Mantoue, le 23 mars 1814, au soir.
Je te répondrai demain sur tes idées de rester à Alexandrie ou à Mantoue
pour tes couches. Cette dernière idée me sourit beaucoup au premier
abord; il y aurait pourtant de terrible l'idée de te laisser sans aucune
espèce de communication, si je me retirais. Ce matin je suis très-occupé
car j'ai à rendre compte à l'Empereur des tentatives faites auprès du
roi de Naples. Après avoir donné les plus grandes protestations d'amitié
et d'attachement à l'Empereur, il prétend m'obliger à faire passer les
Alpes à toutes les troupes françaises, et alors, dit-il, il s'entendra
avec moi. Comme je connais l'homme, tu sens bien que je ne me mettrai
jamais en position d'être à sa discrétion.
Quel épouvantable traître!
Voici la note de M. de Blacas fils:
«C'est une exagération de dire que M. le duc de Blacas n'avait pas
servi. Capitaine de dragons dans le régiment du roi, en 1790, il fit
toutes les campagnes de l'armée de Condé et ne vint se fixer
momentanément à Florence qu'après le licenciement. Jamais M. de Blacas
n'a reçu quoi que ce soit sur la ferme des jeux. Quant aux sept ou huit
millions qui lui auraient été confiés au retour de Gand par le roi Louis
XVIII, voici l'entière vérité:
«Une somme considérable fut en effet remise par le roi à M. de Blacas
avec ordre de la placer sous son nom personnel en bons de l'Échiquier et
autres valeurs anglaises. La négociation se fit par l'intermédiaire de
banquiers de Londres, entre autres de MM. Contes et Drummont. Chaque
année, M. de Blacas présentait un rapport au roi sur le revenu et sur
l'emploi de ces fonds. Le lendemain de la mort de Louis XVIII, ce fut
lui qui apprit au roi Charles X l'existence de ce dépôt, et il lui en
remit tous les titres. À partir de ce moment, l'administration en fut
confiée à M. de Belleville qui donna une décharge signée de lui et
_approuvée_ par le roi. Cette pièce, ainsi que les comptes rendus de
1815 à 1824, qui portent tous le _vu et approuvé_ de la main du roi
Louis XVIII, et toute la correspondance des banquiers, se trouvent dans
les papiers que M. de Blacas a laissés à sa famille. Ce fut sous le nom
de M. de Belleville que ces fonds figurèrent désormais chez les
banquiers, et leur correspondance constate ce changement. Ces fonds ont
été l'unique ressource du roi Charles X à son arrivée en Angleterre
après la Révolution de 1830.»