René Grandon s’interrompit. Peut-être hésitait-il à se livrer davantage,
à découvrir un coin plus obscur, une blessure plus profonde de son âme.
Il n’avait pas encore prononcé le nom de madame Derive, ni fait allusion
à cet amour mystérieux. Et, tout à l’heure même, tandis qu’il parlait,
je devinais que son esprit était ailleurs, absorbé dans un autre passé;
son regard fixe semblait voir l’invisible, et, par instants, il se
penchait, il tendait la face, attentif, comme s’il entendait un appel
lointain, là-bas, dans le silence. Il me tardait de savoir toute son
histoire. Je le pressai de continuer.
--C’est un spectacle décevant, reprit-il soudain, que Paris vu pour la
première fois, par un temps d’hiver. On s’est imaginé des merveilles, on
s’attend à des splendeurs, et l’on s’étonne des rues étroites, des
maisons grises, du pavé boueux, du brouillard qui fond en pluie fine sur
ce vaste monde de pierres; et l’on s’effraye de sa petite molécule
humaine, instable et frêle, perdue parmi cette foule indifférente et
anonyme qui se hâte, qui s’agite, s’enfièvre, tourbillonne et vous
bouscule.
Dès mon arrivée dans la capitale, où je ne connaissais personne,
j’éprouvai cette impression de solitude infinie, je sentis se dissoudre
ma chétive personnalité, qui ne tenait à rien et qui errait au hasard,
par les rues, avec la crainte de s’égarer. Je fus ainsi, plusieurs
semaines, seul, désorienté, ahuri par le vacarme, éloigné, par une
timidité souffrante, de cette humanité fébrile qui grouillait sans cesse
autour de moi et dont le heurt me brutalisait. Non, ce n’était même pas
l’hostilité permanente, universelle, qui, en province, me pourchassait
de toutes parts; c’était l’indifférence complète, absolue, l’égoïsme
intransigeant que crée l’âpre conflit vital dans les grandes cités. Ma
laideur même n’effarouchait personne, je passais inaperçu dans cette
agglomération d’existences insoucieuses de la mienne, comme parmi les
arbres d’une forêt déserte et touffue.
Au quartier Latin, où je m’étais installé, je voyais des couples joyeux,
des bandes bruyantes d’étudiants qui montaient ou descendaient le
boulevard Saint-Michel. Moi, j’étais seul, toujours seul, au milieu de
cette gaîté, de toute cette joie de vivre; je n’osais aborder personne,
ni même entrer dans un café, car les cafés étaient pleins de jeunesse,
d’illusions, d’espérances et de rires; et les femmes surtout, les filles
du quartier me faisaient peur. Je savais bien que je ne pouvais
prétendre à aucune, que toutes m’auraient repoussé, peut-être insulté,
si j’avais eu l’audace de leur parler. Leur regard ne rencontrait jamais
le mien; je baissais les yeux, elles détournaient la tête. Oui, même par
le regard, je n’avais de communication avec aucun être, ma laideur
horrible faisait le vide autour de moi, comme une barrière
infranchissable. J’étais plus malheureux que les infirmes, plus délaissé
que les chiens perdus, qui sont parfois recueillis par des âmes
pitoyables.
J’avais une voisine dans l’hôtel garni où je logeais. Une cloison légère
séparait nos deux chambres. Tout le jour, j’entendais son jeune rire et
son babillage. Elle se nommait Bijoute. Du moins, c’était ainsi qu’on
l’appelait.
Bijoute n’était pas sérieuse. Elle était l’insouciance et l’inconscience
mêmes, rentrant tard ou pas du tout, parant de ses cheveux dorés, de son
éclat de courtisane fauve, les restaurants de nuit et les bals publics,
attirant et allumant tous les regards, quand elle dansait, vêtue d’une
robe si étroitement ajustée, qu’elle en était troublante à la fois de
grâce et d’indécence.
