XII

Je m'attachai de plus en plus à Aimé Martin et à l'aimable veuve de

Bernardin de Saint-Pierre, qui me rendait l'amitié que je portais à

son mari. Je passais peu de jours sans la voir.

J'avais quitté, comme M. Lainé, avec douleur, mais sans colère, la

diplomatie, dans laquelle j'avais passé ma jeunesse. Je ne faisais

point de voeux pour la chute du gouvernement de Juillet que je ne

servais plus dans aucun emploi, mais dont je ne pressais pas la chute,

n'aimant pas la chute qui laisse longtemps un peuple se débattre sous

les ruines. Je voyais avec dégoût ces coalitions de partis opposés,

feignant de s'unir pour renverser un établissement politique

quelconque, qu'ils ne pouvaient pas remplacer. Ce gouvernement ne

méritait pas de regrets un jour, parce qu'il avait contribué lui-même

à la démolition du régime de ses parents; puisque ce régime avait été

vaincu et chassé, en se déclarant incompatible avec le régime

constitutionnel modéré, il fallait laisser le roi vaincu fuir dans

l'exil, mais garder son héritier innocent sous la tutelle du pays.

Louis-Philippe ne le voulut pas, ce fut sa faute, rudement, mais

lentement expiée par sa fuite à lui-même devant les émeutes de 1848.

C'est alors que j'entrai en scène et que, sans être républicain, je

proclamai la république comme le remède héroïque à l'anarchie. Sans la

république, il n'y avait plus de France alors; ce fut sa raison d'être

et son excuse, si elle en avait besoin. Le reste appartient à d'autres

temps et à d'autres hommes, il ne m'appartient pas d'en parler.

Cours familier de Littérature - Volume 24 · 第 53 / 108 题