Enfance de Dagobert, fils du roi Chlother et de la reine Berthetrude.
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Dagobert, à un an, était un enfant joufflu, déjà très-vif,
très-impatient, qui courait à merveille, sans se soucier des chutes, et
qui s'occupait beaucoup moins de sa nourrice, de sa mère et de son père
que des chiens qu'il rencontrait. Aussitôt qu'il en voyait un, si laid
qu'il fût, il le prenait dans ses bras, le couvrait de caresses, et lui
parlait un petit langage que le chien comprenait très-bien. Les gens
habitués à tirer de tout des pronostics, jugeaient par la qu'il aimerait
avec passion l'exercice de la chasse. Mais il suffisait de voir le
bambin trépigner, remuer les bras, pousser des cris lorsqu'on avait le
malheur de lui refuser quelque chose qu'il convoitait, une grappe de
raisin doré ou une galette de blé noir, pour conjecturer que son humeur
ne serait pas toujours des plus accommodantes. Il aimait les vêtements
éclatants, tels que pouvaient alors les porter les enfants des rois. Il
est inutile de dire que Dagobert avait la longue chevelure et le grand
pied, le pied formidable, le pied monumental des Mérovingiens. Ce pied
était son arme favorite; et ceux qui en avaient pu connaître la solidité
et la vivacité ne s'exposaient plus au mécontentement de l'enfant royal.
Chlother II, père de Dagobert, avait d'abord confié l'éducation de son
fils à l'Austrasien Arnulph qui était le plus sage des hommes; mais
Arnulph, élu évêque de Metz, se retira bientôt de la cour et alla dans
son évêché où il vécut dans la pratique de toutes les vertus. L'Église
le vénère sous le nom de saint Arnould. Assurément, si Dagobert avait pu
suivre jusqu'au bout les leçons d'un tel maître, il ne les aurait jamais
oubliées; mais ce fut un très-méchant homme, nommé Sadragésile, qui fut
choisi par Chlother pour succéder à Arnulph dans les fonctions de
gouverneur du jeune prince. On avait réuni autour de Dagobert une
dizaine d'enfants de son âge, les uns fils de quelques officiers du roi,
les autres simples petits bergers. Toute cette bande vivait en plein
air, dans les cours du palais, qu'elle faisait retentir de ses cris et
de ses jeux bruyants. Dagobert s'était lié plus particulièrement avec
les petits bergers, qui le respectaient par crainte de son grand pied,
et il les employait à battre leurs camarades lorsque ceux-ci s'avisaient
de lui déplaire.
En ce temps-là on était beaucoup moins savant qu'aujourd'hui. Les leçons
que reçut Dagobert se réduisirent donc à fort peu de chose; il apprit
seulement à chanter au lutrin, à lire ses prières, à écrire un peu et à
compter à la romaine; mais, quoiqu'il ne fût ni docile ni laborieux, il
se faisait remarquer par une intelligence vive et claire. Pour ce qui
est des exercices du corps, aucun de ses jeunes compagnons n'avait plus
d'agilité et plus de force. Il montait à cheval dès l'âge de quatre ans;
à sept ans, il chassait seul; à dix ans, d'un coup d'épieu il tuait net
un sanglier. Son embonpoint précoce ne l'empêchait nullement de courir,
de sauter les fossés, de monter dans les arbres.
Quand il se promenait dans les villages qui entouraient les métairies
royales, il s'arrêtait où bon lui semblait et vivait sans façon sous le
toit de chaume du paysan; mais il ne fallait pas que les gens, le voyant
si familier, s'oubliassent et lui manquassent de respect. Il se faisait,
dans ce cas, prompte justice.
Un jour qu'il avait tendu un piége à un loup et pris la bête, passa par
là un grand vaurien qui, voyant la fosse et entendant le loup, voulut le
tuer et l'emporter. Il ne savait pas que les trois petits chasseurs qui
étaient là étaient Dagobert et deux de ses amis, et, quand il les aurait
connus, il ne pensait pas que trois enfants de cet âge pussent
l'empêcher d'en faire à sa tête. «Je te défends d'y toucher,» dit
Dagobert dès qu'il vit quelle était son intention. «Tiens! le beau
donneur d'ordres!» répondit le grand rustre. «Si tu y touches, tu auras
affaire à moi.--Voilà qui m'effraye! Est-ce que tes camarades n'ont
rien, non plus, à me dire?--Vois ce que tu veux faire.»
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Le rustre allait tuer le loup; mais Dagobert, prenant sa petite hache de
chasse qui était cachée dans l'herbe, s'élança sur lui et lui porta un
coup qui le fit tomber. On accourut aux cris, on reconnut Dagobert, et
on fut étonné de voir quel homme il avait mis à la raison. C'était l'un
des plus redoutés coureurs de bois, un voleur de grands chemins, que
l'on cherchait depuis tantôt un an, et une récompense considérable avait
été promise à celui qui parviendrait à se saisir de lui. Dagobert reçut
la récompense et fut grandement loué par le roi Chlother.
D'autres fois on le voyait couché sur le fumier avec les poules, prenant
dans sa main les petits poulets, leur donnant du grain, du pain trempé,
et, lorsqu'ils piaulaient trop, les plaçant dans sa robe. C'était alors
le plus doux et le plus gai des enfants.
Cependant Sadragésile ne l'aimait pas: il disait que sa douceur était de
la paresse et sa valeur de la férocité.