Il y avait trente-deux jours -- depuis la nuit du 22 au 23 mars --
que Len Burker s'était séparé de Mrs. Branican et de ses
compagnons. Ce simoun, si fatal à la caravane, lui avait fourni
l'occasion d'exécuter ses projets. Entraînant Jane, et suivi des
noirs de l'escorte, il avait poussé devant lui les chameaux
valides et entre autres ceux qui portaient la rançon du capitaine
John.
Len Burker se trouvait dans des conditions plus favorables que
Dolly pour rejoindre les Indas dans la vallée arrosée par la Fitz-
Roy. Déjà, pendant sa vie errante, il avait eu de fréquents
rapports avec les Australiens nomades, dont il connaissait la
langue et les habitudes. La rançon volée lui assurait bon accueil
de Willi. Le capitaine John, une fois délivré, serait en son
pouvoir, et, cette fois...
Après avoir abandonné la caravane, Len Burker s'était hâté de
prendre la direction du nord-ouest, et au lever du jour, ses
compagnons et lui étaient à une distance de plusieurs milles.
Jane voulut alors implorer son mari, le supplier de ne point
abandonner Dolly et les siens au milieu de ce désert, lui rappeler
que c'était un crime ajouté au crime commis à la naissance de
Godfrey, le prier de racheter son abominable conduite en rendant
cet enfant à sa mère, en joignant ses efforts à ceux qu'elle
faisait pour retrouver le capitaine John...
Jane n'obtint rien. Ce fut en vain. Empêcher Len Burker de marcher
à son but, cela n'était au pouvoir de personne. Encore quelques
jours, et il l'aurait atteint. Dolly et Godfrey morts de
privations et de misères, John Branican disparu, l'héritage
d'Edward Starter passerait entre les mains de Jane, c'est-à-dire
entre les siennes, et, de ces millions, il saurait faire bon
usage!
Il n'y avait rien à attendre de ce misérable. Il imposa silence à
sa femme, qui dut se courber sous ses menaces, sachant bien que,
s'il n'avait eu besoin d'elle pour entrer en possession de la
fortune de Dolly, il l'aurait abandonnée depuis longtemps, et
peut-être pis encore. Quant à s'enfuir, à tenter de rejoindre la
caravane, comment aurait-elle pu y songer? Seule, que serait-elle
devenue? D'ailleurs, deux des noirs ne devaient pas la quitter
d'un instant.
Il n'y a pas lieu d'insister sur les incidents qui marquèrent le
voyage de Len Burker. Ni les bêtes de somme ni les vivres ne lui
faisaient défaut. Dans ces conditions, il put fournir de longues
étapes en se rapprochant de la Fitz-Roy, avec des gens habitués à
cette existence et qui avaient été moins éprouvés que les blancs
depuis le départ d'Adélaïde.
En dix-sept jours, à la date du 8 avril, Len Burker eut atteint la
rive gauche de la rivière, précisément le jour où Mrs. Branican et
ses compagnons tombaient à leur dernière halte.
En cet endroit, Len Burker fit la rencontre de quelques indigènes,
et il obtint d'eux des renseignements sur la situation actuelle
des Indas. Ayant appris que la tribu avait suivi la vallée plus à
l'ouest, il résolut de la redescendre, afin de se mettre en
rapport avec Willi.
Le cheminement n'offrait plus aucune difficulté. Pendant ce mois
d'avril, dans la province de l'Australie septentrionale, le climat
de ces régions est moins excessif, quelque bas qu'elle soit située
en latitude. Il était évident que si la caravane de Mrs. Branican
avait pu atteindre la Fitz-Roy, elle eût été au terme de ses
misères. Quelques jours après, elle serait entrée en communication
avec les Indas, car c'est à peine si quatre-vingt-cinq milles
séparaient alors John et Dolly l'un de l'autre.
Lorsque Len Burker eut la certitude qu'il n'était plus qu'à deux
ou trois journées de marche, il prit le parti de s'arrêter.
