XLV.

Coment les capitaines des chastiaux de Normendie qui estoient tenus

contre le roy de France vindrent à Mante par devers le roy de Navarre,

lequel les reçut moult liement.

En ce temps vindrent à Villepereur[65], à Trappes et au pays d'environ

pluseurs gens d'armes, par diverses flottes, dont les uns estoient

Anglois et les autres estoient à monseigneur Phelippe de Navarre, si

comme l'en disoit; et ne savoit-on à Paris qui estoit capitaine desdites

gens d'armes[66]. Et coururent tout le pays jusques près de Paris, à

quatre ou cinq lieues; pillièrent et robèrent dix ou douze lieues de

pays et gastèrent et prisrent Maule sur Mandre[67] et l'enforcièrent et

pluseurs autres forteresses, sans ce que aucun y féist résistance en

aucune manière. Et jasoit ce que ceux de Paris y envoiassent monseigneur

Pierre de Villiers, lors chevalier du guet, et aucuns autres tant de

Paris que de la visconté, toutesvoies ne se mistrent-il point en poine

de rebouter les ennemis: et vuidèrent les bonnes gens tout le pays, et

amenèrent tous leur biens à Paris. Aucuns disoient que lesdis ennemis

estoient huit cent hommes d'armes; autres disoient qu'il estoient mil ou

douze cens.

[65] _Villepereur_ (Villa-pyrorum). Aujourd'hui _Villepreux_, bourg à

deux lieues de Versailles.--_Trappes_ est un village à peu de

distance.

[66] Suivant Froissart, c'étoit un Gallois nommé _Ruffin_.

[67] _Maule sur Mandre_. Aujourd'hui bourg du département de

Seine-et-Oise, à cinq lieues de Versailles.

Item, le jour de Noël ensuivant, furent les capitaines des chastiaux et

forteresces de Normendie tenus par les ennemis du roy de France, à

Mante[68], avec le roy de Navarre, et disnèrent avec luy; et disoit l'en

que il avoient fait ensemble grans aliances.

[68] _A Mantes_. C'est-à-dire: Les capitaines des châteaux... furent à

Mantes.

Et en ce temps, le duc de Normendie fist grans semonces de gens d'armes,

pour estre à Paris et ès villages environ audit vint-deuxiesme jour; et

disoit l'en que c'estoit pour rebouter lesdis ennemis qui estoient

entour Paris. Mais pluseurs, et par espécial ceux de Paris cuidoient que

ce fu pour eux grever que ledit monseigneur le duc féist ladite semonce,

et par pluseurs fois luy en parlèrent: mais il respondoit tousjours que

c'estoit pour ladite cause. Néantmoins ceux de Paris se doubtoient

forment, et ordenèrent que aucuns hommes armés ne entreroient à Paris sé

il n'estoient cogneus, et firent garder par gens armés les entrées de

Paris. Et toutesvoies ledit evesque de Laon par lequel lesdis de Paris

se conseilloient et gouvernoient principalement et qui tout estoit au

roy de Navarre, estoit principal conseillier dudit duc; et estoit tout

fait par luy et par son ordenance. Moult de gens estoient esbahis, et

disoit-l'en que il estoit la besague[69] qui fiert des deux bous. Et

vraiement l'en disoit que ledit evesque faisoit savoir audit roy tout ce

qui estoit fait au conseil de monseigneur le duc. Et le roy de Navarre

qui savoit que le duc faisoit ladite semonce la faisoit aussi la plus

grant que il povoit, et vraiement les gens de Paris et du pays environ

estoient forment esbahis, car il se doubtoient que entre les deux

seigneurs eust descort par lequel le pays feust gasté et destruit. Car

ceux qui gardoient les chastiaux de Breteuil et d'Evreux, de

Pont-Audemer et de Pacy, ne les vouloient rendre au roy de Navarre sans

mandement du roy de France. Et pour ce disoit ledit roy de Navarre que

on ne luy avoit pas tenu les convenances que ledit monseigneur le duc

luy avoit faites de rendre les chastiaux, et estoit son entencion de

pourchacier son droit; si comme l'en disoit.

[69] _Besague_. Hache à deux tranchans. _Bisacuta_.

Les grandes chroniques de France (6/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France · 第 56 / 339 题