Geneviève en danger de mort.
L'innocent Bénoni était bien éloigné de comprendre tout ce que sa mère
lui avait dit, si la bonté de Dieu ne lui eût servi de maître.
L'expérience ne lui avait jamais appris ce que c'était que la mort; mais
peu s'en fallut qu'il n'en eût un triste et funeste exemple en la
personne de sa mère, quelques jours après.
Enfin, Geneviève étant revenue d'une longue pâmoison, elle arrêta
quelque temps ses yeux sur l'aimable sujet de ses douleurs, et, après
lui avoir appris qu'il était le fils d'un grand seigneur, elle lui dit
en pleurant:
«Je quitte le monde sans regret, ainsi que j'y ai demeuré sans désir. Si
j'étais capable de quelque déplaisir, ce serait de te laisser sans
ressource et sans appui, souffrant des peines et des misères que tu n'as
pas méritées.
«A ne point mentir, cette considération me toucherait sensiblement le
coeur, si je n'en avais une plus haute qui me contraint de mettre tes
intérêts entre les mains de celui qui est le père des orphelins et le
soutien des innocents. Je ne veux pas que tu aies souvenance d'une mère
qui ne t'a mis au monde que pour que tu en souffres les maux et les
douleurs.
«Je te conjure néanmoins, mon cher Bénoni, d'ensevelir avec mon corps
les ressentiments de mes malheurs. J'espère que la miséricorde de Dieu
nous fera justice et qu'elle donnera à connaître à tout le monde que tu
es le fils d'une femme sans reproche.
«Au reste, mon cher fils, après avoir mis ce corps en terre, fais ce que
Dieu t'inspirera. S'il veut que tu retournes vers ton père, obéis-lui.
Tu as des qualités qui te feront reconnaître. Tu es son image; en te
voyant, il saura que tu es son fils.»
En disant ces mots, Geneviève fit mettre son Bénoni à genoux et mouilla
son petit visage du reste de ses larmes. Représentez-vous la pitié que
donnait ce spectacle: Geneviève, malade, mourante, attend la fin de ses
misères, et elle est épouvantée de l'abandon où va être son fils.
La mort allait lui donner le dernier coup, mais Dieu l'arrête; il veut
que la justice commence pour elle.
Deux anges, brillants comme le soleil, entrent dans sa retraite et la
remplissent de rayons et de parfums. «Vivez, Geneviève! lui disent-ils,
vivez, Dieu le veut.» Et ils disparaissent. Geneviève se relève guérie,
heureuse, transfigurée.