XV

La basilique de Saint-Denis.

Nous avons vu comment, dès les premiers jours de son règne, Dagobert

avait voulu commencer les travaux qu'il avait promis d'exécuter pour la

gloire de saint Denis; mais il n'avait été fait jusque-là que fort peu

de réparations dans la chapelle. L'activité des ouvriers ne dut plus

désormais se ralentir.

Il orna, dit la chronique, d'or pur et de pierres précieuses les

monuments des martyrs, et, après avoir merveilleusement décoré le dedans

de l'église, il couvrit aussi d'argent pur l'extérieur de la voûte sous

laquelle étaient déposés les corps de saint Denis et ses compagnons. Il

assigna pour les luminaires de l'église cent sous d'or, pris sur les

droits de douane que lui payait chaque année la ville de Marseille. Les

agents du roi, à mesure que le payement se faisait, devaient acheter de

l'huile et la remettre aux envoyés de l'église. Il fit placer, en face

de l'autel, une cassette d'argent pour recevoir les aumônes offertes par

les fidèles, et qui devaient être ensuite distribuées aux pauvres de la

main même des prêtres, afin que, selon le précepte de l'Évangile, ces

aumônes demeurassent secrètes, et que le Dieu tout-puissant, qui voit

toutes les choses cachées, les rendît au centuple dans le ciel. Il

ordonna qu'annuellement, d'un mois de septembre à l'autre, il enverrait

lui-même à cette cassette cent sous d'or, et voulut que ses fils et tous

les rois francs ses successeurs n'oubliassent jamais d'y faire porter

chaque année le même nombre de sous d'or. C'était aux pauvres seuls que

ces cent sous devaient être distribués, et nul n'en devait rien

détourner; car il voulait que, tant que durerait le royaume, moyennant

cette offrande des rois et ce qu'il plairait à Dieu d'y faire ajouter

par d'autres personnes, les pauvres et les voyageurs trouvassent

toujours là de quoi se soulager. Outre de nombreux et riches domaines

qu'il donna à la basilique des bienheureux martyrs, il concéda aux

moines qui priaient Dieu dans cette église le tribut annuel de cent

vaches que lui payait le duché du Mans, afin qu'ils prissent plaisir à

invoquer pour lui le Seigneur et les saints martyrs.

Il commanda en même temps à saint Éloi qu'il forgeât une grande croix

pour mettre derrière le maître autel de l'église, la plus riche et la

plus habilement faite qu'il pût l'imaginer. Le saint homme la fit telle,

avec l'aide de Dieu, de pur or et de pierres précieuses, que l'oeuvre

fut regardée comme la plus rare des merveilles.

Saint Éloi qui, dit toujours la chronique, était entouré de mendiants

comme une ruche de mouches, ne s'était jamais éloigné des voies du

Seigneur; mais il avait quelquefois sacrifié au monde: dans les derniers

temps de la vie de Dagobert, il s'était tout à fait séparé, et saint

Ouen aussi, de ce monde si dangereux. Ils vivaient dans la retraite en

attendant qu'ils devinssent, saint Éloi, évêque de Noyon, et saint Ouen,

évêque de Rouen, ce qui arriva après la mort de Dagobert. Saint Éloi, en

cette retraite, vit son habileté croître chaque jour, et il en consacra

toutes les ressources aux travaux de l'orfévrerie religieuse. C'est par

ce moyen qu'il donna à la basilique de Saint-Denis une parure sans

pareille. Il faut voir dans les livres de ceux qui ont raconté

l'histoire de la basilique quelles furent les belles choses qu'il

imagina, comme le tombeau des saints, un dôme à colonnes, tout de

marbre, d'or et de pierreries, comme l'autel avec sa boiserie rehaussée

de feuillage d'or, et décorée de fruits de perles.

Légendes pour les enfants · 第 17 / 156 题