CVII.

Coment la cité d'Aucerre fu prise et mise à raençon des Anglois.

Le jour des Brandons ensuivant, dixiesme jour de mars avant le point du

jour, pluseurs des garnisons angloisches qui s'estoient assemblés à

Regennes, près d'Aucerre à deux lieues, partirent dudit lieu de Regennes

et alèrent à Aucerre et y trouvèrent petite ou nulle garde. Si

eschiellèrent ladite ville par devers la porte de Gligny; et entrèrent

lesdis Anglois dedens par dessus les murs, et pristrent la ville, la

cité et le chastel avant soleil levant. Et jasoit ce que eust grant

foison de gens habitans en ladite ville et en eust deux mille ou plus de

bien armés, néantmoins y trouvèrent lesdis Anglois petite

résistance[153]. Et à la prise de ladite ville, furent fais chevaliers

deux Anglois: l'un appellé Robin Canole et l'autre Thomelin Fouque,

lesquels estoient capitains de grant foison d'Anglois. Et si y estoient

deux chevaliers anglois dont l'un estoit appellé messire Jehan d'Arton

et l'autre messire Nichole Tamore. Au chastel de laquelle ville fu pris

monseigneur Guillaume de Chalons fils du conte d'Aucerre, et sa femme et

pluseurs autres. Et de ladite ville et cité eschappèrent pou d'hommes ou

femmes qui ne fussent pris par lesdis Anglois. Toutesvoies en

mistrent-il pou à mort, mais pristrent tous à raençon et pillièrent la

ville par tele manière que il n'y ot riens mucié que il ne trouvassent,

feust en terre, en murs ou autre part. Et toutesvoies disoit-l'en que il

n'estoient pas plus de mil, que de maistres que de varlès. Et disoient

pluseurs, tant de ladite ville comme des Anglois, que il y avoient bien

trouvé de biens qui valoient cinq cens mil moutons d'or; et les raençons

des personnes singulières qui valoient trop grossement. Et quant lesdis

Anglois se virent tous seigneurs de ladite ville, et l'eurent pillié, et

mis à point leur prisonniers, environ huit jours après ladite ville

prise il parlèrent à aucuns des plus notables habitans, et leur distrent

que il en ardroient toute la ville, ou que il en ardroient la plus grant

partie et enforceroient aucuns lieux qui y estoient, et les tendroient;

et ceux qui demourroient en ce qui ne seroit ars promestroient aux

Anglois bonne obéissance, ou lesdis habitans raençonneroient[154] ladite

ville. Si fu traictié par pluseurs journées entre lesdis Anglois et ceux

de ladite ville. Et finablement furent à tel accort, c'est assavoir que

lesdis Anglois auroient pour la raençon de ladite ville quarante mil

moutons, et quarante mil perles du pris de dix mil moutons, et si

emporteroient tous les biens que il avoient trouvés en ladite ville, sé

il vouloient, exceptés les joiaux de l'églyse Saint-Germain, lesquels

ils prendroient pour gaige seulement, jusques à tant que il fussent

paiés de la raençon dessus dite. Mais ceux de ladite ville

s'obligeroient à ceux de ladite églyse Saint-Germain de racheter desdis

Anglois lesdis joiaux dedens la nativité saint Jehan-Baptiste après

ensuivant, ou de paier perpétuellement auxdis religieux de

Saint-Germain, chascun an trois mil florins de rente; et si feroient

lesdis Anglois abattre des murs de la ville tant comme il leur plairoit,

et ardoir les portes. Lesquelles choses furent accordées par ceux qui

traictoient pour ladite ville. Et pour ce allèrent aucuns d'iceux par

devers le régent pour avoir son consentement sur ce. Et cependant lesdis

Anglois firent abattre partie des murs et les créneaux, et emplir les

fossés de ladite ville des pierres desdis murs, et ardoir les portes.

[153] La chronique inédite du msc. 530 dit: «En ce temps, Phelippe de

Navarre et Robert Canolle prindrent la cité d'Aucerre, par aucuns

des bourgois de la cité qui la leur rendirent par trahison.» (Fº 75,

Rº.)

[154] _Raençonneroient_. Rachèteroient.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 120 / 339 题