MA RÉVÉRENDE MÈRE,

Depuis quatre ans je souffrais de l'estomac. Le 29 décembre 1908, j'ai

eu, pour la première fois, un vomissement de sang. Le 30 et le 31, les

médecins étaient encore indécis; mais le 1er janvier 1909, ils se

prononcèrent et déclarèrent que j'avais un ulcère. Du 29 au 31 décembre,

j'eus plusieurs vomissements; on essayait de me faire boire du lait,

mais je le rejetais immédiatement. Du 1er au 21 janvier, je restai en

traitement à l'hôpital Saint-Joseph où l'on me soumit au régime lacté.

Pointes de feu, vésicatoires, calmants, tout fut essayé sans succès; je

souffrais toujours. A la fin de janvier je suis venue me faire soigner

chez les Dames de... à I. Le 8 février j'eus une très forte crise avec

plusieurs vomissements de sang. Je ne gardais pas le lait, mais

seulement un peu d'eau de Vals, et, encore, pas toujours. On écrivit

alors au Carmel de Lisieux, afin de me mettre sous la protection

spéciale de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus. La Mère Prieure m'envoya un

petit sachet contenant de la laine de son oreiller d'infirmerie; je le

mis immédiatement sur moi et l'on commença une fervente neuvaine à la

petite Sœur, en union avec Lisieux.

Pendant la neuvaine les souffrances étaient plus vives, les vomissements

continuels, l'insomnie était perpétuelle. On ne pouvait plus me nourrir

par les moyens ordinaires.

Le 21 février, jour où la neuvaine se terminait, je voulus absolument

aller à la messe de 6 h., avec le désir d'y communier, persuadée que je

serais guérie. Pendant tout le temps de la messe je souffrais

horriblement, mais je priais avec beaucoup de ferveur et mon espérance

était bien grande. Lorsque je revins de la sainte Table, où je m'étais

traînée bien péniblement, mes souffrances redoublèrent. Enfin, au

troisième Ave Maria que dit le prêtre au bas de l'autel, je sentis une

douleur atroce à l'estomac, cette douleur correspondait dans le dos; il

me semblait qu'on m'arrachait l'estomac. J'eus ensuite la sensation très

nette _d'une main qui se posait sur la partie malade et y répandait un

baume céleste_... puis, plus rien, un grand calme... _J'étais guérie!_

Je sentis alors que j'avais faim et j'avalai une grande tasse de lait

que je trouvai exquise. Je restai ensuite à la messe de 7 h. en action

de grâces, et je l'entendis à genoux. Après cette deuxième messe,

j'allai au réfectoire où je pris une grande tasse de chocolat

accompagnée de deux morceaux de pain, moi qui, depuis quatre mois,

n'avais pas mis une bouchée de pain dans ma bouche! Et j'avais encore

faim!

A en juger par le bien-être que j'éprouve, je ne croirais pas avoir été

malade. Je suis absolument guérie. Il ne me reste qu'une faiblesse dans

les jambes qui me rappelle seule les heures douloureuses que j'ai

vécues.

Cette nuit j'ai parfaitement dormi; je me sens tout à fait bien. Toutes

les personnes qui m'ont connue malade admirent en moi l'œuvre de

Sr Thérèse, ma chère bienfaitrice. Voilà, ma Révérende Mère, le

compte rendu de ma maladie et de ma guérison si miraculeuse.

Notre bonne Mère Supérieure espère avoir demain le certificat du

docteur. Je commence une neuvaine d'action de grâces que j'irai terminer

par un pèlerinage au tombeau de la petite sainte de Lisieux.

Agréez, etc.

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 237 / 403 题