L'inscription placée en tête de cette lettre indique mon devoir de
réparer une faute commise par moi envers votre petite sainte, Sr
Thérèse de l'Enfant-Jésus.
Il y a deux ou trois ans, quand on me présenta le manuscrit, avec
traduction en langue polonaise de la vie de cette petite fleur du
Carmel, je me suis permis de faire la remarque que la langue de notre
pays ne sied aucunement au style de l'original, et que la lecture ne
causerait que du dégoût. C'était comme mettre un frein à l'apostolat de
cette élue de Dieu. Elle a dû prendre cela à cœur; et, en revanche,
non seulement a su agir de manière que la dite traduction fût mise au
jour, mais, de plus, s'est prise directement à ma personne.
Il y a une huitaine de jours, je suis rentré à la cellule, l'âme toute
ballottée par les flots d'une mer orageuse de peines intérieures, et ne
sachant où trouver refuge pour s'abriter. Voilà que mon regard s'arrête
sur le livre français de la vie de la _sœur vengeresse_... Je
l'ouvre, et je tombe sur la poésie: «VIVRE D'AMOUR.»
Soudain, l'orage s'apaise, le calme revient, quelque chose d'ineffable
envahit tout mon être et me transforme de fond en comble. Ce cantique
fut donc pour moi la barque de sauvetage: l'aimable sœur s'étant
offerte pour pilote.
Je dois donc constater aujourd'hui que la promesse: «_Je veux passer mon
ciel à faire du bien sur la terre... Après ma mort, je ferai tomber une
pluie de roses_», s'est réalisée en vérité.
Fr. RAPHAEL DE ST-JOSEPH, _Carm. Déch.,
Vicaire-Provincial_.
(Le R. P. Raphaël Kalinowski mourut en odeur de sainteté, en l'année
1907. Sa cause de béatification est soumise à la sainte Eglise.)
2.
Marnes-la-Coquette (Seine-et-Oise), 10 novembre 1902.
Mme Héloïse Debossu, habitant à Reims, actuellement 9, rue Luiquet,
et précédemment 5, avenue de Laon, souffrait depuis une dizaine d'années
d'une tumeur fibreuse, située du côté gauche, un peu au-dessous des
côtes. De nombreux médecins consultés réclamaient avec instance une
opération, devenant chaque jour plus urgente. La malade ne voulut jamais
y consentir. En désespoir de cause, elle fut soumise à divers
traitements de massage et d'électricité qui ne lui procurèrent qu'un
soulagement très passager. Au mois de janvier 1901, son état s'aggrava
tellement qu'elle dut garder la chambre et même le lit à peu près
continuellement. La maigreur et les souffrances étaient devenues
effrayantes. Au mois de septembre, une péritonite venait même de se
déclarer. C'est alors que, désespérant du côté de la terre, j'envoyai à
la pauvre malade un sachet de cheveux de la chère et vénérée petite
Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, en l'engageant à s'unir à une neuvaine
que j'allais demander à votre Carmel. Le résultat ne se fit pas
attendre. Le dernier jour de la neuvaine, la malade, guérie de sa
tumeur, pouvait se rendre à sa paroisse et y faire la sainte communion
en action de grâces. Depuis, ses forces n'ont fait qu'aller en
augmentant. Sa figure annonce une santé parfaite, et sa maigreur a fait
place à un embonpoint et à une fraîcheur de teint qui ne laissent aucun
doute sur sa guérison. Tous ceux qui connaissent cette personne, qui
l'ont vue si malade et si désespérée, s'accordent à proclamer la chère
petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus comme l'agent merveilleux de sa
guérison.
Voilà, ma Révérende Mère, simplement, sans phrases et sans exagération,
l'entière et sincère vérité. Aussi, impossible de vous dire la
reconnaissance de Mme Debossu pour son incomparable bienfaitrice.
Cinq ans après: 23 février 1907.
Je soussigné certifie que Mme Héloïse Debossu, née Dauphinot, qui fut
guérie à la suite d'une neuvaine faite à Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus
et de la Sainte Face, décédée au Carmel de Lisieux en 1897, a continué
depuis 1902 à jouir d'une excellente santé et qu'elle demeure convaincue
que sa guérison, aussi prompte que complète, est due entièrement et
uniquement à l'intercession de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la
Sainte Face. Les médecins l'avaient condamnée et, même avec une
opération, ne répondaient pas de sa guérison. Elle n'a pas été opérée
et, à la fin de la neuvaine, elle qui gardait le lit depuis de longs
mois, elle allait à pied communier à l'église de sa paroisse.
En foi de quoi, je signe la présente attestation.
L'abbé D. PETIT,
_Ancien directeur du Séminaire de Versailles,
actuellement curé de Marnes-la-Coquette_[269].
3.
Marnes-la-Coquette (Seine-et-Oise), 23 janvier 1903.
Une dame Jouanne, mariée à un jardinier, et mère de deux enfants dont
l'aîné a dix ans, eut à subir, il y a plus d'un an, une opération pour
une double hernie étranglée. Elle faillit y laisser la vie. Depuis elle
pouvait à peine se traîner, et sa maigreur était extrême. Il y a trois
semaines environ, cette femme est retombée gravement malade d'une
appendicite compliquée d'une péritonite complète. Les médecins déclarent
qu'elle est perdue. Un matin de la semaine dernière, le mari se
précipite chez moi: «Venez vite, Monsieur le Curé, elle se meurt.» Un
grand chirurgien de Paris, celui-là même qui précédemment l'avait opérée
de sa double hernie, appelé par son confrère de Ville-d'Avray, était
venu la veille pour tenter une opération. La malade avait été endormie.
