Coment la ville et le chastel de Guynes furent pris des Anglois par
traïson, le jour que le roy Jehan faisoit à Saint-Ouyn la feste de
l'Estoille[15].
[15] Le msc. de Charles V ajoute ici: _Laquelle feste est cy-après
pourtraite et ymaginé._ En effet, dans une curieuse miniature on
voit les chevaliers de l'Étoile habillés d'une blanche tunique
serrée par une ceinture dorée, puis d'un riche manteau fourré de
ceux qu'on appeloit d'_hermine angoulé_. Le roi sur son trône porte
le même costume, et comme eux une grande étoile semblable aux
_plaques_ de nos grands dignitaires, au côté gauche de la poitrine.
Au-dessous de ce premier tableau est celui du dîner des chevaliers
de l'Étoile.
En celuy an mil trois cent cinquante un dessus dit, au mois d'octobre,
fu publiée la confrairie de la noble maison de Saint-Ouyn près de Paris,
par ledit roy Jehan; et portoient ceux qui en estoient chascun une
estoille en son chaperon par devant ou en son mantel. Durant ceste feste
de l'estoille, fu prise par traïson des Anglois la ville et le chastel
de Guynes: car bonnes trièves estoient jurées entre les roys de France
et d'Angleterre; et pour ce, en celle seurté, estoit venu veoir ladite
feste le sire de Banelinguehem, capitaine et garde dudit lieu[16]. Et
durant ce, les Anglois traictièrent avecques un de ceux à qui la garde
dudit chastel estoit bailliée, nommé Guillaume de Biauconroy; et par
traïson, sans ce que deffense y fust mise, y entrèrent. De laquelle
prise le peuple s'esmerveilla trop, disant que vérité, loyauté né foy
n'estoit ès Anglois. Et pour ce fu pris ledit Guillaume qui, pour la
traïson ainsi faite par luy à la requeste desdis Anglois, fu descapité
et pendu comme raison estoit.
[16] Le roi l'avoit sans doute mandé lui-même pour recevoir les
insignes du nouvel ordre. Le nombre des chevaliers fut dès le
premier jour porté à cinq cents. C'était trop peut-être; mais
il en survécut un bien petit nombre à la déroute de
Poitiers.--_Biauconroy_. Var.: _Biaucony_, _Beaucerny_. (Voyez les
curieux statuts de l'ordre de l'Étoile dans Villaret, vol. II, p. 38
et suivant.)