Comment l'ermite trouva Robert, auquel il commanda de parler et dit que
sa pénitence était accomplie.
L'empereur lui dit: «Viens: mon ami, montre-moi ta cuisse; je veux la
voir.»
Robert comprit, mais il faisait semblant de n'entendre point; il prit
une paille et commença à la rompre entre ses mains, comme par moquerie,
en pleurant. Et il fit maintes folies pour faire rire le pape et
l'empereur, et aussi maints ébattements pour les faire parler et leur
faire dire quelque chose nouvelle. L'empereur insistant lui dit: «Je te
commande, je te conjure, si tu as puissance de parler, de nous
répondre.»
Mais Robert se leva en contrefaisant le fou, et, en faisant cela, il
regarda derrière lui à cause d'un bruit qu'il entendait. C'était
l'ermite auquel il s'était confessé. L'ermite lui dit: «Mon ami,
entendez-moi; je sais bien que vous êtes Robert, lequel se nommait le
Diable; vous êtes maintenant agréable à Dieu. C'est par vous que cette
contrée a été délivrée des Sarrasins; aussi, de la part de Dieu, je vous
ordonne de parler et de ne plus faire le fou; c'est ainsi le plaisir de
Dieu. Il vous a pardonné et remis tous vos péchés après pénitence
suffisante.»
Aussitôt Robert se mit humblement à genoux et leva les mains au ciel, en
disant: «Souverain roi des cieux, puisqu'il vous a plu de me pardonner
mes offenses, soyez loué, honoré et béni.»
Quand la fille de l'empereur et tous ceux qui étaient là présents
entendirent le beau langage de Robert, ils furent tous émerveillés. Il
leur sembla si beau, si doux et si gracieux d'esprit et de corps, que
c'était chose merveilleuse. L'empereur, sur-le-champ, voulut lui donner
sa fille; mais l'ermite n'y voulut pas consentir, et force fut que
chacun se retirât chez soi.