IV

Comment le roi de France arriva en Espagne et ne trouva personne sur son

chemin, si ce n'est le gouverneur, lequel s'enfuit aussitôt.

Quand le roi fut près de l'Espagne, il fit mettre ses gens en ordre et

donna la conduite de l'armée au roi d'Espagne; ils entrèrent dans le

pays toujours serrés et rangés en bon ordre, et ils ne trouvèrent aucune

aventure digne de mémoire, avant d'avoir cheminé jusqu'au coeur du pays

d'Espagne, où ils rencontrèrent le gouverneur avec cinquante mille

combattants assez mal accoutrés. Quand ils virent les Français si bien

rangés, le gouverneur et ses gens reculèrent un peu, et un peu plus

encore, et à la fin ne furent plus aperçus. Les Français n'en tinrent

pas grand compte et marchèrent pour faire lever le siége de Ségovie,

s'il n'était déjà levé. Burgos[41], chemin faisant, leur fut ouverte;

c'est une des bonnes cités du pays. Le roi la reçut à merci, parce

qu'elle avait obéi vite.

[Note 41. Ville considérable de la Vieille-Castille, entre Ségovie et

les Pyrénées.]

V

Comment les ambassadeurs des barons d'Espagne vinrent vers le roi de

France.

Quand le roi de France et celui d'Espagne eurent séjourné huit jours en

la ville de Burgos, ils se remirent en route. Une partie des villes qui

étaient en rébellion ouverte furent prises ensuite et remises en

obéissance par le roi de France, qui les punissait, et même faisait

périr les rebelles, et pardonnait aux autres, tellement que bientôt, de

toutes les villes, on apporta les clefs au roi très-humblement. Huit

jours après ils arrivaient devant Ségovie; en chemin, ils trouvèrent les

messagers des barons d'Espagne, qui venaient vers le roi pour traiter de

la paix, tout en se plaignant du roi d'Espagne. Mais, en fin de compte,

le roi de France, qui était sage, vit leur malice et leur dit qu'ils

eussent à se mettre, s'ils le voulaient, en état de défense; car jamais

il ne les recevrait à merci, jusqu'à ce qu'il eût vu les nobles se venir

mettre à genoux devant le roi et lui demander pardon, et le peuple en

chemise; et encore il dit qu'il voulait avoir cinquante des plus

coupables pour les punir à son gré.

Légendes pour les enfants · 第 92 / 156 题