IV

Noces de Geneviève.

Rien ne fut oublié de toutes les réjouissances qui pouvaient honorer une

noce si belle.

Tous ceux qui virent le bonheur de ce mariage le crurent éternel. Mais

hélas! il y a beaucoup d'épines pour une rose!

Après que les jeunes époux eurent passé quelques mois à la cour de

Brabant, il fallut partir pour aller à Trêves[9]. Les parents de Sifroy

reçurent Geneviève avec tout le respect que sa naissance et son mérite

devaient attendre. Saint Hidulphe, qui était alors pasteur de cette

grande ville, fut bien aise de voir sa bergerie accrue d'une innocente

brebis.

[Note 9: Ancien électorat et archevêché célèbre de l'Allemagne, sur la

Moselle, dans la Prusse rhénane.]

Bientôt Geneviève quitta la ville pour aller habiter une de ses maisons

de campagne. Cette campagne était un fort joli château, entouré d'un

grand parc vert où il semblait que le printemps régnait toujours. Ce fut

dans ce lieu plein de délices que Sifroy et Geneviève vécurent quelque

temps de la plus douce et innocente vie.

V

Les Sarrasins arrivent d'Espagne.

Il eût fallu que ce bonheur durât toujours. À peine deux ans s'étaient

écoulés, lorsque Abdérame[10], roi des Maures, qui avait passé d'Afrique

en Espagne, songea à satisfaire son ambition par la conquête de l'Europe

entière. La France, pays voisin de ses campements, lui parut un friand

morceau à prendre tout d'abord; comme il craignait d'y trouver d'autres

ennemis plus rudes que les Wisigoths[11] d'Espagne, il leva la plus

formidable armée que l'Occident eût jamais vue. La renommée d'une telle

armée, jointe à la vivacité des intérêts engagés dans la lutte, amena

auprès de Charles Martel[12] une noblesse nombreuse qui était fière

d'avoir à combattre des ennemis aussi terribles, et de les combattre

sous le commandement d'un si glorieux capitaine.

[Note 10: Abdoul-Rahaman-Ben-Abdoullah-el-Gbafiki, vice-roi d'Espagne

sous le calife Yésid, fut battu près de Tours, au mois d'octobre 733.]

[Note 11: Les Wisigoths, venus avec Ataulf, occupaient l'Espagne depuis

le cinquième siècle, après l'avoir enlevée aux empereurs de Rome.]

[Note 12: Maire du palais sous les premiers rois fainéants; il était

fils de Pépin d'Héristal, et, comme lui, chef des seigneurs de la Gaule

franque. Martel ou Marteau est le surnom qui lui fut donné lorsqu'il eut

vaincu et pour ainsi dire écrasé l'armée des Arabes ou Sarrasins.]

Sifroy, en sa qualité de puissant chevalier, aurait eu honte de se

reposer dans son bonheur pendant que d'autres songeaient au salut

public. Mais comment quitter Geneviève? Comment la résoudre à une

séparation? Ils pleurèrent longtemps avant de pouvoir s'y décider l'un

et l'autre; et, lorsque Dieu eut enfin envoyé à Geneviève une forte

résolution, lorsque Sifroy quitta sa jeune et belle et bonne Geneviève,

ils pleurèrent bien plus encore.

Légendes pour les enfants · 第 26 / 156 题