ANNÉE 1366

L'an de grace mil trois cens soixante-six, le jour de Pasques, qui

furent le cinquième jour d'avril, fu en ladite ville de Burgs coroné en

roy de Castelle ledit Henry, frère dudit roy Pierre, de l'accort et

consentement des autres seigneurs et capitaines desdites gens d'armes.

Et après son coronement, il donna audit monseigneur Bertran la conté de

Tristemare que il tenoit avant que il feust exillié du païs et le fist

duc tant de Tristemare comme de la terre d'Esture[239].

[239] _Estures_. Asturies.

Item, environ ledit temps de Pasques, l'an dessus dit, monseigneur de

Montfort, lors duc de Bretaigne, par le traictié que avoit fait

l'arcevesque de Reims dont dessus est faite mencion, envoia à Paris

devant le roy de France Charles, messaiges, c'est à savoir le seigneur

de Cliçon, Breton, et monseigneur Guillaume le Latimier, Anglois, afin

que le roy voulsist confermer ledit traictié fait par ledit arcevesque,

et aussi que le roy lui prorogast le temps que autrefois luy avoit donné

pour venir faire son homaige audit roy de France. Et fu accordé auxdis

messaiges que il aroient confermaison dudit traictié et si orent en une

chartre. Mais elle leur fu bailliée close et promistrent qu'elle ne

seroit ouverte jusques à ce que ledit duc feust venu devers le roy faire

son homaige tant dudit duchié comme de la conté de Montfort et des

autres terres qu'il devoit tenir du roy. Et luy fu donné terme ès

personnes desdis de Cliçon et Latimier ses procureurs, jusques à la

Saint-Michiel ensuivant, pour venir faire son dit homaige devers le roy.

Item, en celuy an, environ la Trinité, messire Arnault de Cervole, dit

l'Arceprestre, chevalier, qui tenoit grans compaignies au royaume de

France, fu mis à mort par ceux desdites compaignies qui estoient avec

lui, dont moult de gens furent joyeux et liés; car il avoit esté au roy

et encore estoit son homme[240] de pluseurs grans et notables villes,

chasteaux, terres et forteresses que il tenoit de l'éritage de la dame

de Chasteauvillain, sa femme et de ses enfans; et aussi de l'éritage du

seigneur de Leuroux, après la mort duquel ledit Arceprestre avoit

espousé sa femme; et après la mort de ladite femme il n'avoit voulu

rendre lesdites terres et forteresses aux héritiers auxquels elles

appartenoient; jà soit ce que à aucuns d'iceux partie en eust esté

adjugiée par arrest de parlement. Et encore avecques tout ce il et ses

dites gens gastoyent tout le pays où il aloient, roboient, tuoient et

prenoient à raençon toutes gens, et si luy avoit le roy par pluseurs

fois fait baillier pluseurs et grans sommes de florins, et le pape aussi

pour faire vidier lesdites compaignies hors dudit royaume; et par

plusieurs fois l'avoit promis et juré et si n'en avoit rien fait. Si ne

fu pas merveilles sé l'en fu liés de sa mort. Et néantmoins tousjours

demouroient lesdites compaignies au royaume, et y faisoient tous les

maux que ennemis pevent faire, et y en avoit presque en toutes les

parties du royaume excepté le païs de Picardie. Et aucune fois prenoient

des forteresses et puis les rendoient par grans sommes de florins que

l'en leur donnoit, et tantost en prenoient des autres, et ainsi

l'avoient tousjours fait depuis l'an mil trois cens soixante-un, que il

commencièrent à domaigier ainsi ledit royaume de France par manière de

compaignies, et faisoient encore, nonobstant que le pape Urbain eust

données sentences d'escomeniement contre tous ceux qui faisoient telles

compaignies et contre leur aidans et confortans.

[240] _Car il avoit esté_, etc. N'y auroit-il pas une faute ici, et ne

liroit-on pas mieux: «Car il avoit osté au roy et encore ostoit son

homage...»

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 170 / 339 题