18.
X., Italie, 8 août 1908.
Quelques mois avant mes vœux perpétuels et mon sous-diaconat, je
traversai une crise violente dont mon avenir sacerdotal et religieux a
évidemment dépendu. Au plus fort de la lutte, sans aucune initiative de
ma part, la pensée de votre sainte s'est imposée à mon esprit avec une
obstination et un charme irrésistibles. Elle a continué à m'occuper
ainsi tout le jour, sans que je dusse faire des efforts pour chercher sa
chère pensée; elle m'a appris à l'appeler _ma Mère_, et à mettre en elle
toute l'espérance de mon âme. Elle m'a béni mieux encore que par ses
joies sensibles; elle a «_tourné_» mon cœur. Mon directeur, un homme
prudent et réservé s'il en fut, a été extrêmement frappé de ce qui
s'était passé en moi, des changements subits et inexplicables qu'elle y
avait faits, et il m'a dit: «Il y a là quelque chose d'extraordinaire:
c'est une grande grâce que vous avez reçue!» Ce que je vous dis en
termes un peu voilés, ma bonne Mère, je serais heureux de pouvoir vous
le dire clairement de vive voix. Alors vous comprendriez mieux comment
elle est _ma Mère_, la mère de mon sacerdoce et de tous mes apostolats
futurs; vous comprendriez combien je désire la faire bénir comme je la
bénis, aimer comme je l'aime.