Je m'attachai de plus en plus à Aimé Martin et à l'aimable veuve de
Bernardin de Saint-Pierre, qui me rendait l'amitié que je portais à
son mari. Je passais peu de jours sans la voir.
J'avais quitté, comme M. Lainé, avec douleur, mais sans colère, la
diplomatie, dans laquelle j'avais passé ma jeunesse. Je ne faisais
point de voeux pour la chute du gouvernement de Juillet que je ne
servais plus dans aucun emploi, mais dont je ne pressais pas la chute,
n'aimant pas la chute qui laisse longtemps un peuple se débattre sous
les ruines. Je voyais avec dégoût ces coalitions de partis opposés,
feignant de s'unir pour renverser un établissement politique
quelconque, qu'ils ne pouvaient pas remplacer. Ce gouvernement ne
méritait pas de regrets un jour, parce qu'il avait contribué lui-même
à la démolition du régime de ses parents; puisque ce régime avait été
vaincu et chassé, en se déclarant incompatible avec le régime
constitutionnel modéré, il fallait laisser le roi vaincu fuir dans
l'exil, mais garder son héritier innocent sous la tutelle du pays.
Louis-Philippe ne le voulut pas, ce fut sa faute, rudement, mais
lentement expiée par sa fuite à lui-même devant les émeutes de 1848.
C'est alors que j'entrai en scène et que, sans être républicain, je
proclamai la république comme le remède héroïque à l'anarchie. Sans la
république, il n'y avait plus de France alors; ce fut sa raison d'être
et son excuse, si elle en avait besoin. Le reste appartient à d'autres
temps et à d'autres hommes, il ne m'appartient pas d'en parler.