Glorieux gardien de mon âme,
Toi qui brilles dans le beau ciel
Comme une douce et pure flamme,
Près du trône de l'Eternel;
Tu viens pour moi sur cette terre,
Et m'éclairant de ta splendeur,
Bel Ange, tu deviens mon frère,
Mon ami, mon consolateur!
Connaissant ma grande faiblesse,
Tu me diriges par la main;
Et je te vois, avec tendresse,
Oter la pierre du chemin.
Toujours ta douce voix m'invite
A ne regarder que les cieux;
Plus tu me vois humble et petite,
Et plus ton front est radieux.
O toi qui traverses l'espace
Plus promptement que les éclairs,
Vole bien souvent à ma place
Auprès de ceux qui me sont chers;
De ton aile sèche leurs larmes,
Chante combien Jésus est bon!
Chante que souffrir a des charmes,
Et tout bas murmure mon nom.
Je veux, pendant ma courte vie,
Sauver mes frères les pécheurs;
O bel Ange de la patrie,
Donne-moi tes saintes ardeurs.
Je n'ai rien que mes sacrifices,
Et mon austère pauvreté;
Unis à tes pures délices,
Offre-les à la Trinité.
A toi, le royaume et la gloire,
Les richesses du Roi des rois.
A moi, le Pain du saint ciboire,
A moi, le trésor de la Croix.
Avec la Croix, avec l'Hostie,
Avec ton céleste secours,
J'attends en paix, de l'autre vie,
Le bonheur qui dure toujours!
Février 1897.
[Illustration]
A mes petits Frères du ciel, les saints Innocents.
Air: _Le fil de la Vierge_ ou _La Rose mousse_.
«Le Seigneur rassemblera les petits Agneaux et les prendra sur son
sein.» Is., XL, II.
«Heureux ceux que Dieu tient pour justes sans les œuvres! car à
l'égard de ceux qui font les œuvres, la récompense n'est point
regardée comme une grâce, mais comme une chose due. C'est donc
gratuitement que ceux qui ne font pas les œuvres sont justifiés
par la grâce, en vertu de la Rédemption dont Jésus-Christ est
l'Auteur.»
Rom., IV, 4, 5, 6.
Heureux petits enfants! avec quelles tendresses
Le Roi des cieux
Vous bénit autrefois, et combla de caresses
Vos fronts joyeux!
De tous les Innocents vous étiez la figure,
Et j'entrevois
Les biens que, dans le ciel, vous donne sans mesure
Le Roi des rois.
Vous avez contemplé les immenses richesses
Du paradis,
Avant d'avoir connu nos amères tristesses,
Chers petits lis!
O boutons parfumés, moissonnés dès l'aurore
Par le Seigneur...
Le doux soleil d'amour qui sut vous faire éclore,
Ce fut son Cœur!
Quels ineffables soins, quelle tendresse exquise,
Et quel amour
Vous prodigue ici-bas notre Mère l'Eglise,
Enfants d'un jour!
Dans ses bras maternels vous fûtes en prémices
Offerts à Dieu.
Toute l'éternité vous ferez les délices
Du beau ciel bleu.
Enfants, vous composez le virginal cortège
Du doux Agneau;
Et vous pouvez redire, étonnant privilège!
Un chant nouveau.
Vous êtes, sans combats, parvenus à la gloire
Des conquérants;
Le Sauveur a pour vous remporté la victoire,
Vainqueurs charmants!
On ne voit point briller de pierres précieuses
Dans vos cheveux,
Seul, le reflet doré de vos boucles soyeuses
Ravit les cieux...
Les trésors des élus, leurs palmes, leurs couronnes,
Tout est à vous!
Dans la sainte patrie, enfants, vos riches trônes
Sont leurs genoux.
Ensemble vous jouez avec les petits anges
Près de l'autel;
Et vos chants enfantins, gracieuses phalanges,
Charment le ciel!
Le bon Dieu vous apprend comment il fait les roses,
L'oiseau, les vents;
Nul génie ici-bas ne sait autant de choses
Que vous, Enfants!
Du firmament d'azur, soulevant tous les voiles
Mystérieux,
En vos petites mains vous prenez les étoiles
Aux mille feux.
En courant vous laissez une trace argentée;
Souvent le soir,
Quand je vois la blancheur de la route lactée,
Je crois vous voir.....
Dans les bras de Marie, après toutes vos fêtes,
Vous accourez;
Sous son voile étoilé cachant vos blondes têtes,
Vous sommeillez...
Charmants petits lutins, votre enfantine audace
Plaît au Seigneur;
Vous osez caresser son adorable Face,
Quelle faveur!
C'est vous que le Seigneur me donna pour modèle,
Saints Innocents!
Je veux être ici-bas votre image fidèle,
Petits enfants.
Ah! daignez m'obtenir les vertus de l'enfance;
Votre candeur,
Votre abandon parfait, votre aimable innocence
Charment mon cœur.
O Seigneur, tu connais de mon âme exilée
Les vœux ardents:
Je voudrais moissonner, beau Lis de la vallée,
Des lis brillants...
Ces boutons printaniers, je les cherche et les aime
Pour ton plaisir;
Sur eux daigne verser l'eau sainte du baptême:
Viens les cueillir!
Oui, je veux augmenter la candide phalange
Des Innocents;
Ma joie et mes douleurs, j'offre tout en échange
D'âmes d'enfants.
Parmi ces Innocents je réclame une place,
Roi des élus,
Comme eux je veux au ciel baiser ta douce Face,
O mon Jésus!
Février 1897.
[Illustration]
La mélodie de sainte Cécile.
«Pendant le son des instruments, Cécile chantait en son cœur.»