Fin d'une triste année

Cette suite de catastrophes, dont la famille Branican venait

d'être victime, faisait à Len Burker une situation sur laquelle il

est nécessaire d'appeler l'attention.

On ne l'a point oublié, si la position pécuniaire de Mrs. Branican

était fort modeste, celle-ci devait être l'unique héritière de son

oncle, le riche Edward Starter. Toujours retiré dans son vaste

domaine forestier, relégué pour ainsi dire dans la partie la plus

inabordable de l'État de Tennessee, cet original s'était interdit

de jamais donner de ses nouvelles. Comme il n'avait guère que

cinquante-neuf ans, sa fortune pouvait se faire longtemps

attendre.

Peut-être même eût-il modifié ses dispositions, s'il avait appris

que Mrs. Branican, la seule parente directe qui lui restât de

toute sa famille, avait été frappée d'aliénation mentale depuis la

mort de son enfant. Mais il l'ignorait, ce double malheur; il

n'aurait d'ailleurs pu l'apprendre, s'étant constamment refusé à

recevoir des lettres comme à en écrire. Len Burker aurait pu, il

est vrai, enfreindre cette défense, à raison des changements

survenus dans l'existence de Dolly, et Jane lui avait laissé

entendre que son devoir exigeait qu'il avisât Edward Starter; mais

il lui avait imposé silence, et s'était bien gardé de suivre ce

conseil.

C'est que son intérêt lui commandait de s'abstenir, et, entre son

intérêt et son devoir, il n'était pas homme à hésiter, fût-ce un

instant. Ses affaires prenaient chaque jour une tournure trop

inquiétante pour qu'il voulût sacrifier cette dernière chance de

fortune.

En effet, la situation était très simple: si Mrs. Branican mourait

sans enfants, sa cousine Jane, unique parente qui eût qualité pour

hériter d'elle, bénéficierait de son héritage. Or, depuis la mort

du petit Wat, Len Burker avait certainement vu s'accroître les

droits de sa femme à l'héritage d'Edward Starter, c'est-à-dire les

siens.

Et, en réalité, les événements ne s'accordaient-ils pas pour lui

procurer cette énorme fortune? Non seulement l'enfant était mort,

non seulement Dolly était folle, mais, d'après l'avis des

médecins, il n'y avait que le retour du capitaine John qui pût

modifier son état mental.

Et précisément, le sort du _Franklin_ donnait les plus vives

inquiétudes. Si les nouvelles continuaient à faire défaut pendant

quelques semaines encore, si John Branican n'était pas rencontré

en mer, si la maison Andrew n'apprenait pas que son bâtiment eût

relâché dans un port quelconque, c'est que ni le _Franklin_ ni

l'équipage ne reviendraient jamais à San-Diégo. Alors, il n'y

aurait plus que Dolly, privée de raison, entre la fortune qui

devait lui revenir et Len Burker. Et, aux prises avec une

situation désespérée, que ne tenterait-il pas, cet homme sans

conscience, lorsque la mort d'Edward Starter aurait mis Dolly en

possession de son riche héritage?

Mais, pour que Mrs. Branican héritât, il fallait qu'elle survécût

à son oncle. Len Burker avait donc intérêt à ce que la vie de

cette malheureuse femme se prolongeât jusqu'au jour où l'héritage

d'Edward Starter aurait passé sur sa tête. Il n'avait plus à

présent que deux chances contre lui: ou la mort de Dolly,

survenant trop tôt, ou le retour du capitaine John, dans le cas

où, après avoir fait naufrage sur quelque île inconnue, il

parviendrait à se rapatrier. Mais cette dernière éventualité était

à tout le moins très aléatoire, et la perte totale du _Franklin_

devait être déjà considérée comme certaine.

Tel était le cas de Len Burker, tel était l'avenir qu'il

entrevoyait, et cela au moment où il se sentait réduit aux

suprêmes expédients. En effet, si la justice intervenait dans ses

affaires, il aurait à répondre d'abus de confiance caractérisés.

