Dans notre orphelinat de Betafo (Madagascar) était élevée, depuis cinq
ans, Justine Raivo, jeune fille d'une très robuste constitution. En
octobre 1907, elle tomba malade, et depuis, sa santé alla de jour en
jour en déclinant. Deux ans après, les crises étaient si violentes
qu'elle devint bientôt méconnaissable. Plus d'appétit, de forces, de
sommeil. Après quelques instants de repos au dortoir, la pauvre enfant
commençait à gémir, se plaignant de douleurs vers le cœur, puis
criait, délirait, se promenait dans la maison, dans la cour, ne sachant
que faire pour obtenir quelque soulagement. Elle était alors, tantôt
transie de froid, tantôt brûlante de fièvre.
Deux docteurs prodiguèrent les soins les plus intelligents et les plus
assidus à la jeune fille, sans obtenir aucun résultat. La malade était
devenue maigre, son teint était terne, ses yeux tantôt hagards, tantôt
brillants démesurément.
Elle se plaignait de souffrances violentes dans la tête, les reins, les
genoux, etc... Les deux docteurs finirent par nous avouer qu'on pouvait
la prolonger de quelques mois; «mais une guérison était impossible»,
disaient-ils.
Dix mois s'étaient ainsi écoulés quand la jeune fille, qui, depuis
longtemps, nous avait témoigne le désir de se faire religieuse,
m'écrivit pour me supplier de vouloir bien l'accepter au noviciat
indigène. Sa demande aie m'étonna pas; mais comment penser à recevoir
une postulante dans un pareil état de santé? Nous commençâmes alors
immédiatement une neuvaine à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et je
donnai une réponse affirmative à la jeune fille. Le lendemain de son
arrivée (31 juillet), commencement d'une seconde neuvaine à la petite
sainte. La nuit suivante fut extrêmement douloureuse; jamais peut être
la pauvre enfant n'avait autant gémi, déliré, souffert. On eût dit que
Thérèse voulait nous prouver à toutes que la terrible maladie existait
bien toujours. Puis ce fut fini; depuis ce moment, les journées et les
nuits de la jeune fille ont été parfaitement calmes.
Chaque jour de la neuvaine on la voyait redevenir plus fraîche, plus
forte, et, à partir du dernier jour, elle reprit son appétit
d'autrefois, toutes ses forces lui revinrent.
Elle n'a cessé depuis d'étudier, de même que ses compagnes, d'aller
faire des catéchismes dans les chrétientés environnantes assez
éloignées, et jamais elle n'a ressenti la moindre lassitude.
Aidez-nous, ma Rde Mère, à remercier notre chère petite Sr Thérèse
de l'Enfant Jésus et demandez-lui de multiplier ses visites; alors,
malgré notre petit nombre, nous pourrons donner à Nôtre-Seigneur les
âmes de tous les païens qui nous entourent.
Sr St-JEAN BERCHMANS.
* * * * *
Je soussigné, évêque titulaire de Soruze, vicaire apostolique de
Madagascar central, déclare que Sr St-Jean Berchmans est tout à
fait digne de foi.
Tananarive (Madagascar), le 22 novembre 1910.
† J.-B. CAZET,
_Vic. apost. de Madagascar central_.
41.
Carmel de Mangalore, Indes-Orientales, 7 juin 1909.