De la rébellion des Navarrois contre le roy de France, et de la revenue
de monseigneur Robert de Lorris.
En l'an dessus dit, audit moys de novembre, se parti le roy de Paris et
ala en Normendie jusques à Caen, et fist prendre et mettre toutes les
terres du roy de Navarre en sa main, et instituer officiers de par luy,
et mettre garde ès chastiaux du roy de Navarre, excepté en six; c'est
assavoir: Evreux, Pont-Audemer, Cherebourc, Gavray[22], Avranche et
Mortaing; lesquels ne luy furent pas rendus; car il avoit dedens
Navarrois qui respondirent à ceux que le roy y avoit envoyés que il ne
rendroient les forteresces fors au roy de Navarre, leur seigneur, qui
les leur avoit baillées en garde.
[22] _Gavray_. Aujourd'hui bourg et chef-lieu de canton du département
de la Manche.
Item, au moys de janvier ensuivant, vint à Paris monseigneur Robert de
Lorris, par sauf conduit que il ot du roy et demoura bien quinze jours
après, avant que il eust né temps né lieu de parler au roy. En la parfin
y parla-il; mais il s'en retourna à Avignon par l'ordonnance du roy et
de son conseil, pour estre au traictié avec les gens du roy. Et assez
tost après, c'est assavoir la fin de février audit an, vindrent
nouvelles que les trièves qui avoient esté prises entre les deux roys,
jusques en avril ensuivant, estoient aloingnées par le pape, jusques à
la nativité de saint Jehan-Baptiste après ensuivant; pour ce que ledit
pape n'avoit peu trouvé voie de paix à laquelle les traicteurs qui
estoient à Avignon, tant pour l'un comme pour l'autre roy, se
voulsissent consentir. Et envoia le pape messages par devers lesdis
roys, sur une autre voie de traictié que celle qui avoit esté pourparlée
autrefois entre lesdis traicteurs.