Une partie des fonds qui lui avaient été confiés par des

imprudents, ou qu'il avait attirés en usant de manoeuvres

indélicates, n'était plus dans sa caisse. Les réclamations

finiraient par se produire, bien qu'il employât l'argent des uns à

désintéresser les autres. Il y avait là un état de choses qui ne

pouvait durer. La ruine approchait, plus que la ruine, le

déshonneur, et ce qui touchait bien autrement un tel homme, son

arrestation sous les inculpations les plus graves.

Mrs. Burker soupçonnait sans doute que la situation de son mari

était extrêmement menacée, mais n'en était pas à croire qu'elle

pût se dénouer par l'intervention de la justice. Au surplus, la

gêne n'était pas encore très sensible dans le chalet de Prospect-

House.

Voici pour quelle raison.

Depuis que Dolly avait été frappée d'aliénation mentale, en

l'absence de son mari, il y avait eu lieu de lui nommer un tuteur.

Len Burker s'était trouvé tout désigné pour cette fonction en

raison de sa parenté avec Mrs. Branican, et il avait par le fait

l'administration de sa fortune. L'argent que le capitaine John

avait laissé en partant pour subvenir aux besoins du ménage étant

à sa disposition, il en avait usé pour ses nécessités

personnelles.

C'était peu de choses, en somme, car l'absence du _Franklin_ ne

devait durer que cinq à six mois, mais il y avait le patrimoine

que Dolly avait apporté en mariage, et bien qu'il ne comprît que

quelques milliers de dollars, Len Burker, en l'employant à faire

face aux réclamations trop pressantes, serait à même de gagner du

temps -- ce qui était l'essentiel.

Aussi ce malhonnête homme n'hésita-t-il pas à abuser de son mandat

de tuteur. Il détourna les titres qui composaient l'avoir de Mrs.

Branican, à la fois sa pupille et sa parente. Grâce à ces

ressources illicites, il put obtenir un peu de répit et se lancer

dans de nouvelles affaires non moins équivoques. Engagé sur la

route qui conduit au crime, Len Burker, s'il le fallait, la

suivrait jusqu'au bout.

D'ailleurs, le retour du capitaine John était de moins en moins à

redouter. Les semaines s'écoulaient, et la maison Andrew ne

recevait aucune nouvelle du _Franklin_, dont la présence n'avait

été signalée nulle part depuis six mois. Août et septembre se

passèrent. Ni à Calcutta, ni à Singapore, les correspondances

n'avaient relevé le plus léger indice qui permît de savoir ce

qu'était devenu le trois-mâts américain. Maintenant, on le

considérait, non sans raison, comme perdu totalement, et c'était

un deuil public pour San-Diégo. Comment avait-il péri? Là-dessus,

les opinions ne pouvaient guère varier, bien que l'on fût réduit à

des conjectures. En effet, depuis le départ du _Franklin_,

plusieurs bâtiments de commerce, de même destination, avaient

nécessairement pris la même direction. Or, comme ils n'en avaient

retrouvé aucune trace, il y avait lieu de s'arrêter à une

hypothèse très vraisemblable: c'est que le _Franklin_, engagé

dans un de ces formidables ouragans, une de ces irrésistibles

tornades, qui battent les parages de la mer des Célèbes ou de la

mer de Java, avait péri corps et biens; c'est que pas un seul

homme n'avait survécu à ce désastre. Au 15 octobre 1875, il y

avait sept mois que le _Franklin_ avait quitté San-Diégo, et tout

portait à croire qu'il n'y reviendrait jamais.

C'était même, à cette époque, une telle conviction dans la ville,

que des souscriptions venaient d'être ouvertes en faveur des

familles si malheureusement frappées par cette catastrophe.

L'équipage du _Franklin_, officiers et matelots, appartenait au

port de San-Diégo, et il y avait là des femmes, des enfants, des

parents, menacés de misère, et qu'il fallait secourir.

