux de Gand et les autres qui
s'en estoient fuis, comme dessus est dit, furent entrés en Courtray,
ceux de la ville les prièrent de demourer avec eux pour les aidier. Mais
après qu'il orent demouré une heure, ceux de Gand tuèrent leur capitaine
et s'enfuirent et tous les autres des autres villes avecques eulx, et se
sauva qui se pot sauver. Et celuy jour meisme, messire Sohier de Gand
chevalier vint à Courtray accompaignié de pluseurs jeunes gens de ladite
ville, et fist apporter sur le marchié la bannière dudit conte de
Flandres, en disant que quiconques vouroit estre contre ledit conte le
déist, et que il tenoit ladite ville de par le conte et la tenroit à son
povoir.
Tantost après ces choses, ledit conte accompaignié de pluseurs hommes
d'armes du païs de Flandres, de Bruges, d'Ypres, de Courtray et de
pluseurs autres villes dudit païs jusques au nombre de bien soixante mil
armés, si comme l'en disoit, vint mettre siège devant Gand.