Emmener Jane avec lui chez les Indas, la mettre en présence du
capitaine John, courir le risque d'être dénoncé par elle, cela ne
pouvait lui convenir. Par ses ordres, une halte fut organisée sur
la rive gauche, et malgré ses supplications, c'est là que la
malheureuse femme fut abandonnée à la garde des deux noirs.
Cela fait, Len Burker, suivi de ses compagnons, continua de se
diriger vers l'ouest, avec les chameaux de selle et les deux bêtes
chargées des objets d'échange.
Ce fut le 20 avril que Len Burker rencontra la tribu, alors que
les Indas se montraient si inquiets du voisinage de la police
noire, dont la présence avait été signalée à une dizaine de milles
en aval. Déjà même Willi se préparait à quitter son campement,
afin de chercher refuge dans les hautes régions de cette Terre
d'Arnheim, qui appartient à la province de l'Australie
septentrionale.
En ce moment, sur les injonctions de Willi, et dans le but de
prévenir toute tentative d'évasion de sa part, John était enfermé
dans une hutte. Aussi ne devait-il rien apprendre des négociations
qui allaient s'établir préalablement entre Len Burker et le chef
des Indas.
Ces négociations ne donnèrent lieu à aucune difficulté.
Antérieurement, Len Burker avait été en rapport avec ces
indigènes. Il connaissait leur chef, et n'eut qu'à traiter la
question de rachat du capitaine John.
Willi se montra très disposé à rendre son prisonnier contre
rançon. L'étalage que lui fit Len Burker des étoffes, des
bimbeloteries, et surtout la provision de tabac qui lui était
offerte, l'impressionnèrent favorablement. Toutefois, en négociant
avisé, il fit valoir qu'il ne se séparerait pas sans regret d'un
homme aussi important que le capitaine John qui depuis tant
d'années vivait au milieu de la tribu et lui rendait de réels
services, etc., etc. D'ailleurs, il savait que le capitaine était
Américain, et n'ignorait même pas qu'une expédition avait été
formée en vue d'opérer sa délivrance -- ce que Len Burker confirma
en disant qu'il était précisément le chef de cette expédition.
Puis, lorsque celui-ci apprit que Willi s'inquiétait de la
présence de la police noire sur le cours inférieur de la Fitz-Roy
river, il profita de cette circonstance pour l'engager à traiter
sans retard. En effet, dans son intérêt à lui, Burker, il
importait que la délivrance du capitaine demeurât secrète, et, en
éloignant les Indas, il y avait toute probabilité que ses
agissements resteraient ignorés. La disparition définitive de John
Branican ne pourrait jamais lui être imputée, si les gens de son
escorte se taisaient à cet égard, et il saurait s'assurer leur
silence.
Il suit de là que la rançon ayant été acceptée par Willi, ce
marché fut terminé dans la journée du 22 avril. Le soir même, les
Indas abandonnèrent leur campement et remontaient le cours de la
Fitz-Roy river.
Voilà ce qu'avait fait Len Burker, voilà comment il était arrivé à
son but, et, maintenant, on va voir quel parti il allait tirer de
cette situation.
C'était vers huit heures du matin, le 23, que la porte de la hutte
s'était ouverte. John Branican venait de se trouver en présence de
Len Burker.
Quinze ans s'étaient écoulés depuis le jour où le capitaine lui
avait serré une dernière fois la main au départ du _Franklin_ du
port de San-Diégo. Il ne le reconnut pas, mais Len Burker fut
frappé de ce que John eût si peu changé relativement. Vieilli,
sans doute -- il avait quarante-trois ans alors -- mais moins
qu'on aurait pu le croire après un si long séjour chez les
indigènes, il avait toujours ses traits accentués, ce regard
résolu dont le feu ne s'était point éteint, son épaisse chevelure,
blanchie il est vrai. Resté solide et robuste, John, mieux que
Harry Felton peut-être, eût supporté les fatigues d'une évasion à
travers les déserts australiens -- fatigues auxquelles son
compagnon avait succombé.
En apercevant Len Burker, le capitaine John recula tout d'abord.
C'était la première fois qu'il se trouvait en face d'un blanc
depuis qu'il était prisonnier des Indas. C'était la première fois
qu'un étranger allait lui adresser la parole.
