APPENDICE

à l'usage de ceux qui connaissent la mer.

Ce chapitre un peu technique, qui s'adresse surtout aux yachtsmen,

traite des enseignements de ma traversée et des modifications que je

compte faire subir au _Firecrest_ avant ma prochaine croisière.

Ayant avec lui bravé de nombreuses tempêtes, ayant réalisé cette

traversée que j'avais longtemps rêvée, j'ai naturellement pour mon

vaillant navire la plus grande admiration. Cependant je ne suis pas

dogmatique et je ne prétends pas que _Firecrest_ était parfait.--En

fait, il n'existe pas de yacht parfait.--Chaque type, chaque forme de

coque, chaque gréement présente des avantages et des inconvénients. Le

bon marin est celui qui connaît les qualités et les défauts de son

navire, ses réactions dans la tempête, et qui sait quel effort limite il

peut lui demander. Il est souvent de bons navires, il n'est pas toujours

de bons marins, et on pourrait citer les vers de Kipling:

_Le jeu est plus que le joueur,

Le navire est plus que l'équipage._

Comme on peut le voir d'après ses lignes, _Firecrest_ est un navire

assez étroit pour sa longueur, et d'un tirant d'eau relativement

considérable. Ayant en outre une forte quille en plomb, il est

pratiquement inchavirable, mais l'effort supporté par le mât est

certainement plus grand que sur un bateau large et peu profond.

Il tient très bien la cape et avance au plus près, même dans de fortes

mers. Par contre, vent arrière, il est certainement plus délicat à

manoeuvrer qu'un bateau à arrière très large.

Mes principaux ennuis pendant ma traversée furent les suivants:

Les voiles étaient trop vieilles, le rouleau en bronze pour le gui

beaucoup trop faible, le beaupré trop long. La sous-barbe cassait

constamment. L'eau se conservait très mal dans les barils en chêne. La

grand'voile était assez difficile à amener et à hisser pendant une

tempête par suite de l'encombrement du gui et de la corne.

Après avoir longuement étudié ces inconvénients, j'apporte à mon navire

quelques modifications.

D'abord il me sera possible de me procurer des voiles neuves. Je

conserverai un rouleau pour le gui, qui sera non plus en bronze mais en

fer galvanisé et du modèle des bateaux pilotes du canal de Bristol. Le

_Firecrest_ ne sera plus gréé en cotre franc mais en bermudien, ce qui

me permettra de réduire la longueur de mon beaupré de quatre-vingt-dix

centimètres. Le beaupré sera fixe ainsi que la sous-barbe qui sera une

barre de fer forgé et ne transmettra pas ainsi à la partie supérieure du

mât des efforts de flexion.

Le gui sera creux, d'un diamètre de quinze centimètres, construit par

Mac Gruer et formé de cinq épaisseurs de bois cimentées ensemble.

Une des difficultés de ma traversée avait été pour moi, quand je voulais

hisser la grand'voile par gros temps, de faire passer la corne entre les

balancines. Le poids de la corne rendait souvent aussi très difficile la

manoeuvre d'amener la grand'voile.

Si je voulais utiliser la voile de cape, il me fallait amener le gui sur

le pont, ce qui est une manoeuvre très difficile et dangereuse, même

avec un bon équipage. Le poids réduit du gui creux facilitera beaucoup

la manoeuvre d'amener la voile, et me permettra de ne plus utiliser de

voile de cape. Le gréement bermudien supprime d'ailleurs tous les

inconvénients de la corne. Un chemin de fer le long du gui me permettra

de rentrer complètement et très vite la grand'voile, et d'avoir ainsi

deux voilures l'une de petit temps et l'autre de gros temps qui

remplacera la voile de cape.

Le mât de flèche sera creux--et j'utiliserai des cercles de mât

jusqu'aux jottereaux. La grande simplicité du gréement bermudien m'a

beaucoup séduit. L'idéal serait d'avoir seulement deux voiles,

grand'voile et foc, et pas de beaupré. Cependant je conserverai un foc

et une trinquette et deux étais.

L'eau ne sera plus renfermée dans des barils en chêne mais dans des

réservoirs en fer galvanisé. Dans ma prochaine grande traversée, je

n'emporterai pas de viande sauf du lard fumé ou bacon. Pas de conserves

en boîtes sauf du lait, du riz, des pommes de terre, du beurre salé, des

confitures et du biscuit. Le nouveau réchaud à pétrole sous pression que

j'emploierai est entièrement démontable et m'évitera les ennuis de ma

première traversée.

J'emporte cette fois en outre une arbalète à poissons, des armes à feu,

un petit cinéma et deux kilomètres de films contenus par rouleau de

vingt-cinq mètres dans quatre-vingts boîtes en zinc, un appareil à

pellicules entièrement métallique.

Une autre question un peu technique que je n'ai pu traiter au cours de

mon récit est celle de la navigation. Je me servirai encore d'un sextant

à micromètre sans vernier du type utilisé par l'amirauté britannique à

bord de ses torpilleurs. Ce sextant ne donne que la demi-minute qui est

une approximation inférieure à l'erreur d'observation due à la faible

hauteur de l'oeil au-dessus de l'horizon. J'utilise les tables du

lieutenant Johnson, R. N., qui permettent avec une approximation

suffisante des calculs très rapides. J'emploie aussi les nouvelles

méthodes de navigation de la Summers Line.

Je n'emporte pas de chronomètres proprement dits, mais deux montres de

torpilleurs du type en usage dans la marine.

Un autre des inconvénients du _Firecrest_ est sa taille. Je l'aime

tellement que je le conserverai toujours, mais si je devais me faire

construire un navire pour une traversée semblable, je le ferais faire

beaucoup plus petit. Bien construit, il pourrait très bien tenir la mer,

et éviterait au navigateur solitaire une grande fatigue physique.

J'ai dessiné dernièrement les lignes générales d'un tel yacht, qui

correspond à peu près à mon idéal de ce que doit être une embarcation de

cinq tonneaux pouvant être facilement manoeuvrée par un ou deux hommes.

[Illustration: XII.--Yacht à moteur auxiliaire, type «Alain Gerbault»,

plan de voilure.]

PLAN DU YACHT

à moteur

Type "ALAIN GERBAULT"

Construit par

Les Chantiers Maritimes Janin et Cie

à Royan

[Illustration: XIII.--Yacht à moteur auxiliaire, type «Alain Gerbault»,

plan et coupe.

YACHT à MOTEUR AUXILIAIRE de 8m,50 de longueur TYPE 'ALAIN GERBAULT'

CONSTRUIT PAR

CHANTIERS MARITIMES JANIN et Cie ROYAN (Charente inférieure)

Seul, à travers l'Atlantique · 第 27 / 37 题