L'initiative de ces souscriptions fut prise par la maison Andrew,

qui s'inscrivit pour une somme importante. Par intérêt autant que

par prudence, Len Burker voulut contribuer lui aussi à cette

oeuvre charitable. Les autres maisons de commerce de la ville, les

propriétaires, les détaillants, suivirent cet exemple. Il en

résulta que les familles de l'équipage disparu purent être

assistées dans une large mesure, ce qui allégea quelque peu les

conséquences de ce sinistre maritime.

On le pense, M. William Andrew considérait comme un devoir

d'assurer à Mrs. Branican, privée de la vie intellectuelle, au

moins la vie matérielle. Il savait qu'avant son départ, le

capitaine John avait laissé au ménage ce qui était nécessaire pour

ses besoins, calculés sur une absence de six à sept mois. Mais,

pensant que ces ressources devaient toucher à leur fin, et ne

voulant pas que Dolly fût à la charge de ses parents, il résolut

de s'entretenir à ce sujet avec Len Burker.

Le 17 octobre, dans l'après-midi, bien que sa santé ne fût pas

encore complètement rétablie, l'armateur prit le chemin de

Prospect-House, et, après avoir remonté le haut quartier de la

ville, il arriva devant le chalet.

À l'extérieur, rien de changé, si ce n'est que les persiennes des

fenêtres du rez-de-chaussée et du premier étage étaient fermées

hermétiquement. On eût dit une maison inhabitée, silencieuse,

enveloppée de mystère.

M. William Andrew sonna à la porte qui était ménagée entre les

barrières de l'enclos. Personne ne se montra. Il ne semblait même

pas que le visiteur eût été vu ni entendu.

Est-ce donc qu'il n'y avait personne en ce moment à Prospect-

House?

Second coup de sonnette, suivi, cette fois, du bruit d'une porte

latérale qui s'ouvrait.

La mulâtresse parut, et, dès qu'elle eut reconnu M. William

Andrew, elle ne put retenir un geste de dépit, dont celui-ci ne

s'aperçut pas, d'ailleurs.

Cependant la mulâtresse s'était approchée, et sans attendre que la

porte eût été ouverte, M. William Andrew, lui parlant par-dessus

la clôture:

«Est-ce que mistress Branican n'est pas chez elle? demanda-t-il.

-- Elle est sortie... monsieur Andrew... répondit Nô, avec une

hésitation singulière, très visiblement mêlée de crainte.

-- Où donc est-elle?... dit M. William Andrew, qui insista pour

entrer.

-- Elle est en promenade avec mistress Burker.

-- Je croyais qu'on avait renoncé à ces promenades, qui la

surexcitaient et provoquaient des crises?...

-- Oui, sans doute... répondit Nô. Mais, depuis quelques jours...

nous avons repris ces sorties... Cela semble maintenant faire

quelque bien à mistress Branican...

-- Je regrette qu'on ne m'ait pas prévenu, répondit M. William

Andrew. -- M. Burker est-il au chalet?

-- Je ne sais...

-- Assurez-vous-en, et, s'il y est, prévenez-le que je désire lui

parler.»

Avant que la mulâtresse eût répondu -- et peut-être eût-elle été

très embarrassée pour répondre! -- la porte du rez-de-chaussée

s'ouvrit. Len Burker parut alors sur le perron, traversa le

jardin, et s'avança, disant:

«Veuillez vous donner la peine d'entrer, monsieur Andrew. En

l'absence de Jane qui est sortie avec Dolly, vous me permettrez de

vous recevoir.»

Et cela ne fut pas dit de ce ton froid, qui était si habituel à

Len Burker, mais d'une voix légèrement troublée.

En somme, puisque c'était précisément pour voir Len Burker que

M. William Andrew était venu à Prospect-House, il franchit la

porte de l'enclos. Puis, sans accepter l'offre qui lui fut faite

de passer dans le salon du rez-de-chaussée, il vint s'asseoir sur

un des bancs du jardin.

Len Burker, prenant alors la parole, confirma ce que la mulâtresse

avait dit: depuis quelques jours, Mrs. Branican avait recommencé

ses promenades aux environs de Prospect-House, ce qui était très

profitable à sa santé.

«Dolly ne reviendra-t-elle pas bientôt? demanda M. William Andrew.