Elle était la parure du quartier, convoitée par tous, rayonnante et
folle, intéressante aussi par ce je ne sais quoi de las et de vaincu
qu’ont toutes, en dépit des artifices, les vendeuses de joie; mais cette
lassitude ne s’apercevait chez elle qu’aux heures rares où les lueurs de
la conscience se reflètent sur le visage. Il y avait alors un rien
d’amertume dans le pli de ses lèvres qui touchait à la joue. On lui
demandait: «Qu’as-tu Bijoute?» Et c’était toujours la même réponse: «Je
n’ai rien, laissez-moi.» Elle passait pour la fille capricieuse,
inconstante, amoureuse d’indépendance, congédiant ses amants au bout de
huit jours, désespérant ses adorateurs, usant sa chance, sans profit,
inhabile enfin à exploiter le désir de l’homme. J’entendais parfois la
tenancière de notre hôtel qui la sermonnait: «Vous êtes trop gâtée;
c’est dommage vraiment! vous êtes si jolie!... Ah! si vous vouliez
devenir sérieuse!...»--«Mais je suis sérieuse», répondait Bijoute, en
prenant tout à coup un air grave et froissé, adorablement drôle.
La première fois que Bijoute m’avait vu, elle avait jeté un cri
d’épouvante, puis elle était partie d’un éclat de rire inextinguible.
Moi, je m’étais sauvé, et, depuis, je n’osais plus paraître devant elle,
je l’évitais, je craignais de la rencontrer. Et, pourtant, il m’arrivait
de la suivre à distance, et je ne sais quelle joie soudaine m’inondait,
quand son jeune rire, traversant la cloison de ma chambre, éclatait dans
le silence de ma solitude. J’avais peur, si elle me voyait une seconde
fois, qu’elle ne quittât l’hôtel, pour fuir mon voisinage.
Un jour, je ramassai un objet qu’elle avait laissé tomber; je le
suspendis à sa porte pour qu’elle le retrouvât en rentrant; et je
veillai sur cet objet, jusqu’à l’instant où je reconnus son pas et le
frou-frou de sa robe dans l’escalier.
J’aspirais avec ravissement le parfum qui traînait après elle et dont
l’air restait un moment imprégné, là où elle avait passé... Non, je
n’espérais rien. C’était déjà beaucoup pour moi de la sentir si près,
d’être effleuré par son atmosphère et d’en pouvoir rêver... Souvent, je
me cachais pour la voir, elle me frôlait, sans se douter que j’étais là.
Je la trouvais adorable, cela me suffisait, cela bornait mon horizon; il
y avait des jours où je n’étais pas malheureux.
Combien avait-elle eu d’amants? Elle-même sans doute ne savait plus.
Elle était la chose éphémère et jolie, offrant au caprice qui passe
l’aumône d’une caresse, l’illusion du bonheur...
Moi, j’aspirais seulement à l’approcher de plus près, à causer, un
instant, avec elle. Mais cela même, ce désir naïf me semblait aussi
irréalisable que le rêve de conquérir une reine.
J’avais encore dans l’oreille ce cri d’effroi qu’elle avait jeté, puis
ce fou rire, plus insultant et plus cruel encore, dont elle avait été
secouée, l’unique fois qu’elle m’avait aperçu. Je ne lui en voulais pas,
cependant. Tant d’autres, avant elle, m’avaient fait expier plus
durement le crime d’être laid!
Un matin, une idée étrange et romanesque germa dans mon cerveau.
Nous étions à l’époque du carnaval. Il y avait bal masqué, le soir, à
l’Opéra. Je me procurai deux billets, et j’en adressai un, sous
enveloppe, à Bijoute. «Elle ira, pensai-je, je serai masqué comme tout
le monde, elle ne me reconnaîtra pas, et je lui parlerai.»
Qu’avais-je donc à lui dire? En vérité, je l’ignorais. Une confusion de
sentiments intenses, inexprimables, m’agitait comme un cyclone
intérieur. J’étais vierge, je ne m’étais jamais approché d’une femme, et
j’avais toujours songé à l’amour... Oh! l’affreuse ironie du destin qui
m’avait fait cette laideur inhumaine avec un cœur humain, capable
d’amour!
