Comment le comte Guérin Le Breton de Baëza et ses compagnons allèrent
vers Jean de Paris.
Le roi d'Espagne dit aussitôt au comte Guérin Le Breton de Baëza et à
trois de ses barons: «Dites à Jean de Paris que nous le prions de venir
en ce palais pour commencer la fête.»
Quand ils arrivèrent au quartier de Jean de Paris, ils trouvèrent les
rues fortifiées, avec bonne garde, et on leur demanda qui ils étaient.
«Nous sommes, dit le comte, envoyés du roi d'Espagne, et cherchons Jean
de Paris.
--Entrez avec les vôtres.»
Ils entrèrent et virent les rues tendues de riches tapisseries. Étant
devant le logis, ils trouvèrent grande compagnie des gens d'armes avec
leur capitaine, auquel le comte s'adressa pour parler à Jean.
«Qui êtes-vous? dit le capitaine.
--Je suis le comte Guérin Le Breton de Baëza, que le roi d'Espagne a
chargé de venir parler à Jean de Paris.
--Suivez-moi.»
Ils furent conduits en la première salle, qui était tapissée d'un drap
d'or à haute lisse, et le regardèrent soigneusement. Le capitaine leur
dit: «Attendez un peu encore, parce qu'on tient conseil, et que je n'ose
heurter à la porte.»
Ils attendirent donc un peu; puis on ouvrit. Le capitaine rentra avec un
chambellan, et dit que le comte Guérin Le Breton de Baëza voulait parler
à Jean de Paris. «Je vais appeler le chancelier, qui lui parlera,»
dit-on de l'intérieur.
Le chancelier arriva, qui demanda ce qu'ils voulaient. «Nous voulons,
dirent les envoyés, parler à Jean de Paris de la part du roi d'Espagne.
--Eh quoi! est-il si malade qu'il ne puisse venir ici? Vous ne pouvez,
vous, lui parler.»
Le comte, entendant la réponse, fut ébahi, et retourna dire toute la
chose au roi d'Espagne. Les dames furent fâchées, croyant qu'il ne
viendrait pas.
Mais le roi d'Espagne et les rois se mirent en route pour savoir des
nouvelles de celui qui était si haut personnage.
Le chancelier de Jean, les entendant venir, sortit de la chambre avec
cinquante hommes et les reçut avec honneur, eux et leur compagnie; puis
il dit au roi d'Espagne: «Sire, que venez-vous faire ici? Soyez le
bienvenu.
--Je ne me pourrais tenir, dit le roi d'Espagne, de venir voir Jean de
Paris, et je le prie de se rendre, s'il le veut bien, en mon palais,
parce que nos dames le désirent voir: aussi je vous prie de me faire
parler à lui.
--Venez donc, je vous montrerai le chemin.»
[Illustration]
Il le mena en la chambre du conseil, qui était tendue de satin rouge
broché de feuillages d'or, avec un ciel bleu à étoiles de fins diamants,
puis ils entrèrent en un appartement tendu de velours vert, sur lequel
était brodée en or, et avec des perles, l'_Histoire de l'Ancien
Testament_. Au coin de cette salle il y avait un riche siége à trois
degrés, couvert d'un poêle d'or, et par-dessus était un pavillon à
franges de diamants, rubis, émeraudes, saphirs, améthystes, grenats,
topazes, opales, et autres pierres précieuses qui étincelaient
merveilleusement. Jean de Paris et ses gentilshommes parurent alors,
vêtus de satin blanc à crevés de soie cerise. Le seul Jean avait un
collier de pierreries.
«Voici le roi d'Espagne qui vient voir Jean de Paris,» dit le chancelier
aux barons; et il s'avança vers Jean, qui était assis sur le siége.