Coment le régent et le roy de Navarre assemblèrent en un pavillon qui fu
tendu sur une motte, entre Saint-Anthoine et le bois, pour accorder un
traictié que la royne Jehanne avoit basti; et du serment que ledit roy
fist sur _Corpus Domini_ que l'evesque de Lisieux avoit célébré, en
entencion que ledit régent et ledit roy le usassent pour plus fermement
tenir leur seremens; mais ledit roy de Navarre refusa à user le premier.
Le dimenche huitiesme jour de juillet ensuivant, assemblèrent lesdis
régent et roy de Navarre en un pavillon qui, pour ce, fu tendu près de
Saint-Anthoine, en un lieu que l'en dit le Moulin-à-Vent, pour accorder
ensemble certain traictié que la royne Jehanne avoit pourparlé. Si
estoient les batailles dudit régent toutes ordenées aux champs en quatre
batailles, où l'en estimoit bien douze mil hommes d'armes et plus. Et
les gens du roy de Navarre furent en bataille ordenés sur une petite
montaigne près de Monstruel et de Charonne, et n'estoient pas plus de
huit cens combattans, si comme l'en les estimoit. Et, pour ce que il
estoient si petit nombre ne approchièrent point ledit pavillon né les
batailles audit régent.
Si parlementèrent ledit régent et ses gens et le roy de Navarre et ses
gens, en la présence de ladite royne. Si furent à acort par la manière
qui s'ensuit, c'est assavoir: pour toutes les choses que ledit roy
pourroit demander audit régent pour quelconques causes que ce fust, luy
bailleroit dix mil livres de terre[125] et quatre cens mil florins à
l'escu, lesquels seroient bailliés audit roy par la manière qui
s'ensuit. C'est assavoir la première année cent mil, et chascun an
ensuivant cinquante mil, jusques à fin de paie; et si seroient lesdis
quatre cens mil florins pris sur les aydes que le peuple feroit pour
cause des guerres, sans ce que ledit régent en fust autrement tenu né
obligé. Et pour ce, ledit roy de Navarre devoit estre avec ledit régent
contre tous excepté le roy de France; et afin que ledit régent et le roy
de Navarre tenissent sans enfraindre toutes les choses dessus dites,
l'evesque de Lisieux, qui présent estoit, chanta une messe audit
pavillon, environ heure de nonne, et consacra deux personnes[126], en
espérance que de l'une fust fait deux parties et usées par lesdis régent
et roy. Et quant la messe fu chantée, lesdis régent et roy jurèrent, sur
le corps-Dieu sacré que ledit evesque tenoit entre ses mains, que il
teindroient et acompliroient sans enfraindre tout ce que chascun avoit
promis, présens à ce dus, contes et barons tant come en povoit au devant
dit pavillon, environ heure de nonnes. Et après ledit evesque brisa
l'oiste, et en voult faire user à chascun desdis régent et roy; mais
ledit roy dit que il n'estoit pas jeun[127]; et pour ce ledit régent
n'en prist point aussi, jasoit ce que il se feust ordené pour le
recevoir. Si usa tout ledit evesque. Et, par ce, ledit roy devoit aler à
Paris pour les faire mettre en l'obéissance dudit régent. Et ainsi se
départirent; et s'en ala ledit régent aux Quarrières et ledit roy à
Saint-Denis.
[125] _Dix mil livres de terre_. C'est-à-dire lui assigneroit la
propriété de terres évaluées à dix mille livres.
[126] _Personnes_. Deux _oistes_ ou hosties, deux _Corpus Domini_.
[127] _Jeun_. «Jejunus.» A jeun.