Toute la journée, je passai par des alternatives d’exaltation,
d’inquiétude, de tristesse et de joie. Enfin, vers onze heures du soir,
j’entrai à l’Opéra, déguisé et masqué.
Où était-elle? J’errai près d’une heure, à sa découverte, taciturne et
gauche, dans le vertige de la fête, le flamboiement des lustres, avec la
stupeur d’une bête de nuit exportée au soleil. J’examinais toutes les
femmes, cherchant à la deviner à sa taille, à sa démarche, au timbre de
sa voix, à la couleur de ses cheveux et de ses yeux, à la grâce
troublante de ses mouvements, car elle ne pouvait faire un geste qui ne
fût gracieux... Autour de moi, les couples tournaient, valsaient,
sautaient, au tumulte d’un orchestre qui me mettait plus de détresse
dans l’âme...
J’étais venu là pour me donner, l’espace d’une soirée, une illusion
apaisante, l’illusion d’être un homme comme les autres. Un homme comme
les autres!... Eh bien! non, malgré mon masque, malgré mon déguisement
qui me confondait dans la banalité de cette mascarade, je n’étais pas un
homme comme les autres! J’étais différent de tous, non seulement par ma
disgrâce physique, mais aussi et plus encore peut-être par ma chair, par
mes sentiments, ma pensée, par toute la souffrance muette qui s’était
accumulée en moi, différent des garçons de mon âge qui osaient parler
aux femmes, qui avaient goûté à des lèvres chéries; différent des
vieillards qui gardaient au cœur des souvenirs délicieux et pouvaient
espérer encore... Je me sentais à part, étranger à tout, ne tenant à
rien, et je restais en panne, adossé à une colonne, morfondu par cette
gaieté factice, pénible et machinale, où le rire sonnait faux, où les
voix s’éraillaient, aigres et criardes. Et je me trouvais bête, bête à
pleurer, sous ce déguisement grotesque, où mentait et sanglotait toute
mon âme.
Le temps passait; déjà, des masques se soulevaient. Enfin, je la vis...
La première de tout le bal, elle avait jeté son loup, et elle s’avançait
vers moi, la figure claire et riante, essoufflée par la danse, l’air
triomphant.
Je l’abordai et je trouvai le courage de lui dire:
--Bonsoir, Bijoute.
Elle s’arrêta, surprise:
--Vous me connaissez donc?
--Oui.
--Qui êtes-vous?
--Curieuse!
--Je veux savoir.
--Tout à l’heure.
--Non, tout de suite.
En même temps, elle tenta de soulever mon masque; j’arrêtai son geste.
--Non, je vous en prie.
--Pourquoi?
--Parce que...
--Alors, que me voulez-vous?
--On peut causer un moment, dis-je.
Je faisais le brave, mais je tremblais comme une feuille. Pour ne pas
laisser tomber la conversation, je lui avouai que l’inconnu qui lui
avait adressé un billet pour le bal de l’Opéra, c’était moi. Elle me
demanda, en me tutoyant tout à coup, si je l’invitais à souper.
--Avec plaisir, déclarai-je.
Elle me prit le bras.
--Oh! comme tu trembles! dit-elle.
Je ne répondis pas, je ne trouvais plus de parole, mes genoux
fléchissaient... Je sentais les pulsations tièdes de sa chair sur le
revers de ma main gauche, au-dessous de ses seins; il me semblait que
l’atmosphère était pleine du parfum de ses cheveux, de la chaleur douce
qui émanait d’elle et qui m’enveloppait... Puis, je ne savais pas parler
aux femmes, ni pourquoi je tremblais auprès d’elles. C’était ma nature
ainsi... C’était peut-être aussi que j’aurais eu trop de choses à leur
dire, si j’avais su m’expliquer. Tout mon être défaillait de tendresse,
de passion torturante et inassouvie.