«Qui êtes-vous? demanda-t-il.
-- Un Américain de San-Diégo.
-- De San-Diégo?...
-- Je suis Len Burker...
-- Vous!»
Le capitaine John s'élança vers Len Burker, il lui prit les mains,
il l'entoura de ses bras... Quoi?... Cet homme était Len Burker...
Non!... c'était impossible... Il n'y avait là qu'une apparence...
John avait mal entendu... Il était sous l'influence d'une
hallucination... Len Burker... le mari de Jane... Et, en ce
moment, le capitaine John ne songeait guère à l'antipathie que Len
Burker lui inspirait autrefois, à l'homme qu'il avait si justement
suspecté!
«Len Burker! répéta-t-il.
-- Moi-même, John.
-- Ici... dans cette région!... Ah!... vous aussi, Len... vous
avez été fait prisonnier...»
Comment John aurait-il pu s'expliquer autrement la présence de Len
Burker au campement des Indas?
«Non, se hâta de répondre Len Burker, non, John, et je ne suis
venu que pour vous racheter au chef de cette tribu... pour vous
délivrer...
-- Me délivrer!»
Le capitaine John ne parvint à se dominer qu'au prix d'un violent
effort. Il lui semblait qu'il allait devenir fou, que sa raison
était sur le point de l'abandonner...
Enfin, lorsqu'il fut redevenu maître de lui, il eut la pensée de
se jeter hors de la hutte... Il n'osa pas... Len Burker lui avait
parlé de sa délivrance!... Mais était-il libre?... Et Willi!... Et
les Indas?...
«Parlez, Len, parlez!» dit-il, après s'être croisé les bras, comme
s'il eût voulu empêcher sa poitrine d'éclater.
Alors Len Burker, fidèle au plan qu'il avait formé de ne dire
qu'une partie des choses et de s'attribuer tout le mérite de cette
campagne, allait raconter les faits à sa façon, lorsque John,
d'une voix étranglée par l'émotion, s'écria:
«Et Dolly?... Dolly?...
-- Elle est vivante, John.
-- Et Wat... mon enfant?...
-- Vivants... tous deux... et tous deux... à San-Diégo.
-- Ma femme... mon fils!...» murmura John, dont les yeux se
noyèrent de larmes.
Puis il ajouta:
«Maintenant, parlez... Len... parlez!... J'ai la force de vous
entendre!»
Et Len Burker, poussant l'effronterie jusqu'à le regarder en face,
lui dit:
«John, il y a quelques années, lorsque personne ne pouvait plus
mettre en doute la perte du _Franklin_, ma femme et moi nous
dûmes quitter San-Diégo et l'Amérique. De graves intérêts
m'appelaient en Australie, et je me rendis à Sydney, où j'avais
fondé un comptoir. Depuis notre départ, Jane et Dolly ne cessèrent
jamais de rester en correspondance, car vous savez quelle
affection les unissait l'une à l'autre, affection que ni le temps
ni la distance ne pouvaient affaiblir.
-- Oui... je sais! répondit John. Dolly et Jane étaient deux
amies, et la séparation a dû être cruelle!
-- Très cruelle, John, reprit Len Burker, mais, après quelques
années, le jour était arrivé où cette séparation allait prendre
fin. Il y a onze mois environ, nous nous préparions à quitter
l'Australie pour retourner à San-Diégo, lorsqu'une nouvelle
inattendue suspendit nos projets de départ. On venait d'apprendre
ce qu'était devenu le _Franklin_, en quels parages il s'était
perdu, et, en même temps, le bruit se répandait que le seul
survivant du naufrage était prisonnier d'une tribu australienne,
que c'était vous, John...
-- Mais comment a-t-on pu savoir, Len?... Est-ce que Harry
Felton?...
-- Oui, cette nouvelle avait été rapportée par Harry Felton.
Presque au terme de son voyage, votre compagnon avait été
recueilli sur les bords du Parru, dans le sud du Queensland, et
transporté à Sydney...
-- Harry... mon brave Harry!... s'écria le capitaine John. Ah! je
savais bien qu'il ne m'oublierait pas!... Dès qu'il a été rendu à
Sydney, il a organisé une expédition...
