La basilique de Saint-Denis.
Nous avons vu comment, dès les premiers jours de son règne, Dagobert
avait voulu commencer les travaux qu'il avait promis d'exécuter pour la
gloire de saint Denis; mais il n'avait été fait jusque-là que fort peu
de réparations dans la chapelle. L'activité des ouvriers ne dut plus
désormais se ralentir.
Il orna, dit la chronique, d'or pur et de pierres précieuses les
monuments des martyrs, et, après avoir merveilleusement décoré le dedans
de l'église, il couvrit aussi d'argent pur l'extérieur de la voûte sous
laquelle étaient déposés les corps de saint Denis et ses compagnons. Il
assigna pour les luminaires de l'église cent sous d'or, pris sur les
droits de douane que lui payait chaque année la ville de Marseille. Les
agents du roi, à mesure que le payement se faisait, devaient acheter de
l'huile et la remettre aux envoyés de l'église. Il fit placer, en face
de l'autel, une cassette d'argent pour recevoir les aumônes offertes par
les fidèles, et qui devaient être ensuite distribuées aux pauvres de la
main même des prêtres, afin que, selon le précepte de l'Évangile, ces
aumônes demeurassent secrètes, et que le Dieu tout-puissant, qui voit
toutes les choses cachées, les rendît au centuple dans le ciel. Il
ordonna qu'annuellement, d'un mois de septembre à l'autre, il enverrait
lui-même à cette cassette cent sous d'or, et voulut que ses fils et tous
les rois francs ses successeurs n'oubliassent jamais d'y faire porter
chaque année le même nombre de sous d'or. C'était aux pauvres seuls que
ces cent sous devaient être distribués, et nul n'en devait rien
détourner; car il voulait que, tant que durerait le royaume, moyennant
cette offrande des rois et ce qu'il plairait à Dieu d'y faire ajouter
par d'autres personnes, les pauvres et les voyageurs trouvassent
toujours là de quoi se soulager. Outre de nombreux et riches domaines
qu'il donna à la basilique des bienheureux martyrs, il concéda aux
moines qui priaient Dieu dans cette église le tribut annuel de cent
vaches que lui payait le duché du Mans, afin qu'ils prissent plaisir à
invoquer pour lui le Seigneur et les saints martyrs.
Il commanda en même temps à saint Éloi qu'il forgeât une grande croix
pour mettre derrière le maître autel de l'église, la plus riche et la
plus habilement faite qu'il pût l'imaginer. Le saint homme la fit telle,
avec l'aide de Dieu, de pur or et de pierres précieuses, que l'oeuvre
fut regardée comme la plus rare des merveilles.
Saint Éloi qui, dit toujours la chronique, était entouré de mendiants
comme une ruche de mouches, ne s'était jamais éloigné des voies du
Seigneur; mais il avait quelquefois sacrifié au monde: dans les derniers
temps de la vie de Dagobert, il s'était tout à fait séparé, et saint
Ouen aussi, de ce monde si dangereux. Ils vivaient dans la retraite en
attendant qu'ils devinssent, saint Éloi, évêque de Noyon, et saint Ouen,
évêque de Rouen, ce qui arriva après la mort de Dagobert. Saint Éloi, en
cette retraite, vit son habileté croître chaque jour, et il en consacra
toutes les ressources aux travaux de l'orfévrerie religieuse. C'est par
ce moyen qu'il donna à la basilique de Saint-Denis une parure sans
pareille. Il faut voir dans les livres de ceux qui ont raconté
l'histoire de la basilique quelles furent les belles choses qu'il
imagina, comme le tombeau des saints, un dôme à colonnes, tout de
marbre, d'or et de pierreries, comme l'autel avec sa boiserie rehaussée
de feuillage d'or, et décorée de fruits de perles.