Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus continue à _descendre_ souvent dans
notre île. Sa pieuse intervention, nous aide beaucoup à prouver la
vérité de notre sainte Religion.
En mai dernier, une de nos nouvelles Sœurs malgaches, la filleule de
Thérèse (car la petite sainte, étant une des premières protectrices de
notre noviciat, nous avons appelé: _Thérèse de l'Enfant-Jésus_, la plus
jeune de nos novices, celle qui par sa simplicité nous rappelle le mieux
notre petite sœur du Ciel), sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus,
dis-je, accompagnée de Flore, une de nos postulantes, visitait les
malades d'une petite chrétienté qui a nom: Ambadivona, près
d'Ambatolampy. Elles rencontrèrent dans une case délabrée une pauvre
femme minée par la fièvre. Après l'avoir fait prier et lui avoir donné
quelques remèdes, la sœur et sa compagne se préparaient à sortir,
lorsqu'elles entendirent un profond gémissement: «Y a-t-il quelque autre
malade ici?» demandèrent-elles à la pauvre femme. Cette dernière, leur
montrant un trou au fond de la case, leur dit: «Il y a là mon fils qui
est mourant.» Nos deux visiteuses pénétrèrent par le trou et virent
étendu sur une natte, faisant entendre le râle de l'agonie, un jeune
homme de 16 à 17 ans. Près de lui était blottie la grand'mère. «Est-il
baptisé?» lui demandèrent-elles; la vieille fit un signe négatif. Alors
sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus essaya de dire quelques mots du
baptême, mais le malade paraissait avoir perdu connaissance. La sœur
eut alors la pensée de sortir une image de Thérèse qu'elle portait sur
elle, et de la mettre devant les yeux du mourant. A l'aspect de cette
image, le regard de ce dernier parut s'illuminer et la connaissance lui
revenir. La sœur profita de cette lueur de raison pour instruire le
jeune homme, puis elle l'ondoya. Enfin, elle invita fortement la famille
à prier et à suivre les catéchismes préparatoires au baptême. Tous
promirent.
Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus et sa compagne sortirent, laissant la
petite image de Thérèse au père du jeune homme qui venait de rentrer
dans la case, apportant un linceul pour l'ensevelir. Elles remercièrent
leur protectrice, à qui elles devaient la consolation d'avoir donné une
âme de plus à Dieu; mais elles n'espéraient guère la guérison du malade
qui n'avait plus qu'un souffle de vie.
Quel ne fut pas leur étonnement quand une huitaine de jours après cet
incident, la femme du catéchiste d'Ambadivona vint leur dire que le
malade presque mourant était complètement guéri. Elles crurent d'abord à
une erreur.
Pour en avoir le cœur net, elles me demandèrent la permission d'aller
s'assurer de la vérité. Leur surprise fut grande lorsque, arrivées à
quelques pas de la case, elles aperçurent le jeune homme qui s'avançait
à leur rencontre, aussi vigoureux que s'il n'avait jamais été malade.
«Quel remède as-tu pris, lui dirent-elles, pour retrouver si vite tes
forces?--Mais aucun, répondit-il, c'est l'image que vous m'avez laissée
qui m'a guéri; chaque fois que je la regardais, je sentais mes forces
revenir.»
Cette petite image est toujours dans la case, elle fait l'admiration de
tous ces pauvres païens.
V
Il y a quelques mois, une pauvre mère nous amenait son petit enfant
couvert de plaies; pas une place sur tout ce petit corps qui fût
intacte. Comme toujours, ma première question fut de demander si
l'enfant était baptisé. A la réponse négative de ses parents, j'appelai
une de nos sœurs, nouvellement arrivée de France et qui brûlait du
désir de faire un baptême. Après avoir conduit les parents de l'enfant
dans notre chapelle et les avoir fait prier, la sœur toute tremblante
d'émotion fit couler l'eau sur la tête de ce pauvre petit dont la seule
vue et l'odeur nauséabonde, s'échappant des plaies, soulevaient le
cœur. Elle donna ensuite une image de Thérèse aux parents de l'enfant
en leur disant: «Priez bien la petite sœur qui est là sur cette
(sary) image. Elle seule peut guérir votre enfant, ou, si ce n'est pas
la volonté de Dieu, elle viendra le chercher pour le mettre au ciel.»
Ils partirent; nous ne pensions plus du tout à cet enfant, lorsque, une
quinzaine de jours après, la jeune sœur m'appela: «Venez vite voir
mon petit Paul, me dit-elle, il est tout à fait guéri, il n'a plus une
seule plaie»; et la jeune sœur était vivement émue.
«Qui a guéri ton fils?» demandai-je à la mère du petit. Et soulevant
les pauvres haillons qui couvraient le corps de son enfant, la femme me
montra une image de Thérèse, pliée dans un petit chiffon, et attachée à
son cou: «Depuis que l'image est là, me dit-elle, les plaies ont séché
presque subitement.»