Nº XXVIII.--L'EMPEREUR AU PRINCE EUGÈNE.

Soissons, le 12 mars 1814.

Mon fils, je reçois une lettre de vous, et une de la vice-reine, qui

sont de l'extravagance; il faut que vous ayez perdu la tête: c'est par

dignité et honneur que j'ai désiré que la vice-reine vînt faire ses

couches à Paris, et je la connais trop susceptible pour penser qu'elle

puisse se résoudre à se trouver dans cet état au milieu des Autrichiens.

Sur la demande de la reine Hortense, j'aurais pu vous en écrire plus

tôt; mais alors Paris était menacé. Du moment que cette ville ne l'est

plus, il n'y aurait rien de plus simple aujourd'hui que de venir faire

ses couches au milieu de sa famille, et dans le lieu où il y a le

moindre sujet d'inquiétude. Il faut que vous soyez fou pour supposer que

tout ceci se rapporte à de la politique. Je ne change jamais ni de

style ni de ton, et je vous ai écrit comme je vous ai toujours écrit.

Il est fâcheux, pour le siècle où nous vivons, que votre réponse au roi

de Bavière vous ait valu l'estime de toute l'Europe. Quant à moi, je ne

vous en ai pas fait compliment, parce que vous n'avez fait que votre

devoir, et que c'est une chose simple. Toutefois vous en avez déjà la

récompense, même dans l'opinion de l'ennemi, de qui le mépris pour votre

voisin est au dernier degré.

Je vous écris une lettre en chiffres pour vous faire connaître mes

intentions.

Votre affectionné père,

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (9/9) · 第 91 / 105 题