Même date.
Mon fils, je vous envoie copie d'une lettre fort extraordinaire que je
reçois du roi de Naples. Lorsqu'on m'assassine, moi et la France, de
pareils sentiments sont vraiment une chose inconcevable.
Je reçois également la lettre que vous m'écrivez avec le projet de
traité que le roi vous a envoyé. Vous sentez que cette idée est une
folie. Cependant envoyez un agent auprès de ce traître extraordinaire,
et faites un traité avec lui en mon nom. Ne touchez au Piémont ni à
Gênes, et partagez le reste de l'Italie en deux royaumes. Que ce traité
reste secret jusqu'à ce qu'on ait chassé les Autrichiens du pays, et que
vingt-quatre heures après sa signature le roi se déclare et tombe sur
les Autrichiens. Vous pouvez tout faire en ce sens; rien ne doit être
épargné dans la situation actuelle pour ajouter à nos efforts les
efforts des Napolitains. On fera ensuite ce qu'on voudra, car après une
pareille ingratitude et dans de telles circonstances rien ne lie.
Voulant l'embarrasser, j'ai donné ordre que le pape fût envoyé par
Plaisance et Parme aux avant-postes. J'ai fait écrire au pape qu'ayant
demandé, _comme évêque de Rome_, à retourner dans son diocèse, je le lui
ai permis. Ayez donc soin de ne vous engager à rien relativement au
pape, soit à le reconnaître, comme à ne pas le reconnaître.
Votre affectionné père,