Total: _trois mille livres_

Tel était le budget de M. Myriel.

Quant au casuel épiscopal, rachats de bans, dispenses, ondoiements,

prédications, bénédictions d'églises ou de chapelles, mariages, etc.,

l'évêque le percevait sur les riches avec d'autant plus d'âpreté qu'il

le donnait aux pauvres.

Au bout de peu de temps, les offrandes d'argent affluèrent. Ceux qui ont

et ceux qui manquent frappaient à la porte de M. Myriel, les uns venant

chercher l'aumône que les autres venaient y déposer. L'évêque, en moins

d'un an, devint le trésorier de tous les bienfaits et le caissier de

toutes les détresses. Des sommes considérables passaient par ses mains;

mais rien ne put faire qu'il changeât quelque chose à son genre de vie

et qu'il ajoutât le moindre superflu à son nécessaire.

Loin de là. Comme il y a toujours encore plus de misère en bas que de

fraternité en haut, tout était donné, pour ainsi dire, avant d'être

reçu; c'était comme de l'eau sur une terre sèche; il avait beau recevoir

de l'argent, il n'en avait jamais. Alors il se dépouillait.

L'usage étant que les évêques énoncent leurs noms de baptême en tête de

leurs mandements et de leurs lettres pastorales, les pauvres gens du

pays avaient choisi, avec une sorte d'instinct affectueux, dans les noms

et prénoms de l'évêque, celui qui leur présentait un sens, et ils ne

l'appelaient que monseigneur Bienvenu. Nous ferons comme eux, et nous le

nommerons ainsi dans l'occasion. Du reste, cette appellation lui

plaisait.

--J'aime ce nom-là, disait-il. Bienvenu corrige monseigneur.

Nous ne prétendons pas que le portrait que nous faisons ici soit

vraisemblable; nous nous bornons à dire qu'il est ressemblant.

Les misérables Tome I: Fantine · 第 19 / 179 题