LIV.

Coment l'empereur vint de Senlis à Louvres, et l'y envoya le roy un

curre et une littière noblement attelés, et de là vint à Saint-Denis en

France.

Le samedi ensuivant, qui fu second jour de janvier, se parti de Senlis

ledit empereur après boire, et vint au giste à Louvre, et vint à

l'encontre de luy le duc de Bar que le roy y envoya, qui de nouveau

depuis le département les frères du roy estoit venu vers luy; et furent

avec luy aucuns contes, banerés, chevaliers et escuiers, et là combien

que ce soit ville plate, luy furent fais aussi grans et aussi

honnorables présens comme ès villes dessus dites. Et l'endemain, qui fu

dimanche troisiesme jour de janvier, se parti de Louvres après boire. Et

pour ce que le roy avoit entendu qu'il estoit moult agrevé de la goute

et ne pouvoit chevauchier et le charrier luy faisoit grevance, il luy

envoya toute nuit, la nuit de samedi, un des curres de son corps

noblement appareillié et de chevaux blans atelé, et la littière de son

ainsné fils le daulphin de Vienne noblement appareilliée et attelée de

deux mules et de deux coursiers pour venir dedens plus aisiement. De

quoy ledit empereur fu moult lie, et en mercia moult le roy en son

absence en recevant ledit curre et laditte littière des messages du roy;

et puis vint en ladite littière jusque à la ville de Saint-Denis bien

acompaingnié de cent hommes à cheval des gens de ladite ville. Et assez

tost après luy vindrent au dehors de ladite ville les arcevesques de

Rains et de Rouen et de Sens; les evesques de Laon, de Beauvais, de

Paris, de Noyon, de Baieux, de Lisieux, de Meaux, d'Evreux, de

Thérouenne et de Condon; et l'abbé de Saint-Waast d'Arras, tous du

conseil le roy, et luy firent la révérence, en disant que il fust le

bien venu, et que le roy les avoit là envoiés pour le honnorer et le

acompaingnier. Et luy venu à Saint-Denis, il fist descendre sa littière

et porter icelle à bras, car pour sa maladie de goute dessus dite, il ne

povoit aler à pié. Et pour ce, en icelle se fist porter en l'églyse

Saint-Denis, devant le grant autel saint Loys où il fist son oroison

dévotement. Et ainsi de là fu porté dedens ladite littière jusques en sa

chambre, et là luy furent présentés, de par l'abbé, de grans poissons,

de connins, de buefs, de moutons, de volaille et d'avoine, et habondance

du vin, tant comme luy et ses gens en porent despendre. Et pareillement

luy firent les gens de la ville de très grans présens; et après ce que

il se fu une grant pièce reposé, il se dementa de veoir les reliques de

léans, et se fist porter au trésor en une chaière et là vit les

reliques, les couronnes, joyaux, et s'y tint très longuement en y

prenant très grant plaisir, si comme il sembloit à sa chière, par le

rapport de ceux qui près de luy estoient. Et après ce qu'il fu reporté

en sa chambre, lesdis frères du roy et aucuns des prélas qui estoient

demourés prisrent congié de luy, et revindrent devers le roy à Paris, et

il demoura tout le jour en ladite abbaye.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 230 / 339 题