Coment l'empereur vint de Senlis à Louvres, et l'y envoya le roy un
curre et une littière noblement attelés, et de là vint à Saint-Denis en
France.
Le samedi ensuivant, qui fu second jour de janvier, se parti de Senlis
ledit empereur après boire, et vint au giste à Louvre, et vint à
l'encontre de luy le duc de Bar que le roy y envoya, qui de nouveau
depuis le département les frères du roy estoit venu vers luy; et furent
avec luy aucuns contes, banerés, chevaliers et escuiers, et là combien
que ce soit ville plate, luy furent fais aussi grans et aussi
honnorables présens comme ès villes dessus dites. Et l'endemain, qui fu
dimanche troisiesme jour de janvier, se parti de Louvres après boire. Et
pour ce que le roy avoit entendu qu'il estoit moult agrevé de la goute
et ne pouvoit chevauchier et le charrier luy faisoit grevance, il luy
envoya toute nuit, la nuit de samedi, un des curres de son corps
noblement appareillié et de chevaux blans atelé, et la littière de son
ainsné fils le daulphin de Vienne noblement appareilliée et attelée de
deux mules et de deux coursiers pour venir dedens plus aisiement. De
quoy ledit empereur fu moult lie, et en mercia moult le roy en son
absence en recevant ledit curre et laditte littière des messages du roy;
et puis vint en ladite littière jusque à la ville de Saint-Denis bien
acompaingnié de cent hommes à cheval des gens de ladite ville. Et assez
tost après luy vindrent au dehors de ladite ville les arcevesques de
Rains et de Rouen et de Sens; les evesques de Laon, de Beauvais, de
Paris, de Noyon, de Baieux, de Lisieux, de Meaux, d'Evreux, de
Thérouenne et de Condon; et l'abbé de Saint-Waast d'Arras, tous du
conseil le roy, et luy firent la révérence, en disant que il fust le
bien venu, et que le roy les avoit là envoiés pour le honnorer et le
acompaingnier. Et luy venu à Saint-Denis, il fist descendre sa littière
et porter icelle à bras, car pour sa maladie de goute dessus dite, il ne
povoit aler à pié. Et pour ce, en icelle se fist porter en l'églyse
Saint-Denis, devant le grant autel saint Loys où il fist son oroison
dévotement. Et ainsi de là fu porté dedens ladite littière jusques en sa
chambre, et là luy furent présentés, de par l'abbé, de grans poissons,
de connins, de buefs, de moutons, de volaille et d'avoine, et habondance
du vin, tant comme luy et ses gens en porent despendre. Et pareillement
luy firent les gens de la ville de très grans présens; et après ce que
il se fu une grant pièce reposé, il se dementa de veoir les reliques de
léans, et se fist porter au trésor en une chaière et là vit les
reliques, les couronnes, joyaux, et s'y tint très longuement en y
prenant très grant plaisir, si comme il sembloit à sa chière, par le
rapport de ceux qui près de luy estoient. Et après ce qu'il fu reporté
en sa chambre, lesdis frères du roy et aucuns des prélas qui estoient
demourés prisrent congié de luy, et revindrent devers le roy à Paris, et
il demoura tout le jour en ladite abbaye.