XXXI

Geneviève en danger de mort.

L'innocent Bénoni était bien éloigné de comprendre tout ce que sa mère

lui avait dit, si la bonté de Dieu ne lui eût servi de maître.

L'expérience ne lui avait jamais appris ce que c'était que la mort; mais

peu s'en fallut qu'il n'en eût un triste et funeste exemple en la

personne de sa mère, quelques jours après.

Enfin, Geneviève étant revenue d'une longue pâmoison, elle arrêta

quelque temps ses yeux sur l'aimable sujet de ses douleurs, et, après

lui avoir appris qu'il était le fils d'un grand seigneur, elle lui dit

en pleurant:

«Je quitte le monde sans regret, ainsi que j'y ai demeuré sans désir. Si

j'étais capable de quelque déplaisir, ce serait de te laisser sans

ressource et sans appui, souffrant des peines et des misères que tu n'as

pas méritées.

«A ne point mentir, cette considération me toucherait sensiblement le

coeur, si je n'en avais une plus haute qui me contraint de mettre tes

intérêts entre les mains de celui qui est le père des orphelins et le

soutien des innocents. Je ne veux pas que tu aies souvenance d'une mère

qui ne t'a mis au monde que pour que tu en souffres les maux et les

douleurs.

«Je te conjure néanmoins, mon cher Bénoni, d'ensevelir avec mon corps

les ressentiments de mes malheurs. J'espère que la miséricorde de Dieu

nous fera justice et qu'elle donnera à connaître à tout le monde que tu

es le fils d'une femme sans reproche.

«Au reste, mon cher fils, après avoir mis ce corps en terre, fais ce que

Dieu t'inspirera. S'il veut que tu retournes vers ton père, obéis-lui.

Tu as des qualités qui te feront reconnaître. Tu es son image; en te

voyant, il saura que tu es son fils.»

En disant ces mots, Geneviève fit mettre son Bénoni à genoux et mouilla

son petit visage du reste de ses larmes. Représentez-vous la pitié que

donnait ce spectacle: Geneviève, malade, mourante, attend la fin de ses

misères, et elle est épouvantée de l'abandon où va être son fils.

La mort allait lui donner le dernier coup, mais Dieu l'arrête; il veut

que la justice commence pour elle.

Deux anges, brillants comme le soleil, entrent dans sa retraite et la

remplissent de rayons et de parfums. «Vivez, Geneviève! lui disent-ils,

vivez, Dieu le veut.» Et ils disparaissent. Geneviève se relève guérie,

heureuse, transfigurée.

Légendes pour les enfants · 第 51 / 156 题