A. F.--J. F.

Suivent 11 signatures.

Samedi, 12 décembre 1908.

_Observation médicale de la jeune Reine F., âgée de 4 ans et demi,

demeurant à L..., atteinte de kératite phlyctémulaire et guérie le

26 mai 1908._

Reine F. n'a jamais été malade, sauf de la rougeole quand elle avait un

an.

Le 11 janvier 1906, elle a commencé à souffrir des yeux. Ses paupières

étaient collées et renfermaient du pus, les yeux étaient rouges et

irrités. Au bout de quinze jours, on la conduisit au docteur D., qui lui

continua ses soins pendant plus d'un an. La malade avait des rémissions

pendant quelque temps, puis survenaient des crises plus aiguës. Elle vit

trois oculistes: le docteur D. à L., et les docteurs M. et L. à C.

Ceux-ci dirent à la mère de ne pas leur ramener l'enfant, parce que ses

yeux étaient perdus. Ils étaient, en effet, injectés de sang et couverts

de taies blanchâtres (une douzaine environ). L'enfant souffrait

beaucoup, surtout la nuit. Elle ne voyait pas pour se conduire et ne

distinguait aucun objet placé devant elle. Elle tenait les yeux fermés

et portait des lunettes pour souffrir moins.

Touchée de cet état, une religieuse de la Providence à L., maîtresse de

la classe enfantine, conseilla à la mère de demander la guérison de sa

petite infirme à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la porter sur sa

tombe, en lui recommandant d'avoir d'autant plus de confiance que sa

fille s'appelait Reine, nom que M. Martin, père de Sr Thérèse, se

plaisait à donner à celle-ci. La mère hésitait. Elle se décida

cependant, après la lecture de la vie abrégée de Sr Thérèse de

l'Enfant-Jésus, et porta l'enfant au cimetière. Elle demanda au Carmel

une neuvaine de prières.

Le lendemain, 26 mai 1908, avant-veille de l'Ascension, elle assista à

la Messe de six heures et demie et mit un cierge à la sainte Vierge en

l'honneur de Sr Thérèse.

En rentrant chez elle, on lui apprend que sa fille a eu une crise de

souffrance plus forte que les autres. «Mets tes lunettes, puisqu'elles

te soulagent», dit la mère à la fillette. Mais celle-ci de s'écrier

toute joyeuse: «Maman, je n'en ai plus besoin, _je vois aussi bien que

toi, à présent_.»

Alors la mère approche l'enfant de la fenêtre et appelle son mari:

«_Regarde ta fille! Tu te moquais de ma confiance, vois ses yeux! Elle

est guérie!_»

En effet, les yeux grands ouverts n'étaient plus rouges; il n'y avait

plus de pus, d'inflammation ni de taies, et l'enfant voyait

distinctement tout ce qui l'entourait.

Depuis elle n'a eu aucune rechute. Le docteur D. la déclara complètement

guérie de sa kératite phlyctémulaire et délivra un certificat à la date

du 6 juillet 1908.

Cette maladie, très fréquente chez les enfants à constitution faible et

lymphathique, est caractérisée par des ulcérations de la cornée. Elle

est sujette à des récidives très fréquentes, d'abord, puis, à

intervalles plus éloignés, à mesure que l'enfant se fortifie. Elle ne

peut donc guérir que _très lentement_, et elle laisse presque toujours

des traces indélébiles, sous forme de taies plus ou moins opaques.

Dr L.

L., le 7 décembre 1908.

Suivent les témoignages recueillis par le docteur, des différentes

personnes qui ont vu l'enfant avant et après sa guérison.

_Témoignage des Carmélites de Lisieux._

Nous, soussignées, avons entendu les parents de Reine F, et vu cette

enfant au parloir. La mère nous a fait exactement le même récit qu'au

docteur L. Elle a ajouté que le premier jour de la neuvaine, elle avait

cueilli sur la tombe de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus deux petites

feuilles de géranium et les avait placées chez elle avec respect. Le

père nous a affirmé que le docteur D. leur avait déclaré que, s'ils

voyaient les yeux de leur petite fille devenir phosphorescents, c'était

signe qu'ils étaient perdus, sans aucun espoir de guérison; or, qu'ils

avaient vu tous deux ce phénomène se produire.

La femme nous a dit encore que le 25 mai 1908, elle était allée chez

Mme D., boulangère, dans la même rue, pour acheter un petit pain;

que, le lendemain, elle y était retournée pour montrer son enfant

guérie, et que cette dame, après avoir examiné les yeux de l'enfant

qu'elle avait vus si malades, la veille encore, s'était écriée avec une

grande émotion: «Ah! ma pauvre femme, c'est un grand miracle qui s'est

opéré chez vous!»

Marie F., âgée de 9 ans et demi, nous a dit avoir vu sa petite sœur,

au matin du 26 mai, s'apaiser tout à coup, après sa grande crise, puis

regarder fixement quelque chose en souriant, et faisant des gestes

d'amitié avec son petit bras; enfin, s'endormir paisiblement. «J'ai

pensé, nous dit-elle, _quelle se guérissait_ et regardait les objets au

fond de la chambre. Je lui ai demandé ensuite ce qu'elle avait tant

regardé et pourquoi elle avait ri. Elle m'a répondu: «_J'ai vu la petite

Thérèse, là, tout près de mon lit, elle m'a pris la main, elle me riait,

elle était belle, elle avait un voile, et c'était tout allumé autour de

sa tête._»

L'enfant nous a raconté la même chose à nous-mêmes. Devant nous, sa mère

a essayé de l'effrayer en lui disant de prendre garde de mentir, ou bien

que la «petite Thérèse» lui reprendrait ses yeux. Elle s'est retournée

vers sa mère et lui a répété avec assurance: «Oui, maman, c'est vrai, je

l'ai vue...»--«Comment était-elle habillée, ma petite Reine?» lui

dîmes-nous.--«_Pareille à vous!_»

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 216 / 403 题