-- Je ne crois pas que Jane doive la ramener avant le dîner»,

répondit Len Burker.

M. William Andrew parut fort contrarié, car il fallait absolument

qu'il fût de retour à sa maison de commerce pour l'heure du

courrier. D'ailleurs, Len Burker ne lui offrit même pas d'attendre

au chalet Mrs. Branican.

«Et vous n'avez constaté aucune amélioration dans l'état de Dolly?

reprit-il.

-- Non, malheureusement, monsieur Andrew, et il est à craindre

qu'il ne s'agisse là d'une folie, dont ni les soins ni le temps ne

pourront avoir raison.

-- Qui sait, monsieur Burker? Ce qui ne semble plus possible aux

hommes est toujours possible à Dieu!»

Len Burker secoua la tête en homme qui n'admet guère

l'intervention divine dans les choses de ce monde.

«Ce qui est surtout regrettable, reprit M. William Andrew, c'est

que nous ne devons plus compter sur le retour du capitaine John.

Il faut donc renoncer aux modifications heureuses, que ce retour

aurait peut-être amenées dans l'état mental de la pauvre Dolly.

Vous n'ignorez pas, monsieur Burker, que nous avons renoncé à tout

espoir de revoir le _Franklin_?...

-- Je ne l'ignore point, monsieur Andrew, et c'est un nouveau et

plus grand malheur ajouté à tant d'autres. Et cependant -- sans

même que la Providence s'en mêlât, ajouta-t-il d'un ton ironique

assez déplacé en ce moment -- le retour du capitaine John, à mon

sens, ne serait nullement extraordinaire.

-- Après que sept mois se sont écoulés sans aucune nouvelle du

_Franklin_, fit observer M. William Andrew, et lorsque les

informations que j'ai fait prendre n'ont donné aucun résultat?...

-- Mais rien ne prouve que le _Franklin_ ait sombré en pleine mer,

reprit Len Burker. N'a-t-il pu faire naufrage sur un des nombreux

écueils de ces parages qu'il a dû traverser?... Qui sait si John

et ses matelots ne se sont pas réfugiés dans une île déserte?...

Or, si cela est, ces hommes, résolus et énergiques, sauront bien

travailler à leur rapatriement... Ne peuvent-ils construire une

barque avec les débris de leur navire?... Leurs signaux ne

peuvent-ils pas être aperçus, si un bâtiment passe en vue de

l'île?... Évidemment, un certain temps est nécessaire pour que ces

éventualités se produisent... Non!... je ne désespère pas du

retour de John... dans quelques mois, sinon dans quelques

semaines... Il y a nombre d'exemples de naufragés que l'on croyait

définitivement perdus... et qui sont revenus au port!»

Len Burker avait parlé, cette fois, avec une volubilité qui ne lui

était pas ordinaire. Sa physionomie, si impassible, s'était

animée. On eût dit qu'en s'exprimant de la sorte, en faisant

valoir des raisons plus ou moins bonnes au sujet des naufragés, ce

n'était pas à M. William Andrew qu'il répondait, mais à lui-même,

à ses propres anxiétés, à la crainte qu'il éprouvait toujours de

voir, sinon le _Franklin_ signalé au large de San-Diégo, du moins

un autre navire ramenant le capitaine John et son équipage. C'eût

été le renversement du système sur lequel il avait échafaudé son

avenir.

«Oui... répondit alors M. William Andrew, je le sais... Il y a eu

de ces sauvetages quasi miraculeux... Tout ce que vous m'avez dit

là, monsieur Burker, je me le suis dit... Mais il m'est impossible

de conserver le moindre espoir! Quoi qu'il en soit -- et c'est ce

dont je suis venu vous parler aujourd'hui -- je désire que Dolly

ne reste point à votre charge...

-- Oh! monsieur Andrew...

-- Non, monsieur Burker, et vous permettrez que les appointements

du capitaine John restent à la disposition de sa femme, tant

qu'elle vivra...

-- Je vous remercie pour elle, répondit Len Burker. Cette

générosité...

