8 mai 1894.

[Illustration]

Histoire d'une Bergère devenue Reine.

A une jeune Sœur converse du nom de Mélanie Marie-Madeleine pour le

jour de sa profession.

En ce beau jour, ô Madeleine,

Nous venons chanter près de vous

La merveilleuse et douce chaîne

Qui vous unit à votre Epoux.

Ecoutez la charmante histoire

D'une bergère qu'un grand Roi

Voulut un jour combler de gloire,

Et qui répondit à sa voix:

_Refrain_:

Chantons la bergère,

Pauvre sur la terre,

Que le Roi du ciel

Epouse en ce jour au Carmel.

Une petite bergerette,

En filant, gardait ses agneaux.

Elle admirait chaque fleurette,

Ecoutait le chant des oiseaux;

Comprenant bien le doux langage

Des grands bois et du beau ciel bleu,

Tout pour elle était une image

Qui lui révélait le bon Dieu.

Elle aimait Jésus et Marie

Avec une bien grande ardeur.

Ils aimaient aussi _Mélanie_,

Et vinrent lui parler au cœur.

«Veux-tu, disait la douce Reine,

Près de moi, sur le Mont Carmel,

Veux-tu devenir Madeleine,

Et ne plus gagner que le ciel?

«Enfant, quitte cette campagne,

Ne regrette pas ton troupeau;

Là-bas, sur ma sainte Montagne,

Jésus sera ton seul Agneau.»

--«Oh! viens, ton âme m'a charmée»,

Redisait Jésus à son tour;

«Je te prends pour ma fiancée,

Tu seras à moi sans retour.»

Avec bonheur l'humble bergère

Répondit à ce doux appel,

Et, suivant la Vierge, sa Mère,

Parvint au sommet du Carmel.

* * * * *

C'est vous, petite Madeleine,

Que nous fêtons en ce grand jour.

La bergère est maintenant reine

Près du Roi Jésus, son Amour!

Vous le savez, ô sœur chérie,

Servir notre Dieu, c'est régner.

Le doux Sauveur, pendant sa vie,

Ne cessait de nous l'enseigner:

_«Si, dans la céleste patrie,

Vous voulez être le premier,

Il faudra, toute votre vie,

Vous cacher, être le dernier.»_

Heureuse êtes-vous, Madeleine,

De votre place, en ce Carmel!

Serait-il pour vous quelque peine,

Etant si proche du beau ciel?

Vous imitez Marthe et Marie:

Prier, servir le doux Sauveur,

Voilà le but de votre vie;

Il vous donne le vrai bonheur.

Si parfois l'amère souffrance

Venait visiter votre cœur,

Faites-en votre jouissance;

Souffrir pour Dieu, quelle douceur!

Alors les tendresses divines

Vous feront bien vite oublier

Que vous marchez sur les épines,

Et vous croirez plutôt voler...

Aujourd'hui l'Ange vous envie,

Il voudrait goûter le bonheur

Que vous possédez, ô Marie,

Etant l'épouse du Seigneur!

Bientôt, dans les saintes phalanges,

Parmi les Trônes, les Vertus,

Vous direz bien haut les louanges

De votre Epoux, le Roi Jésus.

Bientôt la bergère,

Pauvre sur la terre,

S'envolant au ciel,

Régnera près de l'Eternel!

Soeur Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte Face Histoire d'une âme écrite par elle-même · 第 177 / 403 题