De la mort de pluseurs traitres du roy et du régent; et des parolles que
ledit régent dist à ceux de Paris.
Le samedi ensuivant, quart jour dudit moys d'aoust, ledit Pierre Gille
et un chevalier qui estoit chastelain du Louvre, et estoit né d'Orléans
de assez petit lieu, de gens de mestier[135], et estoit appelé
monseigneur Gille Caillart, furent trainés du Chastellet jusques ès
halles, et là orent les testes coppées. Mais ledit chevalier eust avant
la langue coppée, pour pluseurs mauvaises paroles qu'il avoit dictes du
roy de France et du régent son fils. Et après, les corps furent giettés
à la rivière. Et après, la semaine ensuivant, furent descapités
ensemble, en un jour, Jehan Prévost et Pierre Leblont; et en un autre
jour deux avocas, l'un de parlement appelé maistre Pierre de Puiseux, et
l'autre de Chastellet appelé maistre Jehan Godart. Et furent tous
giettés en la rivière; et un appelé Bonvoisin fu mis en oubliette[136].
[135] Ce passage, comme une foule d'autres, prouve bien qu'on
n'exigeoit pas des preuves de noblesse de tous ceux qu'on élevoit au
rang de chevalier.
[136] _En oubliette_. En prison perpétuelle.
Celui jour de samedi, quatriesme jour dudit mois d'aoust, parla ledit
régent audit peuple de Paris, en la maison de la ville; et leur dist la
grant traïson qui avoit esté traictiée par les dessus dis mors et de
l'evesque de Laon et de pluseurs autres qui encore vivoient; c'est
assavoir de faire ledit roy de Navarre roy de France, et de mettre les
Anglois et Navarrois en Paris, celui jour que le prévost des marchans fu
tué. Et devoient mettre à mort tous ceux qui se tenoient de la partie du
roy et son fils, et jà avoient esté pluseurs maisons de Paris signées à
divers seings[137]; dont moult de gens estoient forment esbahis en
ladite ville.
[137] _A divers seings_. Le continuateur de Nangis, si favorable aux
Parisiens, dit la même chose: «Ipse rex Navarræ cum suis omnibus
urbem Parisiensem citius subintraret et homines sibi contrarios
tales et tales quorum ostia signata reperiret, trucidaret.»
(Spicileg., t. III, fº 120.)