«Tous les hommes domiciliés dans l’enceinte du mur de ville et dans les
faubourgs, de quelque seigneur que relève le terrain où ils habitent,
jureront la commune. Dans toute l’étendue de la ville, chacun prêtera
secours aux autres loyalement et selon son pouvoir.
«Les pairs de la commune jureront de ne favoriser personne pour cause
d’amitié, de ne léser personne pour cause d’inimitié, et de donner en
toute chose, selon leur pouvoir, une décision équitable. Tous les autres
jureront d’obéir et de prêter main-forte aux décisions des pairs[283].
[283] Ces magistrats étaient élus au nombre de douze par toute la
commune de Beauvais. Plus tard, vers la fin du douzième siècle, leur
nombre fut porté à treize, et l’un d’entre eux fut créé chef de
l’administration sous le titre de _majeur_ ou _maire_. On disait
_mayeur_ dans le dialecte de la Picardie. (Voyez, sur les titres de
_maire_ et de _pairs_, les _Considérations sur l’histoire de
France_, chap. V et VI.)
«Quiconque aura forfait envers un homme qui aura juré cette commune, les
pairs de la commune, si plainte leur en est faite, feront justice du
corps et des biens du coupable, suivant leur délibération.
«Si le coupable se réfugie dans quelque château fort, les pairs de la
commune parleront sur cela au seigneur du château ou à celui qui sera en
son lieu; et si, à leur avis, satisfaction leur est faite de l’ennemi de
la commune, ce sera assez; mais si le seigneur refuse satisfaction, ils
se feront justice eux-mêmes sur ses biens et sur ses hommes.
«Si quelque marchand étranger vient à Beauvais pour le marché, et que
quelqu’un lui fasse tort ou injure dans les limites de la banlieue; si
plainte en est faite aux pairs et que le marchand puisse trouver son
malfaiteur dans la ville, les pairs en feront justice, à moins que le
marchand ne soit un des ennemis de la commune.
«Nul homme de la commune ne devra confier ou prêter son argent aux
ennemis de la commune tant qu’il y aura guerre avec eux, car s’il le
fait, il sera parjure; et si quelqu’un est convaincu de leur avoir prêté
ou confié quoi que ce soit, justice sera faite de lui, selon que les
pairs en décideront.
«S’il arrive que le corps de la commune marche hors de la ville contre
ses ennemis, nul ne parlementera avec eux, si ce n’est avec licence des
pairs.
«Si quelqu’un de la commune a confié son argent à quelqu’un de la ville,
et que celui auquel l’argent aura été confié se réfugie dans quelque
château fort, le seigneur du château, en ayant reçu plainte, ou rendra
l’argent ou chassera le débiteur de son château; et s’il ne fait ni
l’une ni l’autre de ces choses, justice sera faite sur les hommes de ce
château à la discrétion des pairs[284].»
[284] Charte de confirmation de la commune de Beauvais donnée par
Louis le Jeune en 1144. (_Mémoires de Beauvais et de Beauvaisis_,
par Antoine L’Oisel. Paris, 1617; titres justificatifs, p.
271.)--J’ai réduit cette charte à quelques articles, dont
j’intervertis l’ordre, afin d’y mettre plus de suite.