On lui ouvre le ventre, mais on se trouve en présence de tels abcès et
de pus répandu, que vite on renonce à toute opération et qu'après
quelques points de suture, pour rejoindre tant bien que mal les bords de
la plaie, on déclare qu'elle n'a plus que quelques heures à vivre, un
jour ou deux tout au plus.
J'arrive promptement. La malade ne pouvait plus parler, avait le teint
cadavérique, était glacée et semblait ne plus avoir qu'un souffle. Elle
gardait cependant sa connaissance. Je lui adresse du fond du cœur
quelques mots, je lui recommande de se mettre intérieurement sous la
protection de notre bien-aimée petite Thérèse, puis je lui donne
l'absolution et l'indulgence de la bonne mort. J'avais oublié les
Saintes Huiles, peut-être par une permission de Dieu.
La religieuse qui était près d'elle déclarait qu'elle baissait de minute
en minute. Alors je glisse, en la prévenant, sous le traversin de la
malade, un sachet renfermant des feuilles de roses dont Sr Thérèse de
l'Enfant-Jésus avait caressé son crucifix.
Le même jour, les vomissements, qui depuis six jours étaient continuels,
cessaient entièrement; le surlendemain, les médecins déclaraient qu'elle
était hors de danger et lui permettaient des aliments. Cinq jours après,
le mari venait me dire et la joie de la malade et toute sa
reconnaissance pour la chère petite sainte.
Vous le voyez, ma Révérende Mère, un rien qu'a touché cet ange a une
valeur et une vertu inexprimables...
Du même, 23 juillet 1907.
M{me} Jouanne, femme du jardinier, guérie miraculeusement, il y a près
de cinq ans, par S{r} Thérèse de l'Enfant-Jésus, n'habite plus depuis
longtemps déjà ma paroisse; elle demeure actuellement à Versailles. Je
l'ai revue plusieurs fois en parfaite santé; elle conserve pour notre
chère petite sainte la plus vive et la plus durable reconnaissance.
Comme moi, elle attribue uniquement sa guérison si surprenante, si
éclatante et si subite à la relique de S{r} Thérèse. Tous les détails
que je vous ai donnés au moment de sa guérison sont de la plus exacte
vérité et je les confirme de nouveau en son nom et au mien par la
présente.
L'abbé D. PETIT,
_Curé de Marnes-la-Coquette_.
4.
T. (Morbihan), 28 mai 1903.
Que je l'aime, cette petite Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus! Combien de
fois n'est-elle pas venue à mon secours dans les luttes acharnées, et
pour ainsi dire corps à corps, que me livre l'enfer contre la sainte
vertu! Je ne puis les nombrer. Hélas! ma bonne Mère, depuis trente ans,
je subis ce martyre. J'ai soixante ans passés, et l'ennemi est toujours
sur la brèche. La mort me serait préférable mille fois à ces luttes
journalières. Mon auxiliaire de tous les jours, de tous les instants a
été notre bonne Mère du Ciel. Mais depuis cinq ou six mois, la Très
Sainte Vierge m'a confié à votre chère sainte que j'aime autant et plus
que si j'étais son frère. Et le bien qu'elle m'a fait, je serais prêt à
en rendre témoignage 'devant quelque tribunal que ce soit, quand viendra
le moment où l'Eglise s'occupera d'elle.
Je ne puis que vous engager, ma bonne Mère, à exhorter les âmes que vous
sauriez soumises à cette épreuve humiliante de s'adresser à cette chère
petite bienheureuse.
R. P. Eugène (décédé).
5.
N. (Meurthe-et-Moselle), 7 mai 1905.
Une jeune fille de dix-neuf ans, très chère à ma famille, était atteinte
de l'appendicite. Quand les médecins s'aperçurent du mal, il était déjà
trop tard. Cependant, après avoir longtemps hésité, l'opération fut
décidée; mais la gangrène s'était déjà étendue aux parties
environnantes, et l'opération dut être écourtée. Huit jours après, la
pauvre jeune fille était à toute extrémité, et on n'attendait plus qu'un
dénouement prochain. De plus, une fissure s'était produite dans
l'intestin et avait singulièrement compliqué le cas: bref, suivant
toutes les prévisions humaines, tout espoir était perdu.
Je m'empressai de porter à la mourante ce que j'avais de plus cher; des
cheveux de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus, et une neuvaine fut
commencée. Deux jours après, subitement, la fissure se ferma; et, depuis
ce moment, le mieux a continué, si bien et si vite que la chère malade
est absolument hors de danger, se lève plusieurs heures par jour et n'a
plus qu'à reprendre des forces.
L'étonnement des médecins ne peut s'exprimer. «Je vous avoue, disait le
chirurgien en chef, que je n'avais jamais eu le moindre espoir, je la
croyais bien perdue... Cette guérison est un phénomène, c'est à n'y rien
comprendre!»
Nous, ma Révérende Mère, nous comprenons bien!