-- Je ne crois faire que mon devoir, reprit M. William Andrew. Et,

pensant que l'argent laissé par John avant son départ doit être en

grande partie dépensé...

-- En effet, monsieur Andrew, répondit Len Burker; mais Dolly

n'est pas sans famille, c'est aussi notre devoir de lui venir en

aide... tout autant que par affection...

-- Oui... je sais que nous pouvons compter sur le dévouement de

Mrs. Burker. Néanmoins, laissez-moi intervenir dans une certaine

mesure pour assurer à la femme du capitaine John, à sa veuve,

hélas!... l'aisance et les soins qui, j'en suis certain, ne lui

auraient jamais fait défaut de votre part.

-- Ce sera comme vous le voudrez, monsieur Andrew.

-- Je vous ai apporté, monsieur Burker, ce que je regarde comme

étant légitimement dû au capitaine Branican depuis le départ du

_Franklin_, et, en votre qualité de tuteur, vous pourrez chaque

mois faire toucher ses émoluments à ma caisse.

-- Puisque vous le désirez... répondit Len Burker.

-- Si même vous voulez bien me donner un reçu de la somme que je

vous apporte...

-- Très volontiers, monsieur Andrew.»

Et Len Burker alla dans son cabinet pour libeller le reçu en

question. Lorsqu'il fut revenu dans le jardin, M. William Andrew,

très au regret de n'avoir pas rencontré Dolly et de ne pouvoir

attendre son retour, le remercia du dévouement que sa femme et lui

montraient envers la pauvre folle. Il était bien entendu qu'au

moindre changement qui se produirait dans son état, Len Burker en

donnerait avis à M. William Andrew. Celui-ci prit alors congé, fut

reconduit jusqu'à la porte de l'enclos, s'arrêta un instant pour

voir s'il n'apercevrait pas Dolly revenant à Prospect-House en

compagnie de Jane, puis, il redescendit vers San-Diégo. Dès qu'il

fut hors de vue, Len Burker appela vivement la mulâtresse et lui

dit:

«Jane sait-elle que monsieur Andrew vient de se présenter au

chalet?

-- Très probablement, Len. Elle l'a vu arriver comme elle l'a vu

s'en aller.

-- S'il se représentait ici -- et ce n'est pas à supposer, du

moins de quelque temps -- il ne faut pas qu'il voie Jane, ni Dolly

surtout!... Tu entends, Nô?

-- J'y veillerai, Len.

-- Et si Jane insistait...

-- Oh! quand tu as dit: je ne veux pas! répliqua Nô, ce n'est pas

Jane qui essayera de lutter contre ta volonté.

-- Soit, mais il faut se garder des surprises!... Le hasard

pourrait amener une rencontre... et... dans ce moment... ce serait

risquer de tout perdre...

-- Je suis là, répondit la mulâtresse, et tu n'as rien à craindre,

Len!... Personne n'entrera à Prospect-House tant que... tant que

cela ne nous conviendra pas!»

Et, de fait, pendant les deux mois qui suivirent, la maison resta

plus fermée que jamais. Jane et Dolly ne se montraient plus, même

dans le petit jardin. On ne les apercevait ni sous la véranda, ni

aux fenêtres du premier étage qui étaient invariablement closes.

Quant à la mulâtresse, elle ne sortait que pour les besoins du

ménage, le moins longtemps possible, et encore ne le faisait-elle

point en l'absence de Len Burker, de sorte que Dolly ne fut jamais

seule avec Jane au chalet. On aurait pu observer aussi que,

pendant les derniers mois de l'année, Len Burker ne vint que très

rarement à son office de Fleet Street. Il y eut même des semaines

qui se passèrent sans qu'il y parût, comme si, prenant à tâche de

diminuer ses affaires, il se préparait un nouvel avenir.

Et ce fut dans ces conditions que s'acheva cette année 1875, qui

avait été si funeste à la famille Branican, John perdu en mer,

Dolly privée de raison, leur enfant noyé dans les profondeurs de

la baie de San-Diégo!

Mistress Branican · 第 14 / 72 题