LXXIX.

Du preschement que le roy de Navarre fist en l'ostel de la ville, et

coment par l'énortement de ses aliés fu fait capitain de Paris: dont

pluseurs de ladite ville furent courrouciés.

Le vendredi, quinziesme jour de juing, ledit roy de Navarre vint en la

maison de la ville et prescha. Et entre les autres choses dist que il

amoit moult le royaume de France et il y estoit moult bien tenu, si

comme il disoit; car il estoit des Fleurs de lis de tous costés, et eust

esté sa mère roy de France sé elle eust esté homme; car elle avoit esté

seule fille du roy de France. Et si luy avoient les bonnes villes du

royaume, par espécial celle de Paris, fait très grans biens et haus

honneurs, lesquels il taisoit; et pour ce estoit-il prest de vivre et de

mourir avecques eulx.

Et aussi prescha Charles Toussac et dist que le royaume de France estoit

en petit point et avoit mal esté gouverné, et encore estoit; si estoit

mestier que il y féissent un capitain qui mieux les gouverneroit et luy

sembloit que meilleur ne povoient-il avoir du roy de Navarre.

Et à ce mot furent pluseurs forgiés et ordenés à ce, qui crièrent:

_Navarre! Navarre!_ tous à une voix ainsi comme sé il voulsissent dire:

Nous voulons le roy de Navarre. Et toutesvoies, la plus grant partie de

trop de ceulx qui là estoient se teurent et furent courrouciés dudit

cry; mais il ne l'osèrent contredire.

Si fu lors esleu ledit roy en capitain de la ville de Paris; et luy fu

dit, de par le prévost des marchands de Paris, que ceux de Paris

escriproient à toutes bonnes villes du royaume, afin que chascun se

consentist à faire ledit roy capitain universal par tout le royaume de

France.

Et lors, leur fist ledit roy serment de les garder et gouverner bien et

loyalement, et de vivre et morir avec eulx contre tous, sans aucun

excepter; et leur dist: «Biaux seigneurs, ce royaume est moult malade,

et y est la maladie moult enracinée; et, pour ce, ne puet-il estre si

tost gary: si ne vous vueilliés pas mouvoir contre moy sé je ne apaise

si tost les besoingnes, car il y faut trait et labour.»

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 91 / 339 题