Comment Robert arriva à Rome.
Quand Robert arriva à Rome, le pape était en l'église de
Saint-Pierre[33] et faisait le service divin, comme il a coutume de le
faire en ce jour; Robert s'efforça d'approcher près de lui. Les
ministres et autres gens du pape étaient tous courroucés de ce que
Robert voulait arriver jusqu'à leur seigneur, et plusieurs de ceux qui
le voyaient le frappaient. Mais, plus ils frappaient, plus il avançait;
il fit tant qu'il arriva là où était le pape, il se jeta à genoux à ses
pieds en criant à haute voix: «Saint-père, ayez pitié de moi,» ce qu'il
dit à plusieurs reprises; et ceux qui étaient auprès du pape étaient
fort mécontents de ce qu'il faisait un pareil bruit et le voulaient
chasser; mais le saint-père, voyant son ardent désir, en eut pitié et
dit à ses gens: «Laissez-le entrer; car, à ce que je vois, il a grande
dévotion.» Et il commanda qu'on fît silence, afin qu'il pût mieux
entendre ce que Robert voulait dire.
[Note 33: L'ancienne basilique sur l'emplacement de laquelle fut plus
tard bâtie l'église dont Michel-Ange a élevé le dôme.]
Alors Robert parla au pape et lui dit: «Saint-père, je suis le plus
grand pécheur du monde.»
Le pape le prit par la main et le fit lever; puis il lui demanda: «Que
voulez-vous? pourquoi parlez-vous ainsi?
--Ah! saint-père, dit Robert, je vous prie qu'il vous plaise de m'ouïr
en confession: car, si je n'ai pas absolution de vous pour tous les
péchés que j'ai faits, je suis éternellement damné, ainsi que l'on m'en
a averti; et j'ai grand'peur en moi que le diable ne m'emporte, vu les
terribles et énormes péchés dont je suis rempli, plus que nul homme au
monde. Et, parce que vous êtes celui qui a la puissance de donner aide
et consolation à ceux qui en ont besoin, je vous supplie
très-humblement, en l'honneur de la sainte passion de Dieu, qu'il vous
plaise me purger et nettoyer de mes maux et des péchés que ma conscience
me reproche, par lesquels je suis vil et abominable plus que n'est un
diable.»
Quand le pape l'ouit ainsi parler, il se douta que c'était Robert le
Diable, et lui dit: «Beau fils, ne t'appelles-tu pas Robert, duquel j'ai
tant ouï parler?
--Oui,» dit Robert.
Alors le pape dit: «Tu auras l'absolution; mais, je te conjure par le
Dieu vivant, ne fais mal ni dommage à personne.»
Et le pape et ceux qui étaient là furent épouvantés de le voir. Robert
s'agenouilla devant le pape, en grande humilité, contrition et repentir
de ses péchés, et dit: «A Dieu ne plaise que je fasse mal à personne qui
soit ici ni ailleurs, tant que je pourrai m'en empêcher!»
Le pape se retira à part, fit venir Robert devant lui, lequel se
confessa humblement et lui déclara comment, avant sa naissance, sa mère
s'était courroucée et l'avait donné au diable, disant que de cela il
avait grande douleur et crainte.