-- Il est mort, répondit Len Burker, mort des fatigues qu'il avait
éprouvées!
-- Mort!... répéta John. Mon Dieu... mort!... Harry Felton...
Harry!»
Et des larmes coulèrent de ses yeux.
«Mais, avant de mourir, reprit Len Burker, Harry Felton avait pu
raconter les événements qui suivirent la catastrophe du _Franklin_,
le naufrage sur les récifs de l'île Browse, dire comment vous
aviez atteint l'ouest du continent... C'est à son chevet que
moi... j'ai tout appris de sa bouche... tout!... Puis, ses yeux se
sont fermés, John, tandis qu'il prononçait votre nom...
-- Harry!... mon pauvre Harry!...» murmurait John, à la pensée de
ces effroyables misères auxquelles avait succombé ce fidèle
compagnon qu'il ne devait plus revoir.
«John, reprit Len Burker, la perte du _Franklin_, dont on était
sans nouvelles depuis quatorze ans, avait eu un retentissement
considérable. Vous jugez de l'effet qui se produisit, lorsque le
bruit se répandit que vous étiez vivant... Harry Felton vous avait
laissé, quelques mois auparavant, prisonnier d'une tribu du
nord... Je fis immédiatement passer un télégramme à Dolly, en la
prévenant que j'allais me mettre en route pour vous retirer des
mains des Indas, car ce ne devait être qu'une question de rançon,
d'après ce qu'avait dit Harry Felton. Puis, ayant organisé une
caravane dont j'ai pris la direction, Jane et moi nous avons
quitté Sydney. Voilà de cela sept mois... Il ne nous a pas fallu
moins que ce temps pour atteindre la Fitz-Roy... Enfin, Dieu
aidant, nous sommes arrivés au campement des Indas...
-- Merci, Len, merci!... s'écria le capitaine John. Ce que vous
avez fait pour moi...
-- Vous l'auriez fait pour moi en pareilles circonstances,
répondit Len Burker.
-- Certes!... Et votre femme, Len, cette courageuse Jane, qui n'a
pas craint de braver tant de fatigues, où est-elle?...
-- À trois jours de marche en amont, avec deux de mes hommes,
répondit Len Burker.
-- Je vais donc la voir...
-- Oui, John, et si elle n'est pas ici, c'est que je n'ai pas
voulu qu'elle m'accompagnât, ne sachant trop quel accueil les
indigènes feraient à notre petite caravane...
-- Mais vous n'êtes pas venu seul? demanda le capitaine John.
-- Non, j'ai là mon escorte, composée d'une douzaine de noirs. Il
y a deux jours que je suis arrivé dans cette vallée...
-- Deux jours?...
-- Oui, et je les ai employés à conclure mon marché. Ce Willi
tenait à vous, mon cher John... Il connaissait votre importance...
ou plutôt votre valeur. Il a fallu longuement discuter pour
obtenir qu'il vous rendît la liberté contre rançon...
-- Alors je suis libre?...
-- Aussi libre que je le suis moi-même.
-- Mais les indigènes?...
-- Ils sont partis avec leur chef, et il n'y a plus que nous au
campement.
-- Partis?... s'écria John.
-- Voyez!»
Le capitaine John s'élança d'un bond hors de la hutte.
En ce moment, sur le bord de la rivière, il n'y avait que les
noirs de l'escorte de Len Burker: les Indas n'étaient plus là.
On voit ce qu'il y avait de vrai et de mensonger dans le récit de
Len Burker. De la folie de mistress Branican, il n'avait rien dit.
De la fortune qui était échue à Dolly par la mort d'Edward
Starter, il n'avait pas parlé. Rien, non plus, des tentatives
faites par le _Dolly-Hope_ à travers les parages de la mer des
Philippines et le détroit de Torrès pendant les années 1879 et
1882. Rien de ce qui s'était passé entre Mrs. Branican et Harry
Felton à son lit de mort. Rien enfin de l'expédition organisée par
cette intrépide femme, maintenant abandonnée au milieu du Great-
Sandy-Desert, et dont lui, l'indigne Burker, s'attribuait le
mérite. C'était lui qui avait tout fait, c'était, lui qui, au
risque de sa vie, avait délivré le capitaine John!