--Comme tu trembles! répéta-t-elle... Qu’as-tu donc?
Je continuais à me taire. Les mots s’étranglaient dans ma gorge, ma voix
aurait chevroté de fièvre, si je m’étais fait violence pour prononcer
une phrase, une de ces plaisanteries lourdes dont s’amusent les filles.
Elle restait surprise, ne comprenant pas.
--Voyons, tu ne dis rien? Tu es muet?... C’est drôle. Tu n’es pas comme
tout le monde... Tout à l’heure, tu voulais causer, et voilà qu’on ne
t’entend plus... Allons, parle, dis quelque chose...
Une tristesse infinie, maintenant, m’envahissait. Mes larmes coulaient,
silencieuses et tièdes, sous le masque qui me cachait la face.
Cependant, je parvins à balbutier quelques mots, des mots sans suite,
qui n’avaient pas de sens. Puis, invinciblement, je retombai dans mon
mutisme.
--Non, vrai, tu n’es pas drôle, reprit-elle... Qu’est-ce que tu as? Un
chagrin? Alors, on ne vient pas ici... Moi, je suis très gosse, je me
fiche de tout... Toi aussi, tu dois être très gosse. Dis un peu ton âge
pour voir... A t’entendre, on dirait la voix d’un enfant qui a pâti.
Je déclarai mon âge: dix-huit ans. Je confessai aussi que j’arrivais de
province et que j’avais encore ma virginité. Elle éclata de rire.
--Non, vrai!... Ah! c’est tordant! Un puceau de dix-huit ans, à Paris,
au bal de l’Opéra!... Alors, je ne te lâche plus... Un puceau, je ne
connais pas ça, je veux voir ça... Alors, c’est pour ça que tu tremblais
tantôt?... Va, n’aie pas peur, mon gosse, on ne te fera pas de mal.
En même temps, elle essaya, de nouveau, de soulever mon masque. Ma
résistance l’étonna. Pourquoi ne voulais-je pas découvrir mon visage? Je
ne trouvais que de mauvaises raisons. J’avais envie de fuir maintenant,
honteux, troublé, redoutant l’issue de cette aventure, qui ne pouvait se
terminer qu’à ma confusion.
--C’est bien, dit-elle, je ne te tourmente plus, laisse-moi la surprise.
Nous nous étions écartés du bal, nous longions un couloir, où le bruit
de l’orchestre arrivait jusqu’à nous, intermittent et adouci, comme une
harmonie lointaine apportée par la brise.
--Pourquoi donc es-tu malheureux? me demanda-t-elle avec un accent de
compassion soudaine.
--Parce que, répondis-je, je ne serai jamais aimé, parce qu’il est
impossible que je le sois.
--Gosse! fit-elle, quelle idée! Qu’en sais-tu, si tu ne seras jamais
aimé?... D’abord, tu as de beaux yeux et une voix très douce qui caresse
et qui plaît. Tu dois être joli garçon... Mais montre donc ta figure!
Pour la troisième fois, j’arrêtai sa main, au moment où elle touchait
mon masque.
--Non, laisse, je t’en prie... Pas encore.
--Quand, alors?
--Tout à l’heure.
--T’es bizarre! Je ne te comprends pas... Regarde, tout le monde
maintenant a levé son loup.
Elle crut que je voulais l’intriguer, par caprice d’original. Sa
familiarité de bonne fille m’avait donné un peu d’assurance. Nous
continuâmes à causer. Je ne sais ce que je lui dis ni comment elle en
vint elle-même aux confidences:
--Va, mon petit, chacun porte sa croix, comme on dit. Moi non plus, je
ne suis pas heureuse, malgré qu’on me voie rire, danser et chahuter,
tout le temps... J’en ai assez de cette vie! Je me sens rompue. C’est
crevant, la noce! Vadrouiller, par force, quand on est éreintée, lever
des types dégoûtants, des crevés, des vicieux, des poivrots, des
nègres... oui, des nègres... Ce sont encore les plus convenables... Ah!
