Coment le corps du roy Jehan fu apporté en France en l'abbaye de
Saint-Anthoine lès Paris, et de son obsèque et enterrement à
Saint-Denis.
Le mercredi premier jour de mai, l'an mil trois cent soixante-quatre
dessusdit, le corps dudit roy Jehan qui avoit esté trespassé à Londres,
comme dit est, fu apporté à Saint-Anthoine près de Paris, au soir, et y
demoura le jeudi, le vendredi et le samedi ensuivant, pour appareillier
et mettre à point le corps et les autres choses nécessaires pour
l'obsèque. Et le dimenche, cinquiesme jour dudit moys de may après
disner, fu ledit corps apporté de ladite abbaye de Saint-Anthoine en
l'églyse de Nostre-Dame de Paris, acompaignié de processions de toutes
les églyses de Paris, et de trois de ses fils, c'est assavoir: Charles,
duc de Normendie, qui estoit ainsné; Loys, duc d'Anjou, qui estoit le
secont; et Phelippe, duc de Touraine, qui estoit le plus jeune de tous
ses fils. Et aussi y fu le roy de Chypre: et Jehan, duc de Berry, qui
estoit le tiers en aage, estoit encore en Angleterre. Et portèrent le
corps dudit roy les gens de son parlement[230], si comme acoustumé avoit
esté des autres roys, pour ce que il représentent la personne au fait de
justice qui est le principal membre de sa couronne, et par lequel il
règne et a seigneurie. Item, le lundi matin ensuivant, sixiesme jour
dudit moys de may, fu la messe chantée sollempnelment en ladite églyse
de Nostre-Dame de Paris, et tantost après la messe fu le corps mis à
chemin pour porter à Saint-Denis en France, par la manière qu'il avoit
esté apporté de Saint-Anthoine. Et alèrent après à pié ses trois fils,
Charles, Louis et Phelippe, et aussi ledit roy de Chypre jusques à
Saint-Ladre, au-dehors de Paris; et là montèrent à cheval les trois
frères dessusdis et ledit roy de Chypre, et alèrent tousjours à cheval
après le corps jusques à l'entrée de la ville de Saint-Denys, et lors
descendirent et alèrent à pié après par ladite ville jusques à l'églyse.
Et le mardi ensuivant, septiesme jour dudit moys de may, fu fait
l'obsèque dudit roy en ladite églyse de Saint-Denis, et fu le corps
enterré au bout du grant autel, à la senestre partie. Et tantost après
la messe, le roy Charles, son ainsné fils, ala au préau du cloistre de
ladite églyse, et là, appuyé à un figuier estant audit préau, reçeut
pluseurs homaiges des pers et grands barons, et après ala disner et
demoura à Saint-Denis ledit jour et l'endemain. Item, le jeudi
ensuivant, neuviesme jour dudit moys de may, parti ledit roy Charles de
Saint-Denis pour aler à son sacre à Reims, lequel devoit estre le jour
de la Trinité ensuivant.
[230] Cette phrase semble accuser dans l'historien de Charles V, un
membre du parlement. La rédaction lui appartiendroit à partir du
traité de Brétigny.