SR MARIE DE L'ENFANT-JÉSUS.

_prieure_.

_Relation de la Sœur._

Sans me rendre exactement compte des maladies graves dont j'étais

atteinte, souffrant beaucoup sous l'influence d'une forte fièvre,

crachant le sang et comme des morceaux de poumon, j'interrogeai le

docteur afin de savoir si ma vie était en danger, pour recevoir les

derniers sacrements. Il me répondu que, depuis trois jours, je me

trouvais dans ce cas.

J'exprimai alors mon désir à notre Révérende Mère de ne point différer à

me procurer cette grâce et, dans l'après-midi de ce même jour, 16 mars

1909, je reçus la sainte communion en viatique ainsi que

l'Extrême-Onction, et me disposai de mon mieux au grand passage du temps

à l'éternité.

Voyant que le docteur réitérait ses visites trois et même quatre fois

par jour, et qu'il s'était adjoint un autre médecin en consultation, je

fus affligée de sa sollicitude à vouloir m'arracher à la mort, moi qui

me sentais si heureuse de quitter cette terre d'exil, et je lui en

exprimai ma peine, lui reprochant d'agir contrairement aux desseins de

Dieu qui m'appelait.

Il était attristé de mes dispositions, contraires, disait-il, aux

efforts de la science pour me guérir.

Sa piété avait cependant plus d'espoir dans la puissance de la prière

que dans les secours humains. Ce jour même, la communauté commençait une

neuvaine pour solliciter un miracle par l'intercession de la Servante de

Dieu, Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Bien après le départ du docteur, j'éprouvai quelque chose qui ne saurait

s'exprimer; j'étais seule et ne dormais point; il me semblait que

j'étais comme suspendue dans l'espace. Je ne vis rien, mais je

m'entendis interroger ainsi: «Pourquoi voulez-vous mourir?» Croyant

parler à Dieu, je répondis: «Pour vous voir.» Mais la voix reprit qu'il

serait plus glorieux à Dieu de m'abandonner à lui, soit pour vivre, soit

pour mourir, et de m'unir à la neuvaine que faisait la communauté.

J'entendis encore ces paroles: «Quelle plus grande gloire pour Dieu,

pour la sainte Eglise, pour votre saint Ordre et votre communauté, si

le miracle de votre guérison doit hâter la glorification de Sr

Thérèse de l'Enfant-Jésus!»

Aussitôt mes dispositions furent complètement changées, je répondis:

«Non, je ne veux plus désirer mourir, je veux prier et commencer une

neuvaine.»

Lorsque le docteur revint dans l'après-midi, je lui fis réparation des

reproches que je lui avais adressés; le même jour, sur ma demande, on me

donna une image représentant Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, que je

plaçai près de mon chevet. Je la priais sans cesse, avec une grande

confiance, à proportion de mes souffrances qui s'accentuaient davantage,

à mesure que la neuvaine approchait de son terme.

La veille du dernier jour, 23 mars, vers 5 h. de l'après-midi, alors que

toute la communauté se trouvait réunie au chœur pour l'oraison, étant

seule avec la Sœur infirmière, je fus subitement prise de violentes

suffocations. A la quatrième crise, qui fut la dernière, j'endurai

toutes les angoisses de l'asphyxie. M'étant soulevée du lit par l'excès

de la souffrance, j'étreignais la Sœur qui me soutenait dans ses

bras, croyant, comme moi, que j'allais expirer. L'air me manquait

absolument pour respirer. Lorsque je fus remise de cette terrible lutte,

aussitôt que je pus parler, j'invitai la pauvre Sœur bien émotionnée

à remercier Dieu. «Puisque je n'en suis pas morte, lui dis-je, c'est une

preuve que nos prières seront exaucées.»

J'avais l'espoir que je serais guérie le lendemain à la sainte

communion. La nuit fut très mauvaise. A 3 h. du matin, j'endurai une

véritable agonie, j'étais inondée d'une sueur froide, grelottant malgré

les fortes chaleurs de l'été et la couverture de laine dont j'étais

enveloppée; j'en demandai même une autre plus chaude. A 3 h. 1/2

j'éprouvai soudainement un indéfinissable bien-être, je dis aux Sœurs

qui me prodiguaient leurs soins: «Retirez-vous dans vos cellules, allez

vous reposer, je n'ai plus besoin que personne me veille, je suis

guérie! Aussitôt que notre Mère sera levée, veuillez le lui annoncer.»

En effet, je dormis d'un bon sommeil jusqu'à l'Angélus.

La veille encore, je recevais la sainte communion dans mon lit en

viatique et ne pouvais avaler qu'une parcelle de la sainte Hostie avec

difficulté. Ce dernier jour de la neuvaine je me levais, m'habillais,

recevais la sainte communion et demeurais à genoux, sans appui, environ

une demi-heure.

A la fin de mon action de grâces, je chantais un des cantiques composés

par notre chère Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus!

Quelques instants après, le docteur vint m'ausculter et déclarait qu'il

n'y avait plus aucune trace de la pneumonie qui m'avait conduite aux

portes du tombeau, et qui était compliquée d'une affection au foie et

d'une maladie non moins sérieuse des reins. Ma santé, si éprouvée depuis

plusieurs années, m'a été rendue bien meilleure. En peu de jours j'ai pu

reprendre et exercer sans interruption mon office de portière avec

d'autres occupations fatigantes. La nuit du Jeudi Saint, 7 avril, j'ai

pu veiller avec la communauté devant le Saint Sacrement. Je prends la

nourriture commune de nos Sœurs au réfectoire et ne ressens nullement

aucune des indispositions des maladies précédentes. J'ai su depuis, par

une religieuse du Tiers-Ordre, qu'ayant interrogé le docteur sur mon

état le soir, veille de ma guérison, celui-ci avait répondu: «Elle

expirera peut-être cette nuit.» Gloire soit rendue à Dieu et à la chère

âme qui a daigné intercéder pour son indigne petite sœur! Qu'elle

achève maintenant son œuvre en m'obtenant l'inappréciable grâce de

marcher fidèlement sur ses traces dans la pratique des vertus

religieuses.

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 256 / 403 题