non, ce n’est pas gai! L’autre nuit, je me suis trouvée mal; on m’a mise
dans un fiacre, évanouie... L’hiver dernier, j’ai passé deux mois à
l’hôpital. Tu sais, je te dis ça à toi, rien qu’à toi, ne va pas le
répéter... Souvent j’ai du regret, quand je pense à mon pays, à ceux que
j’ai quittés... C’est Paris qui m’a perdue... Quelquefois, je rêve
d’aller vivre ailleurs, bien loin, en plein air, à la campagne. Il me
faudrait ça pour me remettre... Oui, bien loin d’ici, avec quelqu’un que
j’aimerais bien... Mais ça, c’est des rêves! Les belles choses qu’on
espère n’arrivent jamais... Toi, je crois, tu me plairais. Tu n’es pas
comme les autres, tu ne me parles pas comme tout le monde... Peut-être
qu’on serait heureux ensemble.
Elle se rapprochait de moi, et je sentais son haleine tiède qui se
mêlait au parfum de ses cheveux... Qu’elle était jolie et charmante, à
cette heure, avec ses yeux fins, un peu humides et qui semblaient fondre
de tendresse, et ses joues colorées d’un rose vif!... Le sang battait
dans mes veines; mes lèvres, une fois, l’effleurèrent presque. Et
désespérément je songeais au bonheur impossible de la posséder, toute,
de respirer dans son atmosphère, d’habiter continuellement en elle. Je
l’aurais saisie, emportée là-bas, loin de tout, dans un îlot de félicité
ignoré du destin.
--Oui, être heureuse, reprit-elle, vivre tranquille, si on pouvait!...
Tu ne m’as même pas dit ton nom, comment t’appelles-tu?
--René, répondis-je.
--C’est joli, ce nom-là.
--Le tien aussi, Bijoute.
--Moi, c’est un surnom. Les étudiants m’appellent comme ça... Toi, où
m’as-tu connue?
--Au quartier Latin.
--Tu savais donc mon adresse, puisque tu m’as envoyé ce billet?
--Oui.
--Comment ça?
--Je t’avais suivie, un soir, jusqu’à ta porte.
--Et pourquoi ne m’as-tu jamais parlé?
--Parce que je n’osais pas.
--Tu n’osais pas?
--Non.
--Mais quelle idée de m’avoir fait venir ici pour me causer! Vrai, c’est
étrange, je ne saisis pas.
Je restai interdit. Nous étions tout à fait isolés de la foule.
En même temps, elle se rapprochait de moi, et je sentais de nouveau les
pulsations de sa chair, un parfum tiède qui me montait au cerveau et me
grisait comme un encens de volupté... Je ne sais quelle ivresse s’empara
tout à coup de moi, quel désir spontané, irréfléchi, comme une impulsion
irrésistible, le débordement de toute ma tendresse comprimée... je la
saisis, nos corps s’élancèrent l’un vers l’autre, nos lèvres se
joignirent, elle murmura dans un désir pâmé... «Oh! chéri!»... Et, au
même instant, avant que je pusse lever la main pour le retenir, mon
masque tomba, ma disgrâce lui apparut, elle recula, toute blanche,
glacée soudain.
--Oh! lui! fit-elle d’une voix basse comme gelée par l’épouvante.
Anéanti, éperdu, je ne trouvai pas une parole, l’esprit noyé, emporté,
submergé dans un flot de détresse. Le tumulte de l’orchestre m’arrivait
comme le bruit monotone et sans fin de l’océan désert... Elle s’était
enfuie... Lentement, je revins à moi, je remis mon masque, je gagnai la
sortie à travers le tournoiement du bal... J’allai au hasard, par les
rues vides, je ne savais où, là-bas, dans le silence de la nuit.
Le lendemain, je quittai mon hôtel, je louai une chambre ailleurs, dans
un quartier plus solitaire.