L.

De l'assemblée que le prévost des marchans fist faire à

Saint-Jaques-de-l'Ospital, pour la doubte que il avoit que le peuple de

Paris ne se tenist du tout avec monseigneur le duc; et des parolles que

dit Charles Toussac, eschevin.

L'endemain, jour de vendredi douziesme jour dudit moys de janvier, le

prévost des marchans et ses aliés considérans et voyans que le peuple

estoit à faire le plaisir et la volenté de monseigneur le duc, leur

seigneur; doubtans par aventure que ledit peuple ne s'esméust contre

eux, firent assembler à Saint-Jaques-de-l'Ospital[77] grant foison de

gens, et par espécial ceux qui estoient de leur partie. Et quant ledit

duc sceut ladite assemblée, il parti tantost du palais et ala audit

Ospital, et en sa compagnie estoit ledit evesque de Laon et pluseurs

autres. Et quant il fu là, il fist parler son chancellier à tous ceux

qui là estoient, et leur fist dire une partie de ce qu'il avoit dit le

jour précédent ès halles. Et oultre, pour ce que pluseurs publioient que

ledit duc ne tenoit pas au roy de Navarre les convenances que il luy

avoit promises, et ledit duc ne povoit faire son devoir de rebouter ses

ennemis qui dommageoient et gastoient tout environ Paris, Chartres et le

pays environ; iceluy duc fist dire que il avoit bien tenu audit roy de

Navarre ce qu'il avoit promis en tant comme il povoit; mais aucuns

d'iceux auxquels le roy son père avoit baillié à garder aucuns chastiaux

dudit roy de Navarre ne les vouloient rendre, il n'en povoit mais; mais

il en avoit fait tout son povoir et encore estoit prest du faire.

[77] _Saint-Jaques de l'Ospital_. Église située à l'extrémité des rues

_Mauconseil_ et _Saint-Denis_. Transformée depuis la révolution de

1792 en magasin, elle fut abattue en 1822.

Et après ce que ledit chancellier ot parlé, Charles Toussac se leva et

voult parler; mais il y ot si grant noise que il ne pout estre oï. Si se

parti lors monseigneur le duc et sa compaignie, fors l'evesque de Laon

qui demoura avec ledit prévost des marchans. Et assez tost après que

ledit duc fu parti, ledit Charles recommença, et lors fu oï. Si dist

moult de choses, et par espécial contre les officiers du roy. Et dist

que il y avoit tant de mauvaises herbes que les bonnes ne povoient

fructifier né amender; et dit moult de choses couvertement contre le

duc. Et après, quant il ot parlé, un advocat appellé Jehan de

Sainte-Aude, qui par les trois estas avoit esté fait un des généraux

gouverneurs des subsides ottroyés par les trois estas, parla et dit que

le prévost des marchans né les autres des trois estas n'avoient pas

emboursé l'argent que on avoit receu des subsides. Et autel avoit dit

ledit prévost des marchans. Et nomma ledit Jehan pluseurs chevaliers qui

en avoient eu par le mandement dudit duc, si comme disoit ledit Jehan,

jusques à la somme de quarante ou de cinquante mille moutons lesquels

avoient esté mal emploiés, si comme ses parolles le notoient et

donnoient à entendre. Et là fu encore dit par ledit Charles Toussac que

ledit prévost des marchans étoit preud'homme et avoit fait ce que il

avoit fait, pour le bien et le sauvement et le proufit de tout le

peuple. Et dist que sur ledit prévost régnoit haine, et que il le savoit

bien. Et que sé ledit prévost des marchans cuidoit que ceux qui là

estoient présens et les autres de Paris ne le voulsissent porter né

soustenir, il querroit son sauvement là où il le pourroit trouver. Et là

aucuns qui estoient de leur aliance crièrent, disans que il le

porteroient et soustenroient contre tous.

Item, le samedi ensuivant, treisiesme jour dudit moys de janvier,

monseigneur le duc manda pluseurs des maistres de Paris au palais là où

il estoit, et parla à eux moult amiablement et leur requist que il luy

voulsissent estre bons subgiés, et il leur seroit bon seigneur. Lesquels

luy respondirent que il vivroient et mourroient avec luy, et que il

avoit trop attendu à prendre le gouvernement.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 62 / 339 题