Et comment John aurait-il pu mettre en doute la véracité de ce
récit? Comment n'aurait-il pas remercié avec effusion celui qui,
après tant de périls, venait de l'arracher aux Indas, celui qui
allait le rendre à sa femme et à son enfant?
C'est ce qu'il fit, et en termes qui auraient touché un être moins
dénaturé. Mais le remords n'avait plus prise sur la conscience de
Len Burker, et rien ne l'empêcherait d'aller jusqu'à
l'accomplissement de ses criminels projets. Maintenant John
Branican se hâterait de le suivre jusqu'au campement où Jane
l'attendait... Pourquoi eût-il hésité?... Et, pendant ce trajet,
Len Burker trouverait l'occasion de le faire disparaître, sans
être soupçonné des noirs de son escorte, qui ne pourraient
témoigner ultérieurement contre lui...
Le capitaine John étant impatient de partir, il fut convenu que le
départ s'effectuerait le jour même. Son plus vif désir était de
revoir Jane, l'amie dévouée de sa femme, de lui parler de Dolly et
de leur enfant, de M. William Andrew, de tous ceux qu'il
retrouverait à San-Diégo...
On se mit en route dans l'après-midi du 23 avril. Len Burker avait
des vivres pour quelques jours. Pendant le voyage, la Fitz-Roy
devait fournir l'eau nécessaire à la petite caravane. Les
chameaux, qui servaient de montures à John et à Len Burker, leur
permettraient au besoin de devancer leur escorte de quelques
étapes. Cela faciliterait les desseins de Len Burker... Il ne
fallait pas que le capitaine John arrivât au campement... et il
n'y arriverait pas.
À huit heures du soir, Len Burker s'établit sur la rive gauche de
la rivière pour y passer la nuit. Il était encore trop éloigné,
pour mettre à exécution son projet de devancer l'escorte, au
milieu de ces régions où quelques mauvaises rencontres étaient
toujours à craindre.
Aussi, le lendemain, dès l'aube, reprit-il sa marche avec ses
compagnons.
La journée suivante se partagea en deux étapes, qui ne furent
interrompues que par une halte de deux heures. Il n'était pas
toujours facile de suivre le cours de la Fitz-Roy, dont les berges
étaient tantôt coupées de profondes entailles, tantôt barrées par
des massifs inextricables de gommiers et d'eucalyptus, ce qui
obligeait à faire de longs détours.
La journée avait été très dure, et, après leur repas, les noirs
s'endormirent.
Quelques instants plus tard, le capitaine John était plongé dans
un profond sommeil.
Il y avait peut-être là une occasion dont Len Burker aurait pu
profiter, car il ne dormait pas, lui. Frapper John, traîner son
cadavre à une vingtaine de pas, le précipiter dans la rivière, il
semblait même que les circonstances se réunissaient pour faciliter
la perpétration de ce crime. Puis, le lendemain, au moment du
départ, on aurait vainement cherché le capitaine John...
Vers les deux heures du matin, Len Burker, se relevant sans bruit,
rampa vers sa victime, un poignard à la main, et il allait le
frapper, lorsque John se réveilla.
«J'avais cru vous entendre m'appeler? dit Len Burker.
-- Non, mon cher Len, répondit John. Au moment où je me suis
réveillé, je rêvais de ma chère Dolly et de notre enfant!»
À six heures, le capitaine John et Len Burker reprirent leur route
le long de la Fitz-Roy.
Pendant la halte de midi, Len Burker, décidé à en finir puisqu'il
devait arriver le soir même au campement, proposa à John de
devancer leur escorte.
John accepta, car il lui tardait d'être près de Jane, de pouvoir
lui parler plus intimement qu'il n'avait pu le faire avec Len
Burker.
Tous deux allaient donc partir, lorsqu'un des noirs signala, à
quelques centaines de pas, un blanc qui s'avançait, non sans
prendre certaines précautions.
Un cri échappa à Len Burker...
Il avait reconnu Godfrey.