Nº XXIV.--EXTRAIT D'UN RAPPORT DU COMTE TASCHER DE LA PAGERIE, ENVOYÉ
AUPRÈS DE L'EMPEREUR APRÈS LA BATAILLE DU MINCIO, LE 9 FÉVRIER 1814, ET
REPARTI DE PARIS LE 18 FÉVRIER.
Quartier général della Volta, le 27 février.
................................ Le lendemain matin (18), Sa Majesté me
fit appeler; je fus introduit dans son cabinet, et elle me dit:
«Tascher, tu vas partir tout de suite pour retourner en Italie; tu ne
t'arrêteras à Paris que pour voir ta femme, sans communiquer avec qui
que ce soit; tu diras à Eugène que j'ai été vainqueur à Champaubert et à
Montmirail des meilleures troupes de la coalition; que Schwarzenberg m'a
fait demander cette nuit, par un de ses aides de camp, un armistice,
mais que je n'en suis pas dupe, car c'est pour me leurrer et gagner du
temps. Tu lui diras que, si les ordres qui ont été donnés hier au
maréchal Victor avaient été ponctuellement exécutés, il en serait
résulté la perte des corps bavarois et des Wurtembergeois, pris au
dépourvu par ce mouvement, et qu'alors, n'ayant plus devant lui que des
Autrichiens, qui sont de mauvais soldats et de la canaille, il les
aurait menés à coups de fouet de poste; mais que, rien de ce qui avait
été ordonné n'ayant été fait, il a fallu recourir à de nouvelles
chances.» Sa Majesté ajouta: «Tu diras à Eugène que je lui donne ordre
de garder l'Italie le plus longtemps possible; de s'y défendre; qu'il ne
s'occupe pas de l'armée napolitaine, composée de mauvais soldats, et du
roi de Naples qui est un fou, un ingrat; en cas qu'il soit obligé de
céder du terrain, de ne laisser dans les places fortes qu'il sera obligé
d'abandonner que juste le nombre de soldats italiens nécessaire pour en
faire le service; de ne perdre du terrain que pied à pied en le
défendant, et qu'enfin, s'il était serré de trop près, de réunir tous
ses moyens, de se retirer sous les murs de Milan, d'y livrer bataille;
que, s'il est vaincu, d'opérer sa retraite sur les Alpes comme il
pourra; ne céder le terrain qu'à la dernière extrémité. Dis à Eugène que
je suis content de lui; qu'il témoigne ma satisfaction à l'armée
d'Italie, et que sur toute la ligne il fasse tirer une salve de cent
coups de canon en réjouissance des victoires de Champaubert et de
Montmirail. À Lyon, tu verras le préfet; tu diras au maréchal Augereau
qui y commande qu'ayant pris douze mille hommes de vieux soldats, y
compris le 13e de cuirassiers et le 11e de hussards, d'y réunir les
nouvelles levées, les gardes nationales, la gendarmerie, de marcher
sur-le-champ, tête baissée, sur Mâcon et Châlons, sans s'occuper des
mouvements de l'ennemi sur sa droite; qu'il n'aura à combattre que le
corps du prince de Hesse-Hombourg, composé des troupes de nouvelle levée
des petits princes allemands, commandés par des officiers de la noblesse
allemande sans aucune expérience de la guerre; qu'il doit les vaincre et
ne pas s'effrayer du nombre. À Turin, tu diras au prince Borghèse de
contremander l'évacuation de la Toscane s'il en est encore temps; mais,
dans le cas contraire, d'arrêter les troupes dans leurs mouvements; de
défendre les différentes positions en avant de la ville de Gênes, de
mettre cette ville dans un état imposant de défense et donner
connaissance de ces dispositions au vice-roi.»
De Votre Altesse Impériale, etc., etc.